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Monde

Moratoire sur la dette africaine, le sujet à polémique

Coronavirus-Crise économique


Rédigé par Wolondouka SIDIBE le Lundi 20 Avril 2020

La dette des pays de l’Afrique subsaharienne ira de 58 % du produit intérieur brut en 2019 à 64 % en 2020. Elle est aujourd’hui de 365 milliards de dollars dont 145 sont dus à la Chine.



Moratoire sur la dette africaine, le sujet à polémique
L’appel de Macky Sall en faveur d’une stratégie d’annulation de la dette de l’Afrique, assortie d’un Plan de rééchelonnement de la dette commerciale, n’est pas resté vain. Car ce plan devra permettre à l’Afrique, dans le cadre du nouvel ordre économique mondial, d’avoir un nouveau départ après le Codiv-19. Puisqu’il est évident que l’économie du continent sera durablement impactée par la pandémie du Coronavirus.

Dénommé l’« Appel de Dakar », cette invite du chef de l’Etat sénégalais mobilise aujourd’hui les grandes puissances ainsi que les institutions financières internationales, à commencer par la Banque mondiale et le FMI. D’ailleurs, Emmanuel Macron vient de se joindre à cette initiative en annonçant que la France et l’Europe vont devoir aider l’Afrique à lutter contre le coronavirus en annulant massivement sa dette.

Et les qualificatifs ne manquent pas pour désigner le mal économique de l’Afrique : moratoire, rééchelonnement, allègement ou annulation. Toujours est-il que depuis plus de trois semaines les dirigeants des grands pays et des institutions financières internationales proposent des solutions pour alléger le fardeau de l’Afrique. En l’espace de dix ans, la dette publique africaine a doublé pour atteindre aujourd’hui 365 milliards de dollars dont 145 sont dus à la Chine.

Le fardeau

Ainsi avec le choc économique créé par la pandémie, pour être surmonté, il faut doubler les capacités budgétaires des pays. Or le poids de la dette africaine empêche les pays du continent de dégager ces moyens. Et les prévisions pessimistes vont crescendo. Le FMI, dans son dernier rapport, souligne que la dette des pays de l’Afrique subsaharienne ira de 58 % du produit intérieur brut (PIB) en 2019 à 64 % en 2020. Dans le même sillage, elle va subir une contraction économique de 1,6 %, soit le taux le plus faible depuis les indépendances.

D’où pour les experts, tel l’ex-PDG du Groupe Crédit Suisse, Tidjane Thiam, la démarche du G20, du FMI, de la BM et d’autres Etats pour un moratoire de la dette africaine constitue un ballon d’oxygène pour les pays pauvres confrontés au coronavirus. D’ailleurs, et afin d’obtenir un allègement maximum de cette dette, l’Union africaine (UA) vient de nommer quatre envoyés spéciaux auprès des Grands de ce monde (lire l’encadré).

Cependant, le moratoire sur la dette africaine suscite un vif débat sur le continent où cette initiative ne fait pas l’unanimité. Il sera aussi difficile à réaliser.

Des voix contradictoires

C’est le cas de la France et de l’Europe où ce moratoire ne concerne qu’une petite partie du fardeau. Car désormais, la dette privée représente une part importante du total. Les pays africains ayant levé ces dernières années des fonds sous forme d’eurobonds, par exemple. Cette dette privée, souvent morcelée est plus difficile à annuler.

Du côté de la société civile et des ONG du continent, on est plutôt sceptique, car il ne s’agit que d’un rééchelonnement. Ce qui veut dire que les pays africains feront toujours face à cette dette. L’année 2021 risque alors, dans ces conditions, d’être plus catastrophique pour les économies africaines. D’autres économistes africains jugent cette suspension inefficace. Même si ce moratoire permet aux pays concernés de se concentrer sur la crise sanitaire et d’oublier un peu le fardeau du remboursement de la dette pendant une année. Patrick Mboyo, chercheur à l’université Paris Saclay, estime pour sa part que cette suspension ne devrait pas aider les pays africains à avoir une meilleure situation financière que celle d’avant le Covid-19.

Dans ce sens, on ne peut qu’être d’accord avec Patrick Mboyo, quand il affirme que « la crise de Covid-19 va demander un effort économique beaucoup plus conséquent que l’effort consenti pour le service de la dette. La meilleure façon de trouver un arrangement qui serait gagnant pour les pays européens, mais aussi les pays africains, c’est d’arriver à trouver un plan d’annulation complète, pas d’annulation massive de la dette ». Ou encore soutenir l’idée de l’ancien Président de la Guinée, feu Ahmed Sékou Touré, quand il disait : « Toute aide qui ne nous aide pas à nous passer de l’aide n’est pas une aide ». A méditer.

Wolondouka SIDIBE