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Environnement

Lion de l’Atlas, une histoire fascinante et un triste destin


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Dimanche 22 Novembre 2020

Un lion de l’Atlas issu du Zoo de Rabat a récemment pris ses quartiers dans le Zoo de Paris. Si le Maroc continue à héberger la plus grande population captive de lions de l’Atlas, l’espoir de réintroduire cette espèce dans la Nature s’est éteint à jamais.



Lion de l’Atlas, une histoire fascinante et un triste destin
Le plus beau des lions de l’Atlas qui vivent encore en captivité dans le Jardin Zoologique de Rabat a quitté le territoire marocain pour s’installer définitivement à Paris. Arrivé samedi dernier à la capitale de l’Hexagone après un long voyage en camion, le félin de 214 kg se remet doucement de son dépaysement. Appelé Volcan, le lion de 9 ans a été acquis par le Zoo de Paris « dans le cadre d’un partenariat international  », souligne leparisien.com qui précise que le félin avait été repéré au Maroc par les équipes vétérinaires du zoo parisien, alors qu’elles effectuaient des soins sur un éléphant du zoo de Rabat. « C’était le plus beau. Nous le voulions vraiment », confient les équipes vétérinaires au média français. Si le Lion de l’Atlas en tant que sous-espèce du lion africain continue de fasciner encore aujourd’hui, il n’en demeure pas moins définitivement éteint à l’état sauvage.

Récit d’une disparition
« Alors que cet animal était très abondant dans l’Antiquité et qu’il peuplait de nombreuses régions du Maroc jusqu’au XIXème siècle, il se réfugia d’abord dans les zones montagneuses boisées et la frange nord-saharienne. Rapidement décimé par les chasseurs européens, il a survécu jusqu’aux années 20 dans le Moyen Atlas, un dernier individu étant encore signalé en 1930. Jusque vers 1939, des animaux se sont maintenus près des points d’eau en limite Nord du Sahara. Dans le Haut Atlas, la dernière observation remonte à 1942 : un animal abattu près du Tizi n’Tichka ; mais l’espèce s’est probablement éteinte, comme en Algérie, dans les années cinquante, voire au-delà », précisent les auteurs du livre « Mammifères sauvages du Maroc » publié en 2017 par la Société Française pour l’Étude et la Protection des Mammifères. Le Maroc continue aujourd’hui à héberger la plus grande population captive de lions de l’Atlas (22 individus, selon le site du Jardin zoologique de Rabat), grâce notamment au rôle qu’a joué la ménagerie royale qui hébergeait plusieurs lions jusqu’à la fin des années 60.

Le rôle de la fauverie royale
« Les chefs de diverses tribus offraient régulièrement au Sultan du Maroc des lions et des lionceaux de l’Atlas qu’ils capturaient dans la Nature. Ces offrandes, qui constituaient des symboles d’allégeance, se retrouvaient dans une fauverie du palais royal où vivaient également d’autres animaux offerts par des chefs d’Etat africains », raconte Dr Brahim Haddane, président du comité marocain de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature et ancien directeur du Zoo de Témara. « Au début des années 70, il a été décidé de déménager la fauverie à Guich Loudaya et c’est autour de ce noyau que s’est petit à petit constitué l’ancien zoo de Témara. C’est de cette population que descendent actuellement les lions qui vivent dans le jardin zoologique de Rabat »,  précise Dr Haddane. Avec l’implication de plusieurs scientifiques américains, français, anglais et marocains, les derniers lions de l’Atlas ont peu à peu commencé à faire l’objet d’études et de sélection afin de favoriser le maintien d’une certaine « pureté de l’espèce ».

À la recherche du « vrai lion de l’Atlas »
« Comme la fauverie où se sont maintenus les lions de l’Atlas hébergeait également des lions d’Afrique, il y a eu malheureusement des croisements qui ont engendré des individus hybrides », explique l’ancien directeur du Zoo de Témara. « Nous avons travaillé sur plusieurs années pour sélectionner les individus qui étaient les plus purs génétiquement pour donner la chance à la sous espèce marocaine de se maintenir et de garder ses spécificités génétiques et morphologiques », poursuit Dr Haddane. « Les lions de l’Atlas intéressaient énormément les scientifiques, car l’objectif ultime n’était pas uniquement de les multiplier, mais de reconstruire une population génétiquement saine et viable pour tenter un jour de les réintroduire dans la Nature », souligne le vétérinaire. Cet espoir n’a malheureusement pas pu être concrétisé. Même si le Royaume comptait jusqu’au début des années 2000 un ambitieux projet de réintroduction du lion de l’Atlas dans la région d’Azilal, ce programme a fini par être abandonné et, par là même, ont été définitivement enterrées les chances de rendre un jour leurs lions à nos montagnes. (Voir interview)

Oussama ABAOUSS

3 questions au Dr Brahim Haddane, expert en biodiversité

Brahim Haddane,
Brahim Haddane,
« Nous allions procéder vers 2020 à la réintroduction d’un couple de lions de l’Atlas »

Dr Brahim Haddane, président du comité marocain de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature et ancien directeur du Zoo de Témara, a répondu à nos questions.

- Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’ancien projet de réintroduction du Lion de l’Atlas ?
- C’était un projet qui avait vu le jour dans les années 90 et qui devait prendre au moins deux décennies avant d’aboutir. Nous avions commencé à sélectionner quelques lions de l’Atlas dans le zoo de Témara et l’idée était de préparer une réintroduction dans une zone de 10.000 hectares située dans la région d’Azilal où nous suspections d’ailleurs une présence du Léopard de l’Atlas. Cette zone, nichée entre deux versants, était traversée par un cours d’eau et était située au coeur d’une réserve de 100.000 hectares. L’objectif était de clôturer cet écosystème et d’y reconstituer une faune marocaine typique grâce notamment à des relâcher de cerfs de berbérie et de mouflons. Le programme établit à l’époque prévoyait qu’une fois cette biodiversité consolidée, nous allions procéder vers 2020 à la réintroduction d’un couple, voire de deux couples de lions de l’Atlas, dans cet habitat.

- La réalisation de ce projet était-elle, selon vous, possible ?
- Absolument. C’était évidemment un travail de longue haleine, mais nous avions à l’époque un habitat sauvage adéquat où ne vivait quasiment aucun humain. Nous avions également des bailleurs de fonds et des scientifiques qui étaient partants avec nous. Enfin, nous avions l’appui des autorités locales qui étaient intéressées par le potentiel de valorisation écotouristique de ce projet.

- Pensez-vous que ce projet puisse encore être réalisable aujourd’hui ?
- Malheureusement, le Maroc a définitivement raté l’opportunité de réintroduire le Lion de l’Atlas, qui est pourtant notre emblème national .Aujourd’hui, les conditions favorables à une réintroduction n’existent plus.

Recueillis par O. A.

Encadré

Histoire : Quand le Lion de l’Atlas massacrait les gladiateurs de Rome
Bien que l’extinction à l’état sauvage du Lion de l’Atlas dans son habitat nord-africain ne remonte qu’à la moitié du siècle dernier, les activités de braconnage qui avaient pour objectif de capturer des individus vivants remontent à plusieurs centaines d’années. À l’époque de l’empire romain, l’utilisation d’animaux féroces pour divertir les citoyens de Rome, à travers les jeux organisés régulièrement dans les amphithéâtres de l’empire, avait façonné une demande que les chasseurs des deux rives de la Méditerranée s’appliquaient à combler. C’est ainsi que des milliers de lions de l’Atlas ont été capturés puis acheminés à Rome et aux diverses villes de l’empire romain qui organisaient des jeux du même genre. Des milliers de ces félins étaient tués pendant les tentatives de capture qui tournaient souvent au vinaigre.  Parmi ceux qui étaient capturés vivants,  beaucoup ne survivaient pas au long voyage et, enfin, ceux qui arrivaient à survivre, finissaient leurs vies dans des combats contre les gladiateurs. Malgré ce carnage, les lions de l’Atlas se sont maintenus en nombres importants dans le territoire marocain jusqu’au siècle dernier. Des explorateurs comme Léon l’Africain ou encore Mármol Carvajal ont raconté dans leurs carnets de voyage des rencontres effrayantes et des récits de chasse au lion, où les hommes utilisaient des lances, des flèches et des filets. Ces chasses épiques duraient plusieurs heures et se soldaient le plus souvent par la mort de plusieurs hommes et chevaux.
 

Repères

Une convention pour l’élevage de lions
Signée en 2009, la convention- cadre entre le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification et l’ONG britannique Wildlink International vise à mettre en oeuvre un programme de préservation et de maintien de la diversité génétique du Lion de l’Atlas, renouvelable tous les trois ans. Cette convention engage les signataires à mettre sur pied un programme d’élevage du Lion de l’Atlas, et à promouvoir la recherche scientifique, la sensibilisation et l’échange d’informations sur ce félin.
Lions, viande et contraception
Dans un article datant de 2014, le média Yabiladi précise que « L’entretien de ces animaux (lions de l’Atlas, ndlr), qui mangent en moyenne 7 kilos de viande par jour coûte, toutefois, très cher au zoo (de Rabat) ». Le site, citant un article de l’agence espagnole EFE, souligne que le Jardin Zoologique de Rabat « a été contraint de ramener  des contraceptifs d’Australie pour contrôler leur reproduction. D’autant plus qu’ils savent qu’ils ne pourront, probablement, jamais les réintroduire un jour dans leur milieu naturel ».