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Culture

Magazine : Mohamed Hamidi, en chair et en éros


Rédigé par Anis HAJJAM le Dimanche 5 Décembre 2021

Jusqu’au 10 janvier 2022, l’innombrable plasticien expose ses récentes réalisations à la Galerie 38 de Casablanca. Une série d’oeuvres où l’artiste se met à nu pour habiller amplement le regard, une monographie à la clé. Accrochage-évènement.



Sans titre. Peinture cellulosique sur toile, 160 x 300 cm, 2021.
Sans titre. Peinture cellulosique sur toile, 160 x 300 cm, 2021.
Il y a un bel étourdissement et on ne sait à quel sein se vouer. Cette assertion serait-elle vierge d’arrières pensées ? Voire… Mohamed Hamidi demeure une belle brèche dans notre quotidien tumultueusement repli sur le ça et le moi. Ce tumulte s’inscrit dans le conservatisme démoli, dans le non-dit rageusement déconstruit. Hamidi est là pour tout nous dévoiler, d’une main de maître, d’une approche composite, d’un bouillonnement mêlé. Aucune inadvertance ne s’en dégage. Il est ce résistant qui agit sans jamais se subvertir. Et cela dure depuis une soixantaine d’années. Sans véritable discontinuité. Lorsqu’il «écrit» une oeuvre, les esprits se lèvent.

C’est, finalement, à une idée de l’art qu’il nous invite à croire. Quoique pour l’actuel accrochage, fruit d’une résidence à la Galerie 38, des panneaux découpés investissent une «ruelle» de l’espace prenant l’allure d’un boudoir, la scénographie les empêchant de se faufiler entre fresques et sculptures, les léguant à leur propre sort. Ainsi va «Ici, et maintenant», la couleur trônant avec majesté.

Oeuvres piquées de fraîcheur

Mohamed Hamidi ne cesse de flirter avec cet érotisme à l’esthétique caressant nonchalamment l’âme. Une poésie désarmante se dégage d’oeuvres méticuleusement suggestives. Elle vous tient pour ne plus vous lâcher. Ca versifie, ça prose, ça ankylose. Pourtant, l’univers de l’artiste n’est mis en lumière que récemment. Des décennies d’avant-gardisme que critiques et marchands choisissent d’ignorer.

L’un des fondateurs de l’Ecole de Casablanca, adepte de la Seconde Ecole de Paris, rame longtemps avant de rejoindre les rivages de la reconnaissance internationale. Le Centre parisien Georges Pompidou acquiert deux de ses pièces pour qu’ensuite hommages et expositions consacrent la folle richesse d’une carrière. La présente exposition propose également une monographie de l’artiste, la première rendant compte de son travail et de son parcours, coréalisée par la Galerie 38 et les éditions Skira.

A quatre-vingts ans, Hamidi produit des oeuvres piquées de fraîcheur, paradoxalement inspirées de plusieurs étapes de sa vie créative.

«Depuis quelques années, le peintre semble avoir entrepris de revisiter son oeuvre, comme s’il était à la recherche de cet emplacement idéal où les différents pans de sa peinture sauraient s’articuler entre eux en une image permettant leur miroitement. Tout se passe comme si ces toiles où l’espace se creuse avaient incité Hamidi à mettre en perspective toute son oeuvre : les formes-couleurs des années parisiennes, les motifs de la plastique nouvelle promue par l’Ecole de Casablanca, les extravagantes et transgressives icônes de l’éros, le néo-primitivisme du moment africain et les architectures des pans colorés. Dans un geste qui remet en cause le déroulement linéaire du temps, ces différents chantiers paraissent maintenant voués à se réfléchir les uns les autres, à entrecroiser leurs logiques respectives. A l’heure où son travail sort, notamment à l’extérieur du Maroc, de la relative confidentialité où il se trouvait il y a encore très peu de temps, Hamidi porte son regard vers ce point de fuite grâce auquel l’entier tableau de son oeuvre se donne toute sa profondeur », détaille Michel Gauthier, conservateur au Centre Pompidou et auteur des textes de la monographie dédiée à l’artiste.

Vibrations avant l’acte

Si le sexe jonche la palabre conceptuelle de Mohamed Hamidi, sa figuration un brin abstraite la fragmente en mouvements où l’éloquence se fait reine. L’ondulation des organes vient honorer des rapports généralement au stade du préliminaire. Le nu n’est ici que vibrations avant l’acte, celui qui trotte dans l’imaginaire en amont de la consommation. Tout est caresse, mais cette caresse qui engendre la palpitation, le désir infini du plaisir qui perdure. Hamidi jongle généreusement avec une palette de frémissements prêts à gicler dans les neurones, capables de transformer le silence en brouhaha sourd, émouvant comme la jouissance. Les eaux dans lesquelles l’artiste barbotte sont tellement belles qu’on a l’envie tue de s’y noyer. Pour accomplir pareil geste, on est invités à faire la queue, une sorte d’enfilade où l’amour ne connaît pas d’adieu.


Anis HAJJAM

  


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