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International

Maroc – Afrique du Sud : Mandela et le Royaume, une si longue amitié


Rédigé par Houda BELABD Mercredi 18 Janvier 2023

L’amitié entre le Maroc et l’Afrique du Sud ne date pas du XXème siècle. Elle plonge ses racines loin dans l’Afrique du Moyen-âge : celle du Soudan Occidental, soit du XIème au XVIème siècle. Le soutien du Maroc au peuple sud-africain lors des sombres années de l’apartheid n’en a été que le prolongement naturel. Zoom rétrospectif.



Fort de son déploiement historique sur diverses parties de l’espace ibérique et des confins africains, et de sa position géographique de portail du vieux continent, le Maroc médiéval était un fournisseur et relayeur de denrées alimentaires nord-africaines, ibériques et méditerranéennes, ce qui l’a mis en relation avec les civilisations de l’Afrique précoloniale de l’acabit des empires Songhaï, des Royaumes Mossi, Bambara de Ségou et du Kaarta ou de la Haute-Volta (le Burkina Faso, de nos jours), jusqu’au fin fond de l’Afrique australe, soit jusqu’en Afrique du Sud.
 
À son apogée, cet espace échangeait principalement de l’or et de l’ivoire avec le Maroc contre des denrées agroalimentaires. En outre, lorsque les routes commerciales étaient perturbées pour diverses raisons, le Royaume servait de relai pour le sel et les chevaux égyptiens au pays austral. Aussi, au lendemain de l’invention de l’imprimerie, le Maroc fournissait-il des livres en latin, en allemand, en néerlandais et en anglais à ce pays du globe, participant, indirectement, à son éveil intellectuel.
 
Au XXème siècle, le soutien du Maroc au peuple sud-africain lors de sa lutte acharnée contre les atrocités de l’apartheid n’est plus à démontrer. «Lors de son séjour au Maroc de 1960 à 1962, Mandela rencontre à Oujda les dirigeants du FLN algérien. A cette époque, le Royaume est le quartier général de la résistance en Afrique. La réputation de feu Mohammed V et des leaders du mouvement nationaliste résonnait à des milliers de kilomètres et était sans conteste aucun », explique l’historien Nourdine Belhaddad.
 
Dans cette dynamique, le jeune Mandela va côtoyer les Algériens Houari Boumediene, Mohamed Boudiaf, Ben Bella ou encore Agustino Neto, le premier président de la République d’Angola entre 1975 et 1979 sans oublier Amilcar Cabral, le fondateur du Parti africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, ainsi que de nombreux autres qui ont pu trouver refuge au Maroc. «Toutes ces personnalités aspiraient à ce que leurs pays soient indépendants et libres. Mandela avait les mêmes visées, même s’il était mû par un désir de liberté et d’égalité plutôt que par la volonté d’indépendance. Il faut dire que son pays était soumis depuis 1948 au joug de l’apartheid, qui instaurait une forte ségrégation raciale brimant les droits des Noirs, pourtant autochtones et majoritaires. Sa lutte est différente de celle des combattants, indépendantistes », détaille notre source.
 
Et dans ce climat, le pacificateur sud-africain a vite jugé bon de se rapprocher de «l’homme de la situation » pouvant lui permettre de communiquer ses doléances et revendications au palais marocain. Son choix s’est porté sur Abdelkrim El Khatib, ministre d’État aux Affaires africaines à l’époque qui a largement contribué à rapprocher Hassan II et Mandela. Feu le Roi Hassan II a donné ordre au haut responsable, en 1962, de fournir de l’argent et de convoyer des armes et des provisions aux combattants de l’ANC.
 
Les deux grands leaders se retrouveront une seconde fois en 1994 à Rabat, mais cette fois-ci davantage pour des échanges affables et courtois. Pendant les longues années d’emprisonnement de Mandela, le Maroc avait donné un autre contour à cette relation. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Saâd Dine El Othmani, avait, lui aussi, pris soin de rappeler, lors d’une rencontre politique, tenue fin mai 2013 à Rabat pour commémorer la Journée de l’Afrique, que cette remise d’armes était la première réceptionnée par les hommes de Mandela depuis un pays étranger.
 
