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Mémorandum du PPS, du PAM et de l’Istiqlal : Réconcilier les Marocains avec la politique


Rédigé par Anass MACHLOUKH le Jeudi 23 Juillet 2020

L’Istiqlal, le PAM et le PPS signent un mémorandum commun pour tenter de remédier à la crise
de confiance qui secoue les institutions. Une manière de conjurer le spectre d’une forte abstention.



Lors d’une conférence de presse conjointe des partis de l’opposition organisée mercredi 22 juillet, le Secrétaire Général du Parti de l’Istiqlal, Nizar Baraka, a exposé les axes principaux du mémorandum commun pour des réformes politiques et électorales, en présence des leaders du PAM, Abdellatif Ouahbi, et du PPS, Nabil Ben Abdellah. Destiné au ministère de l’Intérieur en prévision des prochaines élections législatives, le document contient des propositions de réformes politiques et électorales. Fruit d’une série de rencontres de concertation entre les trois partis, il intervient dans un contexte politique marqué par la méfiance exacerbée des citoyens à l’égard des institutions et des partis politiques. En ouverture de son allocution, le Secrétaire Général du Parti de l’Istiqlal, Nizar Baraka, a déclaré que «ce mémorandum vise à renforcer la démocratie et le rôle des institutions élues», avant de présenter le document en en dévoilant les grands axes, à savoir les réformes démocratiques et la réforme du code électoral.

Un constat partagé par les trois partis

D’emblée, les trois partis ont tenu à situer leur initiative dans le cadre de la concertation et de la coordination, loin de toute velléité de coalition jugée prématurée en l’état actuel des choses. Ce qui ne les empêchent nullement de partager un constat commun par rapport à la conjoncture politique actuelle marquée par la dévalorisation de l’action des partis politiques et le dénigrement de leur rôle dans la vie publique en tant que corps intermédiaires chargés d’encadrer les composantes de la société marocaine. 

Dans une démarche autocritique, les trois partis n’omettent pas non plus de mettre à l’index l’opportunisme politique et les manœuvres occultes qui sévissent dans le champ politique, à tel point qu’on «ne parvient plus à distinguer la majorité de l’opposition», dira Nizar Baraka en référence à une idée développée dans la partie introductive du mémorandum consacrée à l’axe des réformes politiques  : «Notre paysage politique est marqué par le flou en raison de l’irrespect des règles et principes de la démocratie, ainsi qu’en raison d’une tendance à la soustraction des responsabilités dans la gestion de la chose publique qui fait que la majorité gouvernementale entretient un discours d’opposition pour préserver ses acquis électoralistes», peut-on lire dans le mémorandum.

Cet esprit aboutit finalement à des alliances hétérogènes qui nuisent à l’action de la majorité aussi bien au niveau national que local. A cela s’ajoute le rôle néfaste des réseaux sociaux qui sont devenus une Agora virtuelle, sans foi ni loi, où prospèrent les discours populistes et démagogiques. En conséquence de quoi, les trois partis déplorent une ambiance malsaine qui génère un discours nihiliste où tous les échecs accumulés jusqu’à présent sont attribués à la seule classe politique. 

Le temps d’un véritable pacte politique est venu

Dans une conjoncture aussi critique, l’Istiqlal, le PAM et le PPS plaident pour un nouveau pacte politique capitalisant sur la communion nationale et patriotique qui s’est révélée pendant la crise du Coronavirus. Ceci, dans l’objectif de mettre fin aux pratiques du passé et de rétablir l’harmonie entre la société civile et la classe politique en vue de favoriser le pluralisme. 

Parallèlement, ils appellent à une redéfinition et à un partage réfléchi des rôles entre action politique et action technocratique qui ne pourrait en aucun cas se substituer à la première. Car, a contrario, cela équivaudrait à une négation de l’option démocratique axée sur une saine expression de la représentativité populaire. Dans cette perspective, les trois partis appellent au renforcement du soutien étatique aux partis politiques, à même d’en améliorer l’organisation et d’en optimiser le rendement, ainsi que pour favoriser l’émergence des compétences en leur sein. Cette revendication s’inscrit dans le cadre de la concrétisation du discours royal prononcé lors de l’ouverture de la législature de 2018. 

Code électoral : une réforme indispensable 

Dans son deuxième axe, le mémorandum se penche sur un aspect plus technique, relatif à la réforme de l’esprit et de la teneur des mécanismes électoraux actuellement en vigueur, en vue de prévenir l’échec annoncé des prochains scrutins. Les trois formations de l’opposition y proposent la révision d’un certain nombre de dispositions fondamentales en vue de minimiser les obstacles dressés contre une large participation populaire aux prochains votes populaires dont ils demandent une organisation simultanée. 

En revanche, pour le seuil électoral qui fait encore l’objet d’un débat entre les trois partis, celui-ci devrait être rabaissé à 3%, selon l’Istiqlal et le PPS, tandis que le PAM revendique sa suppression pure et simple. L’objectif étant, pour l’un comme pour les deux autres partis, d’optimiser la représentativité au sein des rouages législatifs de l’ensemble des forces vives de la nation, mêmes les plus faiblement pourvues d’un point de vue numérique. 

