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Ouverture économique : Le Maroc face à quatre défis majeurs


Rédigé par A. CHANNAJE le Mardi 29 Septembre 2020

Rendre l’ANRT indépendante du gouvernement, accroître le rôle du secteur privé dans des secteurs clés, créer un régime d’assurance-chômage et s’attaquer à la corruption. Tels sont les quatre défis majeurs à prendre par le Maroc pour être plus compétitif à l’échelle mondiale.



Ouverture économique : Le Maroc face à quatre défis majeurs
Le Maroc fait face à quatre contraintes de taille, mais possède quand même plusieurs atouts et un potentiel économique important. C’est, en tout cas, le constat du Legatum Institute dressé dans un nouveau rapport sur l’ouverture économique au Maroc. Le Legatum Institute est un groupe de réflexion basé à Londres qui a pour objectif de «  créer un mouvement mondial de personnes engagées à créer les voies de la pauvreté à la prospérité et à la transformation de la société », selon sa propre définition.

Parmi les atouts cités par le think tank britannique : la position géostratégique dont jouit le Royaume, développement actif de pôles industriels, les accords commerciaux importants signés, et la stabilité politique....

Rendre l’ANRT indépendante du gouvernement

Pour la première contrainte en question, le Royaume devrait continuer à investir aussi bien dans les infrastructures hydrauliques que dans les infrastructures à large bande.

Le Maroc, poursuit la même source, est confronté à des enjeux importants liés à la baisse des précipitations. Ce qui n’a pas manqué d’avoir déjà un impact négatif sur le secteur agricole, et de saper, par conséquent, la croissance économique, souligne Legatum Institute. « Bien qu’il s’agisse d’un défi de taille, il existe des opportunités d’atténuer les effets, car il semble y avoir une inefficacité substantielle dans l’utilisation de l’eau. Le Maroc a déjà commencé à investir dans des programmes visant à améliorer les infrastructures d’irrigation et à améliorer l’eau potable. Ces programmes devraient être poursuivis et évalués pour améliorer encore leur efficacité », recommande le think tank londonien.

« Des efforts de recyclage des eaux usées et de renforcement des capacités de dessalement, qui sont également en cours, devraient être poursuivis », indique la même source.

Dans son rapport, de 80 pages, Legatum Institute indique, dans le même sillage, que trois autres domaines d’infrastructure sont à améliorer et développer : infrastructures à large bande, routières et ferroviaires.

Pour le haut débit en particulier, le groupe de réflexion londonien estime qu’il existe une possibilité d’accroître la concurrence loyale dans la fourniture d’infrastructures. « Le Maroc devrait prendre des mesures visant à rendre l’Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications (ANRT) indépendante du gouvernement, et à accroître la concurrence en introduisant un régime d’accès ouvert et non discriminatoire », est-il préconisé.

De même, pour améliorer la couverture nationale du haut débit, le Maroc devrait envisager une série de mesures, y compris la promotion de partenariats public-privé et la pleine utilisation du fonds de service universel.

Accroître le rôle du secteur privé dans des secteurs clés

Le second défi de taille par le Maroc est d’accroître le rôle du secteur privé dans des domaines clés de l’économie dans le but de dynamiser la croissance économique. « L’économie marocaine est entravée par un manque de concurrence. Certains secteurs importants sont fortement concentrés et la participation de l’État à l’économie est importante… Pour accroître la croissance économique, l’État pourrait limiter son implication directe dans l’économie et réduire les opportunités pour les entreprises publiques de bénéficier d’un accès privilégié aux marchés », est-il suggéré. 

En particulier, le Maroc peut intégrer les principes de la concurrence dans des secteurs clés comme l’énergie et les télécommunications, veiller à ce que les entreprises privées et publiques soient confrontées aux mêmes règles, et renforcer les marchés publics.

Le secteur agricole est également hautement protégé par des mesures tarifaires et non tarifaires. 

Le Maroc peut ouvrir progressivement les marchés agricoles car l’agriculture constitue l’un des moteurs de son économie. Une stratégie agricole devrait offrir de meilleures opportunités pour les petites et grandes exploitations.

Legatum Institute suggère aussi la transformation du secteur agroalimentaire en une source stable de croissance, et compétitive dans les zones rurales.