Une idylle politique hors du commun
 
La trame de fond de la relation entre Mandela et le Maroc allait connaitre un fâcheux développement, un certain 12 juillet 1963, le jour de l’arrestation du chef de l’ANC. Tout au long de ces 27 années de détention, l’ANC se rapprochera des pays communistes pendant que le Maroc va aller négocier avec le régime sud-africain au sein du fameux Safari Club. De plus, au cœur de la crise angolaise, Rabat s’était montré plus accommodant avec Pretoria, en bien plus avec Jonas Savimbi face à son immense rival José Edouardo Dos Santos, président de l’Angola.
 
En outre, après sa sortie de prison le 11 février 1990, Nelson Mandela engage un long périple dans de multiples pays répartis sur les cinq continents. Le Maroc faisait alors partie de l’agenda du chef de file de l’ANC. Au cours de son voyage dans le Royaume, en novembre 1994, Hassan II lui a réservé un accueil enthousiaste et l’a même décoré. Cependant, ces quelques retrouvailles restent sans suite. Pis, la dégradation des relations politiques entre les deux pays ne cessera de s’accentuer, surtout après l’ère Mandela, ouvrant la voie aux faux pas diplomatiques les plus injustifiables.
 
La triste fin
 
A tout point de vue et selon plusieurs récits historiques et géostratégiques, le mandat présidentiel de Mandela (9 mai 1994-14 juin 1999) a été en mesure de juguler pour un moment les différends entre le Royaume et les autres dirigeants de l’ANC sur le dossier du Sahara marocain. Toutefois, la proximité avec l’Algérie a supplanté le vague souvenir de cette première remise d’armes et de munitions en 1962. En 2004, le coup de massue est tombé avec la reconnaissance de la prétendue « RASD » par l’Afrique du Sud. Depuis cette date, Pretoria devient l’un des appuis les plus inconditionnels du mouvement séparatiste.

Houda BELABD 

 3 questions à Nourdine Belhaddad, historien marocain 

« L’amnésie diplomatique des actuels dirigeants sud-africains est un vilain défaut » 

Nourdine Belhaddad, historien marocain et fin connaisseur des relations panafricaines, revient sur une relation bilatérale peu ordinaire.

 
-Parlez-nous des tenants et aboutissants du séjour de Nelson Mandela au Maroc.
 
Dans les années 1960 à 1962, Nelson Mandela a vécu sous protection du Maroc et a reçu une instruction militaire et un support financier et logistique de la part des défunts Rois Mohammed V et Hassan II. Cet important soutien marocain a été à la base d’une amitié indéfectible entre feu Nelson Mandela, père de la nation sud-africaine, et le Maroc, qu’il n’a jamais pu oublier. Les deux nations africaines étaient liées par des valeurs anticoloniales et nationalistes communes.
 
En outre, les deux nations croyaient en une Afrique forte et unie, capable de résister aux crises des temps difficiles.
 
-Les relations diplomatiques entre le Maroc et l’Afrique du Sud ne se sont pas arrêtées en si bon chemin. Qu’en est-il advenu dans les années 1990, lorsque Mandela est arrivé à la présidence de son pays ?
 
Le discours historique du Président Nelson Mandela en 1994 a été l’occasion de reconnaître et de renforcer le soutien indéfectible du Maroc au mouvement anti-apartheid. Mandela a rendu un vibrant hommage à feu Hassan II, qui a été parmi les tout premiers dirigeants à apporter un soutien financier au mouvement du Congrès national africain (ANC) dans sa lutte contre l’apartheid. Le Maroc était même très proche des Sud-Africains lorsque leur leader purgeait une peine de prison dans les geôles du bourreau.
 
