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Planète

Nuit internationale : Les chauves-souris, maîtresses du règne de la nuit


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Dimanche 4 Septembre 2022

Elle accouche, elle allaite et pourtant, quand elle le souhaite, déplie ses bras et prend son envol. Les chauves-souris sont généralement malaimées, souvent méconnues, et parfois injustement persécutées.



C’est le seul animal qui n’a pas une Journée, mais une Nuit internationale dédiée. La chauve-souris est, par ailleurs, unique à bien des égards. Seul mammifère qui a la capacité de voler dans les airs, elle règne sur le monde de la nuit, hiberne en hiver et chasse en se déplaçant par écholocation. Adorée par certains, détestée par d’autres, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne laisse personne indifférent.

La chauve-souris, dont les diverses espèces sont classées dans la famille des « chiroptères », devait être au coeur de plusieurs événements organisés à travers le monde – principalement en Europe - durant la nuit du 28 au 29 août 2022. L’objectif annoncé est de démystifier une espèce souvent méconnue et d’appeler à sa conservation. « Les chiroptères sont de véritables bio pesticides qui jouent un rôle écologique fondamental. En une seule nuit, la chauve-souris peut engloutir plusieurs centaines de moustiques », explique El Ayachi Sahhar, spécialiste des chiroptères et point focal scientifique marocain de l’Accord sur la conservation des populations de chauves-souris en Europe (Eurobats).

Une espèce protégée par la loi

« Les Marocains ont habituellement tendance à garder leurs distances vis-à-vis des chauves-souris. Mais il y a cependant des braconniers qui les capturent afin de les vendre à des charlatans qui, à leur tour, les utilisent dans la pharmacopée traditionnelle et la sorcellerie », déplore El Ayachi Sehhar. Cette famille est pourtant protégée par la loi 29-05 (relative à la protection des espèces de flore et de faune sauvages et au contrôle de leur commerce) qui en interdit la capture, la vente ou la détention.

« Le braconnage a malheureusement participé au déclin des chauves-souris dans certaines régions et notamment dans le plateau central. Il y a quelques années, des rumeurs mensongères ont été relayées dans les réseaux sociaux à propos des chauves-souris. Un message qui annonçait que « les nids » de chauves-souris pouvaient se vendre très cher. Lors d’une mission de terrain que j’ai menée à l’époque, j’avais remarqué que des jeunes me suivaient pour localiser les gîtes des chiroptères. C’était absolument absurde, car les chauves-souris ne font même pas de nids puisqu’elles n’ont rien à avoir avec les oiseaux », raconte le scientifique.

Un animal menacé

Si les populations de chiroptères semblent bien se porter dans plusieurs habitats naturels du Royaume, il n’en demeure pas moins que ces animaux font face à plusieurs menaces. « En plus du braconnage, les chauves-souris sont principalement menacées par la régression de leurs habitats naturels et par l’utilisation excessive de pesticides qui décime leurs proies naturelles. C’est le cas notamment dans les régions montagneuses où se pratique la culture du pommier qui nécessite un traitement phytosanitaire important.

Il y a également un impact lié au dérangement ou encore à certains parcs éoliens où sont enregistrés parfois des collisions ou des « barotraumatismes », c’est-à-dire des dégâts plus ou moins graves liés au changement brutal de la pression atmosphérique. Cet impact reste cependant assez marginal par rapport à d’autres menaces, d’autant plus qu’il est limité à certaines zones bien spécifiques », explique la même source qui précise que les menaces qui pèsent sur les chiroptères au Maroc sont globalement quasiment identiques à ceux qui sont répertoriés dans d’autres régions du globe.

Absence d’une stratégie dédiée

Au vu de leur rôle important dans la régulation des insectes nuisibles, les chauves-souris en Europe, comme dans plusieurs régions du monde, occupent une place privilégiée dans les programmes de conservation de la biodiversité.

« Au Maroc, bien que toutes les chauves-souris soient protégées par la loi n° 29-05, on ne voit pas encore une réelle prise de conscience pour la conservation effective de ces animaux très précieux. Les chauves-souris manquent toujours à être prises en considération dans une stratégie nationale appropriée à la conservation de ces mammifères de grand intérêt, comme elles sont totalement ignorées dans les plans d’aménagement forestiers ou urbains », fait remarquer le spécialiste qui encadre des doctorants dont les thèses tentent d’approfondir les connaissances sur l’écologie de ces mammifères volants.

« Étudier l’écologie des chiroptères n’est pas un domaine de tout repos. Ça nécessite beaucoup d’efforts et de patience et la capacité d’aller sur le terrain pendant la nuit. Les études réalisées ces dernières décennies ont livré pas mal d’informations sur les chauves-souris marocaines, mais beaucoup reste à découvrir », conclut El Ayachi Sahhar.



Oussama ABAOUSS

Repères

L’Eurobats pour conserver les chauves-souris
L’Accord sur la conservation des populations des chauves-souris en Europe date de l’année 1991. En 2001, l’Accord est devenu partie intégrante du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (Eurobats/PNUE). L’objectif global de l’Accord est de fournir un cadre pour la conservation des chauves-souris pour les Etats membres. Les pays méditerranéens de la rive Sud et du Moyen Orient sont également invités en tant que membres observateurs pour assister au Comité Consultatif de l’Eurobats/PNUE.
 
