Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Actu Maroc

Marisa Farrugia : «15 des 25 pays de la région euro-méditerranéenne présentent les taux les plus élevés de cancer du sein »

Interview avec Marisa Farrugia, Secrétaire Générale adjointe de l’UpM


Rédigé par Safaa KSAANI le Mercredi 10 Février 2021

A l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, l’Union pour la Méditerranée (UpM) appelle à une prévention du cancer qui tienne compte de la dimension de Genre. Marisa Farrugia, Secrétaire Générale adjointe de cette instance régionale, nous en parle.



Marisa Farrugia
Marisa Farrugia
- Le projet « Le droit des femmes à la santé », soutenu par l’UpM, a comparé dans plusieurs pays méditerranéens les différentes stratégies menées sur le dépistage précoce du cancer du col de l’utérus. Quelles conclusions tirez-vous de votre étude comparative ?

- L’étude a porté sur une comparaison des différentes stratégies de dépistage au Maroc, en Albanie et au Monténégro, afin d’évaluer la ou les méthodes les plus appropriées pour la détection précoce du cancer du col de l’utérus. Le projet souhaitait étudier également les attitudes et les comportements des femmes face à la prise de conscience de l’importance d’une détection précoce du cancer du col de l’utérus. Au Maroc, deux stratégies différentes pour inviter les femmes à effectuer un test de dépistage ont été comparées. La première technique est une invitation proposée lors d’une rencontre en face-à-face (méthode courante actuelle).

Pour la seconde stratégie, les femmes sont invitées soit par téléphone, soit par un contact personnel avec un professionnel de la Santé (à domicile) ou par l’intermédiaire d’une ONG locale. Les résultats ont montré que contacter les femmes par téléphone ou lors de rencontres en face-à-face produisait les mêmes résultats en termes d’efficacité de participation, malgré les avantages économiques des appels. Sur un total de presque 2.000 femmes contactées, seules 7% des femmes n’ont pas réalisé le test de dépistage. Les femmes ont répondu positivement à la méthode de l’appel téléphonique.

- Que propose l’UpM pour accroître les compétences des professionnels de la Santé et la sensibilisation générale de la population ? 

- Le cancer du col de l’utérus est un type de cancer qui est à la fois évitable et curable. Les outils nécessaires pour le soigner existent déjà, c’est pourquoi des efforts doivent être faits pour les rendre accessibles à toutes les femmes. L’article « A report on the Marrakech International Women’s Cancer Days : dialogs and implications » publié en 2018 dans le cadre du projet WorTH, soutenu par l’UpM, souligne qu’un soutien accru est nécessaire dans la formation chirurgicale et les thérapies médicales. Nous savons également que la détection précoce sauve des vies. Il est donc primordial de surmonter certaines peurs et de sensibiliser.

L’approche multipartite du projet - impliquant les décideurs, les professionnels de la Santé et les organisations de la société civile, et la forte implication des ministères nationaux de la Santé - a permis d’améliorer les capacités des professionnels de la Santé et de sensibiliser le public au cancer du col de l’utérus. Au Maroc, le projet a été mis en œuvre en collaboration avec le ministère de la Santé et la Fondation Lalla Salma, avec le soutien d’une ONG locale, qui a servi d’intermédiaire pour les contacts établis.

- Quelle est la stratégie globale menée par l’UpM pour la lutte contre le cancer dans la région méditerranéenne ?

- Le projet WoRTH a encouragé la coopération Sud-Sud et Nord-Sud et l’Union pour la Méditerranée, il peut jouer un rôle essentiel dans la promotion de cette collaboration dans la région et le renforcement des capacités de santé. En mars 2020, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l’Union pour la Méditerranée ont signé un protocole d’accord qui met en place un cadre de coopération pour promouvoir et faciliter l’engagement des pays membres de l’UpM sur les thématiques de l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, en général, et particulièrement pour encourager des initiatives liées à la santé, y compris autour du cancer du col de l’utérus.

