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Actu Maroc

Marché du travail : Ces éternelles carences de notre couverture sociale


Rédigé par A. CHANNAJE le Samedi 20 Février 2021

Travail sans rémunération, faible couverture dans un système de retraite, faible couverture médicale…sont autant de difficultés dont souffre le marché du travail marocain.



Marché du travail : Ces éternelles carences de notre couverture sociale
Le marché du travail au Maroc est largement caractérisé par une faible protection sociale. A en croire le HCP, moins du quart des actifs occupés (24,7%) bénéficie d’une couverture médicale liée à l’emploi. Cette proportion est de 36,6% dans les villes et de 8,2% seulement dans les campagnes, précise le Haut-Commissariat au Plan dans sa nouvelle note d’information sur les principales caractéristiques de la population active occupée en 2020. En 2019, seuls 24,1% des actifs occupés bénéficiaient de cet avantage, 36,4% en milieu urbain et 7,8% en milieu rural.

Près de la moitié (50,7%) des actifs occupés sont des salariés (contre 50,1% une année auparavant), 30,9% des indépendants (contre 30,2%), 13,7% des aides familiales (contre 14,7%) et 2% des employeurs (contre 2,4%), ajoute la même source.

La part des actifs occupés affiliés à un régime de couverture médicale s’améliore nettement au fur et à mesure que le niveau de diplôme s’élève, tient à préciser le HCP. Cette part passe de 10,7% parmi les personnes n’ayant aucun diplôme à 72,8% parmi celles ayant un diplôme supérieur (Baccalauréat, diplômes de cadres moyens) et diplômes de l’enseignement supérieur (Facultés, grandes écoles et instituts supérieurs).

Faible couverture médicale dans l’agriculture et les BTP

Selon les secteurs, les salariés qui travaillent dans l’industrie, y compris l’artisanat, enregistrent le taux de couverture médicale le plus élevé avec 42,2%, suivis de ceux relevant du secteur des services (36,5%), des BTP (13%) et de l’agriculture, forêt et pêche (4,6%).

Un peu moins de la moitié (46,1%) des salariés bénéficient d’une couverture médicale assurée par l’employeur, 53,4% en milieu urbain et 25,1% en milieu rural, 57,3% parmi les femmes et 43,3% parmi les hommes.

Par ailleurs, selon toujours les statistiques du HCP, près d’un actif occupé sur 4 (24,1%) est affilié à un système de retraite, 36,3% en milieu urbain et 7,1% en milieu rural.

Le taux de couverture par un système de retraite est légèrement plus élevé parmi les femmes que les hommes, respectivement 27,5% et 23,1%. Cette proportion passe de 8,6% parmi les jeunes âgés de 15 à 24 ans à 27,7% parmi les personnes de 35 à 44 ans et de 9,9% parmi les actifs occupés n’ayant aucun diplôme à 72,4% parmi ceux ayant un diplôme supérieur.

Emploi sans contrat de travail

Le HCP nous append également un autre constat accablant caractérisant le marché du travail marocain, à savoir que plus de la moitié des salariés (55,2%) ne disposent d’aucun contrat formalisant leur relation avec l’employeur (54,9% en 2019). Un peu plus du quart (26,4%) disposent d’un contrat à durée indéterminée, 12,2% d’un contrat à durée déterminée et 6,2% d’un contrat verbal. La part des salariés ne disposant d’aucun contrat s’élève à 43,2% parmi les femmes contre 58,2% parmi les hommes, respectivement 43% contre 58% en 2019.

Mais les catégories les plus touchées par la précarité de l’emploi sont les salariés âgés de 15 à 29 ans et les personnes n’ayant aucun diplôme. Ils sont les plus touchés par le travail sans contrat avec respectivement 62,7% et 74,4%.

Travail sans salaire

Autre élément inquiétant soulevé par le HCP est qu’environ 14% des actifs occupés exercent un emploi non rémunéré, les ruraux, avec 29,9%, plus que les citadins (3%) et les femmes, avec 35%, plus que les hommes (8,6%). Les personnes n’ayant aucun diplôme sont également plus touchées par l’emploi non rémunéré avec 18,5% contre 12,5% pour celles ayant un diplôme moyen et 2,5 pour celles ayant un diplôme supérieur. 

Ce qui caractérise également le marché du travail marocain, c’est que près d’un actif occupé sur 10 (9,5%) exerce un emploi de type occasionnel ou saisonnier, 12,3% en milieu rural et 7,5% en milieu urbain. Ces parts étaient respectivement de 9,2%, 11,6% et 7,4% en 2019.

Heures travaillées par semaine en baisse

Quand il s’agit d’analyser les conditions de travail, le HCP révèle que le nombre total d’heures travaillées par semaine a baissé de 20%, passant de 494 millions heures en 2019 à 394 millions en 2020, ce qui équivaut à 2,1 millions emplois à temps plein.

Selon le milieu de résidence, le volume d’heures travaillées, par semaine, est passé de 300 millions heures à 237 millions en milieu urbain (-21%) et de 194 millions heures à 157 millions en milieu rural (-19%). La baisse relative des heures travaillées par semaine a été plus élevée parmi les femmes (-24,4% passant de 86 millions à 65 millions heures) que parmi les hommes (-19,4% passant de 408 millions à 329 millions heures).