La hantise sanitaire liée au chiroptère
Les avis des spécialistes des chiroptères et des épidémiologistes peuvent parfois diverger concernant les risques sanitaires liés aux chauves-souris. Vecteur éventuel de la rage ou réservoir potentiel de pathogènes, les chauves-souris restent cependant des animaux qui ont un rôle écologique primordial à jouer et qui doivent absolument être préservées. Comme pour d’autres espèces plus ou moins équivalentes, les chauves-souris sont inoffensives et ne représentent aucun risque tant qu’elles ne sont pas manipulées ou dérangées.

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Nuit internationale : Les chauves-souris, maîtresses du règne de la nuit

Écologie


Un quart des espèces de mammifères dans le monde sont des chauves-souris
 
Les chauves-souris représentent le groupe de mammifères le plus important après celui des rongeurs. Il existe dans le monde près de 1.400 espèces de chauves-souris, soit un quart de près de 5.000 espèces de mammifères connues. Les chauves-souris ont une durée de vie de 10 à 15 ans.

Au Maroc, 32 espèces ont été recensées, selon les études d’inventaires menées par diverses équipes scientifiques durant ces dernières décennies. Les chauves-souris vivent dans des endroits remplis d’insectes l’été, mais déserts l’hiver. Elles doivent alors hiberner, en attendant des jours meilleurs dans des endroits à humidité fixe.

Les chauves-souris ne représentent aucun risque de prolifération puisqu’elles ont un cycle de reproduction lent : la femelle donne un petit en moyenne par an. Dans la culture populaire, l’image de la chauve-souris peut être bénéfique ou maléfique, selon les pays. À cause de leur aspect étrange et de leur vie nocturne, elles sont souvent victimes d’idées reçues qui leur ont valu longtemps d’être persécutées.
 

Services écosystémiques


Les chauves-souris protègent les cultures contre les insectes ravageurs
 
Bien que présente dans l’imaginaire collectif, l’image de chauve-souris suceuse de sang est une extrapolation exagérée. Parmi les 1.400 espèces au niveau mondial, seules quelques chauves-souris tropicales (dites vampires) se nourrissent ordinairement de sang du bétail blessé. Le fait est que les chauves-souris sont surtout des pourvoyeuses de services écosystémiques précieux, notamment pour le secteur agricole.

À titre d’exemple, une expérience de terrain menée aux États-Unis en 2015 a consisté à couvrir certaines parcelles de filets pour empêcher que les chiroptères n’y mangent les papillons de nuit. Dans les parcelles encore accessibles non seulement le nombre de parasites du maïs a été fortement réduit par rapport aux parcelles-témoin, mais un effet inattendu a été démontré par l’étude : un champignon parasite a aussi régressé. Les auteurs plaident pour une meilleure protection des chauves-souris dans les agroécosystèmes, car elles sont des « prédateurs voraces des ravageurs des cultures », lesquels ravageurs font perdre chaque année plusieurs milliards de dollars américains aux agriculteurs.

En protégeant les cultures de l’année, les chiroptères limitent aussi le nombre de larves de l’année suivante, ce qui réduit les dommages aux cultures ultérieures. Cette étude est une démonstration locale, mais le maïs est cultivé sur plus de 150 millions d’hectares dans le monde. Les auteurs ont estimé que les chauves-souris fournissent un service d’une valeur dépassant le milliard de dollars par an pour la seule récolte du maïs dans le monde.
 

3 questions à El Ayachi Sahhar, spécialiste des chiroptères


« Des nomades ont rapporté les observations de vols spectaculaires de chauves-souris »
 
Point focal scientifique de l’Accord sur la conservation des populations de chauves-souris en Europe (Eurobats) et enseignant à l’IAV, El Ayachi Sahhar répond à nos questions.


- Parmi les chauves-souris qui existent au Maroc, existe-t-il certaines qui sont migratrices ?


- Effectivement, il y a des espèces migratrices, même si ce phénomène gagnerait à être mieux étudié dans notre pays. Nous sommes actuellement en cours d’étudier la possibilité de mettre en place un projet pour justement approfondir nos connaissances dans ce sujet et de confirmer si des migrations ont lieu entre le Maroc et Gibraltar. Nous savons que certaines espèces de chiroptères migrent à travers le Sahara. Des phénomènes dans ce sens ont été racontés. Des nomades ont par exemple rapporté les observations de vols spectaculaires de chauves-souris.


- Les études d’impact sur l’environnement couvrent-elles les chiroptères ?

- Les études d’impact pour des projets comme les parcs éoliens exigent des études spécifiques sur les diverses familles d’espèces, notamment les chauves-souris. Pour d’autres types de projets, les études d’impact environnemental sont certes exigées, mais des études spécifiques à l’impact sur les chauves-souris ne sont pas réalisées en l’absence de personnes ressources spécialisées. D’un autre côté, je tiens à signaler qu’il manque également une loi pour exiger des suivis environnementaux après la réalisation des ouvrages.


- Existe-t-il des associations dédiées aux chauves-souris au Maroc qui participent aux efforts de sensibilisation ?

- À ma connaissance, non. Concernant la sensibilisation, j’ai personnellement participé à cet effort, notamment en impliquant les associations de spéléologie dans la conservation des chauves-souris. Les sportifs qui ont bénéficié de ces séances de sensibilisation étaient très intéressés et je suis ravi de constater aujourd’hui qu’ils sont devenus des relais des spécialistes de chiroptères puisqu’ils se sont approprié les messages et les connaissances relatives à la nécessité de protéger les espèces de chauves-souris. Nous sommes cependant en cours de création d’une association dédiée aux mammifères avec un focus sur les chauves-souris. J’espère que nous pourrons de cette manière combler le vide qui existe à ce niveau.



Recueillis par O. A.

 








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