Pour ce qui est de la supervision des prochains scrutins, le mémorandum préconise la création d’une commission électorale nationale. Celle-ci serait composée des représentants du gouvernement, des partis politiques, des organisations syndicales et du pouvoir judiciaire. Ainsi, le gouvernement doit se contenter de la gestion administrative des élections. Il est également conseillé de créer des commissions régionales de même nature à l’échelle des préfectures. S’agissant du mode de scrutin, il est fortement souhaitable de maintenir un double scrutin pendant les élections communales et d’instituer le scrutin de liste dans les communes qui comptent plus de 50.000 habitants et le vote nominal pour les autres circonscriptions. Les trois partis d’opposition préconisent, par ailleurs, la tenue des élections un mercredi au lieu de vendredi, en vue de minimiser le mélange des genres, ainsi que les interactions handicapantes entre devoir national et devoir religieux. De même qu’ils demandent une réduction du temps de la campagne électorale de 14 à10 jours.

Femmes, jeunes et MRE

Favoriser l’émergence de compétences et de vocations politiques aussi bien parmi la gent féminine qui constitue la moitié de la société, ainsi que parmi la jeunesse qui constitue son avenir, est l’autre aspect défendu par le mémorandum qui préconise le maintien des listes dédiées à ces deux catégories de la population, comme cela a d’ailleurs cours dans les démocraties les plus avancées et notamment celles des pays scandinaves. Entre autres voies préconisées pour l’atteinte de cet objectif, les trois partis proposent de supplanter la liste nationale par des listes électorales régionales réservées uniquement aux femmes et aux jeunes. 

Pour la question de l’implication des Marocains du monde dans l’action politique et le processus électoral, devenue une sorte d’arlésienne au fur et à mesure des promesses non tenues, le Secrétaire Général de l’Istiqlal a clairement signifié dans son intervention que «les Marocains du monde doivent participer à la prise de décision», précisant que  «cela ne peut se faire que depuis le Parlement». Le mémorandum exige à ce propos l’application stricte de l’article 17 de la Constitution, qui garantit le droit des Marocains résidant à l’étranger d’être électeurs et éligibles. Ainsi, les trois partis proposent d’«assurer la représentation de la diaspora marocaine à la Chambre des Représentants, à travers des candidatures soumises dans le cadre des listes régionales», a assuré Nizar Baraka. Au final et quelle qu’en soit la teneur et les dispositions, cette initiative conjointe des trois principaux partis d’opposition reflète une saine volonté d’aller vers l’avant à travers la proposition d’actions concrètes, à même de permettre la perception négative de l’ensemble du champ politique qui sévit actuellement dans la société marocaine. Au-delà du risque d’un désengagement et d’un déni total de l’action politique, cette démarche s’inscrit dans une volonté commune de ces trois partis d’éviter au pays une situation dangereuse de vide politique et, partant, idéologique qui demeure une porte entrouverte vers l’inconnu et l’instabilité sociale. 

Anass MACHLOUKH 

 

Repères

Le ministre de l’Intérieur en pleine concertation avec les partis d’opposition
Lors de sa dernière rencontre avec les responsables des partis de l’opposition dans le cadre des préparatifs pour les prochaines échéances électorales de 2021, le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a déclaré que « l’ensemble des partis doivent s’en tenir aux valeurs démocratiques, à l’éthique des élections et à l’obligation de transparence et de concurrence loyale pour permettre aux organisateurs des élections de répondre de la façon la plus stricte en cas de dépassement ». Il a ajouté que son ministère est mobilisé, aux côtés des secrétaires généraux et présidents des partis politiques, pour examiner les questions relatives aux échéances électorales afin d’y trouver les solutions adéquates dans le cadre d’un débat responsable et transparent.
Nizar Baraka insiste sur la nécessité d’affermir les collectivités territoriales
Le Secrétaire Généraldu Parti de l’Istiqlal n’a pas manqué de souligner l’importance de donner plus de moyens aux collectivités territoriales et de permettre aux élus locaux de disposer de ressources suffisantes pour tenir leurs promesses électorales. Nizar Baraka a exprimé son souhait de pouvoir fusionner les collectivités qui manquent de moyens afin d’augmenter leur efficacité, rappelant que ces dernières sont fortement tributaires des fonds du ministère de l’Intérieur et qui proviennent généralement de la TVA.
Il ne s’agit pas d’un appel au vote obligatoire
Dans leurs réponses aux questions des journalistes, les dirigeants des trois partis ont exprimé leur rejet total de toute velléité d’instauration du vote obligatoire qui serait complètement contre-productif puisqu’une telle approche ne ferait qu’accentuer la répulsion déjà prononcée de grandes couches de la population envers les élections. A la place, ils préconisent une approche incitative basée sur des mesures d’encouragement comme l’exonération des frais de timbre pour la production des cartes d’identité nationale et des passeports.