Créer un régime d’assurance-chômage

La troisième contrainte pour le Maroc est de rendre plus flexible le marché du travail pour que ce dernier soit mieux adapté aux emplois disponibles. « Le marché du travail est une faiblesse majeure pour le Maroc avec une faible inclusion des jeunes et des femmes en particulier, une croissance lente de l’emploi ... », est-il noté. 

Pour améliorer le marché du travail, Legatum Institute affirme que le Royaume peut prendre une série d’actions : baisser le coût des licenciements, faciliter le recours au licenciement pour les petites entreprises, rendre les contrats à durée limitée plus flexibles, et introduire une forme d’assurance-chômage plus étendue.

De surcroît, le Maroc a une mauvaise adéquation entre les compétences et les emplois disponibles, avec un niveau d’alphabétisation relativement faible, mais aussi un taux de chômage élevé chez les travailleurs diplômés.

Le Maroc a commencé à mettre en place des programmes de formation professionnelle, qui devraient être poursuivis et potentiellement étendus, avoue la même source.

S’attaquer à la corruption

La quatrième contrainte en question est de s’attaquer à la fois à la corruption qui compromet les investissements nationaux et internationaux et la faible efficacité du gouvernement qui entrave la mise en œuvre de réformes plus larges pour déclencher la croissance et élargir l’activité économique.

Pour y parvenir, Legatum Institute estime que le rôle de l’Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de Lutte contre la Corruption (INPPLC) devrait être renforcé en améliorant son indépendance et son accès aux ressources. 

Aussi, le Maroc pourrait établir des régulateurs juridiquement indépendants dans tous les secteurs des services publics qui peuvent effectivement définir et appliquer les réglementations existantes. Ces régulateurs devraient avoir une orientation stratégique du gouvernement mais pas une représentation de la branche exécutive dans leurs conseils.

L’efficacité du gouvernement pourrait être considérablement améliorée par un système parlementaire moins fragmenté, ajoute la même source. Pour conclure, Legatum Institute pense qu’avec une volonté politique, et l’application des recommandations suggérées dans cette étude de cas, le Maroc est capable de devenir plus compétitif dans l’économie mondiale.

Il convient de souligner, enfin, que le Maroc, d’après ce rapport du think tank londonien, se classe au 72ème rang dans l’Indice mondial d’ouverture économique  et au  9ème rang dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA).

A. CHANNAJE

Repères

Amélioration de l’indice du capital humain
Selon la Banque Mondiale, l’indice du capital humain (ICH) du Maroc s’est amélioré, passant de 0.47 en 2010 à 0.49 en 2018 puis à 0.50 en 2020. À noter que cet indice se situe entre 0 et 1. L’indice est mesuré en termes de productivité de la prochaine génération de travailleurs par rapport à l’indice de référence de l’éducation complète et de la pleine santé. Le Maroc améliore son score grâce notamment aux sous-indices relatifs à la probabilité de survie jusqu’à 5 ans (0.98), au taux de survie des adultes (0.93) et à la proportion d’enfants de moins de 5 ans non rabougris (0.85). 
Aggravation du chômage
Selon Bank Al-Maghrib, 589.000 emplois ont été perdus au deuxième trimestre 2020, en comparaison avec la même période de 2019. « Près des 2/3 des personnes ayant préservé leurs emplois ont travaillé moins que d’habitude et le volume horaire hebdomadaire par personne a reculé de 45 à 22 heures », souligne BAM dans son dernier rapport sur l’économie marocaine. Le taux de chômage s’est aggravé ainsi de 8,1% à 12,3%, avec en particulier une forte hausse de 36,1% à 47,4% pour les jeunes citadins de 15 à 24 ans.
Arrêt des entreprises pendant le confinement
Selon le HCP (Haut-Commissariat au Plan), près de 83,4% de l’ensemble des entreprises organisées ont arrêté leurs activités pendant la période du confinement. 52,4% ont réduit partiellement leur activité, 29,6% de manière totale mais temporaire alors que 1.3% ont déclaré avoir cessé leurs activités de manière définitive. Par catégorie d’entreprises, cette proportion a atteint près de 86% chez les TPE (très petites entreprises), 79% pour les PME et 57% chez les GE (grandes entreprises). Les trois quarts des entreprises exportatrices, quant à elles, ont arrêté partiellement ou totalement leurs activités pendant le confinement.