L’accord indique également l’intention de soutenir les États membres de l’UpM et de l’OMS pour renforcer leurs capacités et leur action en matière de santé à travers la recherche, l’éducation, le renforcement des systèmes de santé et de protection financière pour atteindre une couverture sanitaire universelle et renforcer un plaidoyer pour la santé dans toutes les politiques. L’accord est l’un des engagements de l’UpM sur l’autonomisation des femmes, en particulier sur la promotion de la santé des femmes, comme demandé par la Conférence ministérielle de l’UpM 2017 sur le renforcement du rôle des femmes dans la société, où les ministres ont réaffirmé leur engagement à garantir l’accès universel aux services de santé sexuelle et reproductive pour les femmes et les filles.


Recueillis par Safaa KSAANI 

Prévention du cancer

La dimension de genre est toujours négligée

Depuis le déclenchement de la pandémie, les systèmes de santé ont été mis à rude épreuve. Des données à jour sur les taux de cancer du col utérin dans la région méditerranéenne sont absentes jusqu’à présent, selon Marisa Farrugia, Secrétaire Générale adjointe de l’UpM. Cependant, ce qui est sûr, c’est que la question du genre est souvent ignorée dans les crises sanitaires. « Alors que les femmes représentent 70% du personnel de santé mondial, elles n’occupent que 25% des postes de responsabilité, ce qui fait que leur participation au processus décisionnel et à l’accès au pouvoir est un défi constant. Certaines décisions prises pendant la pandémie n’auraient probablement pas été les mêmes si les organes décisionnels étaient majoritairement féminins, comme par exemple la classification des services de santé maternelle et reproductive comme non essentiels », regrette Mme Marisa Farrugia. Et d’alerter que l’absence d’une perspective « genre » dans les soins de santé peut avoir des conséquences dévastatrices et que la détection précoce est cruciale dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus.

Pour améliorer l’accès des femmes aux postes de direction et de prise de décision et à lutter contre les préjugés sexistes qui subsistent dans le domaine de la Santé, l’UpM est catégorique. « Les politiques doivent s’attaquer aux inégalités sous-jacentes du système pour créer des conditions de travail décentes dans lesquelles les femmes atteignent leur plein potentiel de leadership. Les systèmes de santé seront plus forts lorsque les femmes qui dispensent des soins de santé auront leur mot à dire dans la conception des plans, politiques et systèmes nationaux de santé », tient à souligner notre interlocutrice.

S. K

Repères

Lutte contre le cancer : vers une région méditerranéenne plus inclusive ?
Le cancer compromet le développement d’une nation et reste un obstacle majeur au développement durable, en particulier dans les pays à revenu faible ou moyen. Mme Marisa Farrugia, Secrétaire Générale adjointe de l’UpM pour les affaires sociales, a déclaré : « En cette Journée Mondiale contre le Cancer, nous devons tous unir nos forces et faire entendre notre voix pour prendre des mesures fortes contre le cancer, en luttant pour des ressources et des services de qualité pour tous. Grâce à ses projets régionaux, ses forums politiques et ses plateformes de dialogue, l’UpM continuera avec détermination à se battre pour une région plus égale et plus inclusive, en plaçant la vie et les moyens de subsistance de la région au centre de ses actions ».
Entre 30 et 50% des cancers pourraient être évités
Environ 10 million de personnes meurent chaque année des suites d’un cancer. Selon l’Observatoire mondial du cancer, le cancer du sein est le plus fréquent, avec plus de 2 millions de nouveaux cas en 2020. Si l’on considère la région euro-méditerranéenne, 15 des 25 pays présentant les taux les plus élevés de cancer du sein en 2018 sont des États membres de l’UpM, selon cette Union. Si les taux de survie de nombreux types de cancers s’améliorent dans certains pays, d’autres se heurtent encore à des obstacles pour permettre à leurs citoyens un dépistage précoce et un traitement de qualité. Par ailleurs, il est prouvé qu’entre 30 et 50 % des cancers pourraient être évités en réduisant l’exposition aux facteurs de risque tels que l’alimentation, la nutrition ou l’activité physique.