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Culture

Mort et vie du Péplum : La guerre servile fait courir les foules


Rédigé par Abdallah BENSMAÏN le Mercredi 12 Août 2020

Entre films de guerre et policiers, Cape et épée, western et films catastrophe, le Péplum est un genre qui a survécu à plusieurs décennies de révolutions cinématographiques et de changements dans les modes de consommation culturelle.



Mort et vie du Péplum : La guerre servile fait courir les foules
Des genres cinématographiques connus depuis la naissance du cinéma, le Péplum occupe une place aux premières loges. A côté du film de guerre qui s’est métamorphosé et évolué avec les technologies militaires, le western s’est endurci et gagné en légèreté, en une sorte de mièvrerie qui ne dit pas son nom, le Péplum est resté identique à lui- même. S’il fut cru mort et enterré, il est revenu dans toute sa splendeur, les effets spéciaux apportant une plus-value spectaculaire que ne permettaient ou de moins en moins les décors traditionnels et les scènes de combat, entre hommes, contre des animaux. Dans sa version populaire, celle qui attire les foules aux guichets des cinémas, le héros du Péplum a des muscles à montrer, du courage et l’affirmation d’un statut d’un demi-dieu à faire valoir. Sortir vainqueur d’un combat contre des monstres « mythologiques » pour sauver la reine ou la bien-aimée appartient aux traits qui font l’identité du Péplum qui a contribué à l’éternité, dans les mémoires, de personnages historiques (ou mythologiques, c’est selon) comme Hercule, César, Néron ou Cléopatre, pour n’en citer que quelques uns. Dans le Péplum la vérité historique n’est pas le moteur du scénario mais le vraisemblable… et le fantastique pour réveiller l’imaginaire du spectateur.

Sans l’âme du western

Le Péplum, généralement, méprisé n’a pas produit que de supposés navets (un mauvais cinéaste fera un mauvais film, Péplum, policier ou de guerre…), il aligne quelques productions qui sont considérés comme des chefs-d’oeuvre du cinéma des 60 dernières années.

Si le western-spaghetti a modifié l’âme du western (conquête de l’Ouest, avec des pionniers pugnaces, qui attirent la sympathie même quand ils massacrent des tribus entières d’indiens, sans mobiles apparents) en introduisant des « héros » à la brutalité avérée, le Péplum a gardé son âme : la révolte de l’esclave qui veut briser ses chaînes.

Le western-spaghetti usé jusqu’à la corde par les cinéastes italiens, avec un casting d’abord et avant tout italien, est une sorte d’appropriation du western américain par l’Europe.

Le filon du Péplum a commencé à donner ses pépites avec Spartacus, un classique et un chef d’oeuvre du genre… mais pas que : le Péplum puise ses thématiques dans l’histoire de l’humanité. Les Péplums ont pour scène diverses régions du monde et diverses civilisations : les films se déroulent en Égypte antique, comme en Mésopotamie, dans la Grèce antique, en Rome antique. Le Péplum et des épisodes bibliques ont fait bon ménage dès l’apparition du genre, notamment avec Les 10 commandements de Cecil B de Mille et le classique Samson et Dalila du même cinéaste. Sans être, à proprement parler, américain, le Péplum est porté par des cinéastes européens, notamment britanniques.

Des épées et des sandales

Ce genre, en Angleterre, s’appelle tout simplement « sword and sandals » (épée et sandales), un genre qui ne s’est développé ni en Asie ni en Inde ou Afrique, par exemple. Son caractère culturel (antiquité grecque et romaine) et cultuel (christianisme, judaïsme) peut être une explication. De grandes épopées ont donné des films chinois spectaculaires, avec des mouvements de guerriers, des sièges… qui ne doivent avoir rien envier à Troie ou 300 ! La guerre des 3 royaumes tient la comparaison même dans la durée du film qui se distingue par une certaine lenteur… dans la préparation des combats et la décision de lancer l’affrontement. Ce qui peut s’expliquer par la pensée militaire chinoise qui a fait école dans le monde, notamment, avec Sun Tzu. Le Péplum qui est né dans les années 40 n’a pas à proprement disparu. Bon an, mal an, il a continué à puiser dans sa veine antique et religieuse car, comment sinon définir des films comme Samson et Dalila, Ben Hur et les 10 commandements ? Le premier film de la série Cecil B de Mille ne portait-il pas le titre : Le signe de la croix, réalisé à la fin des années 40 ? Dans les années 2000, le retour du Péplum a repris le chemin des arènes où le combat des gladiateurs, anciens hommes libres devenus esclaves, est « à la vie, à la mort ». C’est la série Spartacus pour la télévision italienne qui a obtenu sa part de succès et l’immense Gladiator, tourné dans les studios de Ouarzazate.

Abdallah BENSMAÏN