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Monde

Mort de Floyd: La rue ne veut pas se calmer, la police non plus


Rédigé par La rédaction le Lundi 8 Juin 2020

Après près de deux semaines de protestations, les manifestations se poursuivent. La polémique monte aussi face à la répression policière des manifestants.



Washington, Philadelphie, New York: des milliers d’Américains ont manifesté samedi contre le racisme et les brutalités policières lors d’une journée marquée par une nouvelle cérémonie à la mémoire de George Floyd. Sous un soleil de plomb, s’arrêtant parfois pour poser un genou à terre, une foule dense se massait dans la capitale fédérale américaine, dans les rues menant à la Maison Blanche mais aussi aux abords du Capitole et du mémorial de Lincoln. «Nous sommes de retour ici, avec un nouveau message d’espoir», confie une Afro-Américaine de 31 ans.

Plus d’une dizaine de collectifs, dont plusieurs se sont formés spontanément sur les réseaux sociaux après la mort de George Floyd, ont appelé à envahir les rues de la capitale, en quête d’un nouveau souffle après dix jours de rassemblements qui ont embrasé le pays et les hommages rendus la veille à George Floyd.

Floyd, Brown, Martin et les autres

Depuis la Maison Blanche, où il passe le weekend, Donald Trump a poursuivi son intense activité sur Twitter, « indifférent » aux manifestations.

Mais sur l’imposant grillage dressé devant la résidence de Donald Trump ont été accrochées les têtes de George Floyd, Michael Brown, Trayvon Martin, Breonna Taylor, des Afro-Américains tous morts aux mains de la police américaine ces dernières années. En face, dans une ambiance très familiale, les manifestants entonnaient tour à tour classiques du soul et slogans politiques comme «No Justice, No Peace, No racist Police» (Pas de justice, Pas de paix, Pas de police raciste), profitant des bouteilles d’eaux glacées distribuées par de nombreuses associations, sous une chaleur accablante. Présente sur place, la maire de Washington Muriel Bowser, cible des tweets moqueurs du président américain, a jugé qu’il était temps de dire «Au suivant» en novembre, en référence à l’élection présidentielle prévue dans 150 jours. Entraîné par une mobilisation massive sur les réseaux sociaux, le mouvement a fait tache d’huile jusqu’à Londres, Pretoria, Paris et même Sydney, où au moins 20.000 personnes ont manifesté samedi. Après une première cérémonie émouvante à Minneapolis jeudi, les proches de cet Afro-Américain de 46 ans asphyxié à mort  par un policier blanc lors d’une interpellation, lui ont rendu un nouvel hommage dans l’intimité familiale à Raeford, dans son Etat natal de Caroline du Nord. Ses obsèques sont prévues le 9 juin à Houston. Les nouveaux exemples de violences policières, notamment lors de la répression de ces protestations parfois violentes, nourrissent la colère à l’origine des manifestations qui secouent les Etats-Unis depuis la mort de George Floyd.

Interventions policières musclées

Plusieurs vidéos montrant des interventions policières musclées face à des manifestants pacifiques ont émergé ces derniers jours. La dernière en date, diffusée jeudi soir, montre un manifestant de 75 ans fermement repoussé par un policier alors qu’il est seul face à des dizaines d’entre eux dans la ville de Buffalo, à l’extrême nord de l’État de New York.

La tête de l’homme, heurtant lourdement le sol, saignait abondamment et semblait avoir perdu connaissance sans que personne pour lui porter immédiatement secours. Devant l’indignation provoquée par cette réaction, deux policiers impliqués dans l’incident ont été suspendus, et le gouverneur de l’État de New York Andrew Cuomo a appelé vendredi à ce qu’ils soient limogés.

À l’autre bout du pays, dans l’État de Washington, la maire de Tacoma a demandé le limogeage de policiers impliqués dans la mort d’un homme noir le 3 mars, après la diffusion d’une nouvelle vidéo semblant les montrer en train de s’acharner sur l’homme, déjà plaqué au sol au bord de la route. À Indianapolis, dans le Midwest, la police enquêtait après la publication d’une autre vidéo montrant des policiers sortant matraques et gaz poivré lors de l’arrestation d’une manifestante dimanche. Le ministre de la Justice William Barr a reconnu jeudi qu’il y avait des problèmes «de longue date» dans la façon dont la police américaine traitait la minorité noire.

Encadré 

Une présidentielle à l’ombre des crises
A cinq mois de la présidentielle de Novembre 2020, trois crises majeures traversent l’Amérique de Trump : une pandémie, une récession économique et un vif malaise racial, redéfinissent les grands enjeux politiques. Le pays se trouve-t-il à un moment de grande transformation sociale ? Ou alors les inégalités exacerbées par l’épidémie de coronavirus vont-elles persister ou même prospérer ? La question s’est logiquement imposée au centre de la campagne présidentielle qui oppose le président sortant républicain à son adversaire démocrate Joe Biden. Près de 110.000 Américains sont morts du coronavirus, le bilan humain le plus élevé au monde. Plusieurs dizaines de millions d’autres ont perdu leur emploi après la fermeture de l’économie. En même temps, les villes américaines sont secouées par un large mouvement de protestation contre les inégalités raciales après la mort d’un homme noir, causée par des policiers blancs à Minneapolis. «Un moment de vérité pour l’Amérique», selon le philosophe Cornel West. «Un moment très difficile», résume Daniel Gillion, professeur de sciences politiques à l’université de Pennsylvanie. Ces crises, ont été «terribles» pour les Afro-Américains qui ont un moindre accès au système santé, sont beaucoup plus pauvres que leurs compatriotes blancs, et sont régulièrement victimes de brutalités policières. La communauté afro-américaine a le plus souffert de l’épidémie de Covid-19. Et si le taux de chômage a enregistré une baisse surprise en mai à 13,3%, il a augmenté à 16,8% pour les Américains noirs.