-Quand, selon vous, le divorce diplomatique a-t-il eu lieu ?
 
Le lucre et le dilemme cornélien entre les intérêts de l’Afrique du Sud, depuis la fin du régime Mandela, est la raison formelle mais ce n’est pas une justification valable. Car les actuels dirigeants de l’Afrique du Sud, ce pays qui a longuement été un ami et frère du Royaume, semblent être frappés d’une amnésie diplomatique volontaire, ce qui est un vilain défaut. Si toutefois ils souhaiteraient savoir ce que le Maroc a présenté au peuple sud-africain comme témoignages d’amitié, de lutte acharnée contre le colonialisme, et de soutien militaire lors des années noires de l’Apartheid, ils n’ont qu’à faire remonter le temps quelques décennies en arrière et ils jugeront, par eux-mêmes, de la générosité du Royaume et de ses Rois.
 
Cependant, s’ils ont la mémoire courte, qu’ils sachent que l’histoire n’oublie rien et que le Maroc, fidèle à ses principes panafricains et à la mémoire de ses défunts rois et sultans, sera toujours ouvert aux négociations.
 

Mandela - Discours 

Les archives n’ont cure du bluff et du mensonge

 
Au cours du mois de mai 1995, Nelson Mandela a commémoré le premier anniversaire de son investiture à la présidence de l’Afrique du Sud. Un vaste gotha politique s’est réuni pour marquer l’occasion, en grande pompe, dans la capitale Pretoria. Dans un célèbre discours, prononcé à cette occasion, Nelson Mandela a dénoncé en même temps l’ingratitude et la déloyauté des dirigeants sud-africains et la courte mémoire des gouvernants algériens envers le Maroc.
 
En effet, prenant la parole devant un public composé de notoriétés, il a relaté un épisode de sa vie précédant son arrestation par le régime d’apartheid et ses 27 années de prison : «Un homme a parcouru des milliers de kilomètres pour venir parmi nous à cette fête. En 1962, il faisait partie du gouvernement de son pays et occupait le poste de ministre des Affaires africaines. Quand je lui ai dit que je désirais voir Sa Majesté le Roi (feu Hassan II), il m’a demandé pourquoi. Je lui ai confié que nous avons formé une armée, que nos soldats doivent être instruits et que nous avons besoin d’argent et d’armes.
 
Il m’a dit qu’il avait bien compris ma mission car il a vécu la même chose que nous sous le colonialisme. Ensuite, il m’a dit : réunis tes hommes à Dar Essalam (ancienne capitale de la Tanzanie), je vais leur envoyer un avion pour les ramener dans mon pays afin qu’ils puissent recevoir une formation militaire. Il m’a alors demandé de quel type d’armes nous avions besoin et où les livrer. Je lui ai fourni les détails des armes et lui ai demandé de les acheminer à Dar Essalam. Il m’a ensuite demandé de combien d’argent avez-vous besoin? Je lui ai indiqué que nous avions besoin de 5.000 £.
 
Il me donne l’argent et me dit qu’il n’a pas vraiment besoin d’un reçu et me conseille d’aller mettre l’argent dans une banque en Angleterre. Je tiens à rendre hommage à un vieil ami et compagnon de lutte pour la liberté, le Dr Abdelkrim El Khatib du Royaume du Maroc, que je vous implore de saluer une deuxième fois». A ces mots, un tonnerre d’applaudissements a fusé dans l’immense foule, vibrant hommage à une attitude de solidarité fraternelle qui ne s’est jamais démentie de la part du Maroc, et que ne saurait altérer ni occulter l’ingratitude d’un mauvais voisinage.
 

Hommage posthume 

À New York, le Maroc salue la mémoire de Mandela

Inspiré par le parcours de l’homme de paix, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a rendu hommage au défunt Nelson Mandela en septembre 2018. Le Souverain marocain a adressé un message au Sommet de la Paix Nelson Mandela qui s’est tenu au siège de l’ONU à New York.