S’agissant des professions, les artisans et ouvriers qualifiés des métiers artisanaux sont les plus exercés avec 19,3%, suivis des «ouvriers et manœuvres de l’agriculture et de la pêche» (18,4%) et des «manœuvres non agricoles, manutentionnaires et travailleurs des petits métiers» (15,6%). Ladite note du HCP indique, en outre, que 54,3% des actifs occupés n’ont aucun diplôme, 30,5% ont un diplôme de niveau moyen et 15,2% un diplôme de niveau supérieur.

Parmi les actifs occupés exerçant dans le secteur de l’»agriculture, forêt et pêche», 80,8% n’ont aucun diplôme. Cette proportion atteint 59,2% dans le secteur des BTP, 45,2% dans l’industrie (y compris l’artisanat) et 37,4% dans les services.

432.000 postes d’emploi perdus

La note du HCP souligne, d’autre part, que le volume d’emploi a chuté, au niveau national, de 10.975.000, en 2019, à 10.542.000 en 2020, ce qui correspond à une baisse de 3,9%. 

L’économie nationale a, ainsi, perdu 432.000 postes d’emploi, 137.000 en milieu urbain (-2,2%) et 295.000 en milieu rural (-6,3%), après une création annuelle moyenne de 121.000 postes au cours de la période 2017- 2019.

En 2020, 41,8% des actifs occupés sont des ruraux et 21,5% de sexe féminin (22,7% une année auparavant). Les jeunes âgés de 15 à 34 ans représentent 35,1% du volume total d’emploi, ceux âgés de 15 à 24 ans 9% et ceux de 25-34 ans 26,1%.

Si la baisse du taux d’emploi a été de 0,3 point, durant les trois années 2017-2019, (passant de 41,9% à 41,6%), elle a été de 2,2 points, entre 2019 et 2020, passant de 41,6% à 39,4%. 

Entre 2019 et 2020, le recul du taux d’emploi a été nettement plus important en milieu rural avec une baisse de 3,2 points, de 50,3% à 47%, qu’en milieu urbain où ce taux a chuté de 1,6 point, passant de 36,9% à 35,3%, peut-on lire dans ladite note.

A. CHANNAJE
 
Généralisation de la couverture sociale : quels enjeux ?
Le Maroc n’a pas dérogé à l’approche ascensionnelle internationale dans la mise en place de son système de protection sociale, souligne le CMC (Centre Marocain de Conjoncture) dans le nouveau numéro de son bulletin mensuel « Maroc Conjoncture ».

Le système est constitué aujourd’hui de la CMR, du RCAR, de la CNSS, de la CNOPS…

A quoi s’ajoute une catégorie partiellement contributive représentée fondamentalement par le RAMED. Le tout est complété par des programmes de protection non contributive dont les plus représentatifs sont l’INDH, Tayssir et autres institutions d’assistance aux personnes en situation de précarité…

Selon le CMC, le regroupement de ces composantes sous le vocable de système peut être considéré comme inapproprié, vu que celles-ci ne constituent qu’un mécanisme dépourvu de cohésion et de complémentarité. Il reste, toutefois, que le chantier le plus important serait celui de la généralisation de la couverture à toutes les couches sociales

Repères

Projet de loi-cadre 09.21
Le Conseil des ministres, tenu jeudi 11 février, a approuvé le projet de loi-cadre 09.21 relatif à la protection sociale au Maroc. Objectif : généraliser celle-ci au profit de tous les Marocains à l’horizon 2025. Le projet de loi-cadre passe par quatre axes avec des échéances précises :

- La généralisation de l’Assurance maladie obligatoire, à fin 2022, au profit de 22 millions personnes supplémentaires;

- La généralisation des allocations familiales durant les années 2023 et 2024 au profit des familles qui n’en profitent pas selon les textes en vigueur;

- L’élargissement de la base des adhérents aux régimes de retraite pour inclure environ 5 millions de personnes qui exercent un emploi et ne bénéficient d’aucune pension à l’horizon 2025 ;

- La généralisation de l’indemnité pour perte d’emploi durant l’année 2025 pour couvrir toute personne exerçant un emploi stable.

25,1 % des chômeurs sont à Casablanca Settat
Cinq régions concentrent près des trois quarts des chômeurs (72,8%) au niveau national. Casablanca-Settat arrive en première position avec 25,1%, devant Rabat-Salé-Kénitra (14,4%), Fès-Meknès avec (12,2%), l’Oriental (11,5%) et Tanger-TétouanAl Hoceima (9,6%), indique le HCP. La région Casablanca-Settat vient en première position avec 22,4% d’actifs, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (13,5%), de Marrakech-Safi (13,4%), de Fès-Meknès (11,6%) et de TangerTétouan-Al Hoceima (11%), précise le HCP dans une note sur la situation du marché du travail en 2020.

Qui sont les actifs occupés ? 
Selon le HCP, les actifs occupés sont « toutes les personnes, âgées de 7 ans et plus, participant à la production de biens et services pendant une brève période de référence spécifiée et toutes celles pourvues normalement d’un emploi, mais absentes de leur travail pour un empêchement temporaire. Il s’agit d’un concept large qui englobe tous les types d’emplois, y compris le travail occasionnel, le travail à temps partiel et toutes les formes d’emplois irréguliers ».