 
Le Souverain a salué la mémoire de Mandela, un homme que le monde entier «admire» pour sa «force de caractère, son souci des personnes vulnérables et son combat, tout au long de sa vie, contre la discrimination et l’inégalité». Selon le message de Sa Majesté le Roi, lu par le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita, Nelson Mandela était «la personnification d’une foi inébranlable dans les vertus du dia[1]logue, de la paix et de la tolérance». Le récipiendaire du Prix Nobel de la paix s’est battu pour la justice, l’égalité et la paix.
 
Il a également rêvé de la fin des luttes des peuples et de l’injustice dans le monde. Le Souverain a, en outre, rappelé la relation amicale que Mandela entretenait avec le Maroc et le soutien que la nation marocaine a apporté au leader africain. SM Mohammed VI a, aussi, rappelé que Mandela «avait une affection sincère pour mon défunt père, Sa Majesté le Roi Hassan II». Il a ajouté que cette affection était «mutuelle», le Maroc ayant apporté un soutien «inconditionnel» aux mouvements de libération africains, en rappelant que Mandela a vécu au Maroc entre 1960 et 1962 «où il a reçu le soutien du Royaume pour son combat légitime».
 
Le contexte se prêtait alors à mettre en avant la convergence de deux cours de l’histoire et le sens d’un engagement commun plutôt que de rappeler à tous le rôle prépondérant du Royaume dans le soutien apporté à Mandela. SM le Roi a également rappelé la fibre humaniste de Mandela, qui compte parmi les dirigeants africains qui se sont engagés en faveur des valeurs humanitaires et des nobles principes. Dans son long discours au Sommet Nelson Mandela, SM le Roi n’a pas manqué de retracer le parcours militant de Mandela qui l’a élevé au rang de héros.
 
Mandela est décédé dans sa maison à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 5 décembre 2013. Par ses choix en faveur d’une société réconciliée, Mandela aura montré que le dialogue et la négociation peuvent mieux aboutir que tout autre procédé. Pour sa part, Mandela a rendu en 1995 un vibrant hommage au Ma[1]roc dans un discours, remerciant le défunt Roi Hassan II, via son ministre des Affaires africaines en déplacement à Pretoria, de l’avoir soutenu par des financements, des formations et des armes dans son combat pour la libération.
 
Le Royaume avait alors été prompt à répondre aux demandes de Mandela. En hommage posthume à Nelson Mandela, SM le Roi Mohammed VI avait conclu son message ainsi: «Son absence nous est si insupportable que nous préférons célébrer sa naissance - une de ces naissances qui sont honorées dans le monde entier. Une autre naissance que l’humanité doit à l’Afrique ».
 

Diplomatie

Ouvrir la boîte de Pandore 

 
Naledi Pandor, membre du Congrès national africain, députée et ministre sud-africaine des Relations internationales et de la Coopération depuis 2019, avait exprimé son opposition à la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara. Elle a exhorté, en 2021, le nouveau président américain à revenir sur la décision de son prédécesseur. Intervenant lors d’un webinaire sur la politique étrangère de son pays, la ministre Pandor a estimé que la décision de l’ancien président américain Donald Trump de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara se heurte aux résolutions de l’ONU en faveur de la tenue d’un référendum d’autodétermination pour le peuple «sahraoui », relate Daily Maverick.
 
La ministre sud-africaine escompte que le locataire de la Maison Blanche fasse volte-face et renie les engagements solennellement souscrits par les Etats-Unis sur ce dossier. Elle a en outre demandé à Joe Biden d’agir dans le sens d’une plus grande amélioration des relations des Etats-Unis avec l’Afrique, évidemment dans la ligne que lui dicte ses présupposés idéologiques. Rappelons que l’ancien président américain Donald Trump avait signé, le 10 décembre 2020, un décret reconnaissant la souveraineté du Maroc sur son Sahara, en même temps que la reprise des relations diplomatiques entre le royaume et Israël.
 



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