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Actu Maroc

Les villes se vident au profit des campagnes

Réfugiés sanitaires


Rédigé par Kenza Aziouzi & Hajar Lebabi le Mardi 24 Mars 2020

Pendant que certains s’approvisionnent en pâtes et papier hygiénique, d’autres se réfugient à la campagne, par commodité ou par besoin.



Ph. KAMAL
Ph. KAMAL
Tandis que toutes les villes du royaume tournent au ralenti ces jours-ci depuis la mise en train du confinement forcé, dans le but de limiter la propagation du coronavirus, des citadins de souche ou d’adoption fuient la ville pour aller se confiner à la campagne. Ces derniers quittent la cité croyant se mettre à l’abri de la psychose et la contagion de l’épidémie, pour un endroit plus reculé et paisible.

Or, le gouvernement a décidé, dans le cadre de « l’Etat d’urgence sanitaire », que tout type de circulation est interdit pour les moyens de transport privés et publics, ce qui a engendré une véritable crise de mobilité. Ceci dit, cette interdiction ne concerne pas le transport des marchandises et des produits de base qui s’effectue dans des conditions normales et fluides de manière à satisfaire les besoins quotidiens des citoyens. Les déplacements pour des raisons de santé et professionnelles prouvés par des documents délivrés par les administrations et les établissements, sont également épargnés. Quels sont les enjeux et implications de cet exode rural inversé ?

Exode rural inversé

D’abord, notons que la majorité de ces voyageurs semble avoir oublié que ce déplacements de dernière minute peuvent conduire disséminer le virus dans des régions qui sont encore assez épargnées par le Covid-19, voire même parmi leurs propres familles, ou proches qu’ils sont allés retrouver. Ce phénomène d’exode risque de contaminer encore plus de personnes, ne serait-ce qu’en gare où des milliers de passagers sont depuis plusieurs jours agglutinés.

La situation était en effet très critique dans les gares de Kamra à Rabat ou encore Ouled Ziane à Casablanca où les personnes se pressaient tout au long du week-end pour rentrer chez elles. Ces dernières ont pris de grands risques en ignorant les mesures de protection contre l’épidémie, à savoir éviter les contacts physiques et maintenir une distance d’au moins un mètre avec les autres personnes. Leurs seuls soucis étaient d’obtenir un ticket ou trouver une place vacante dans l’un ou l’autre bus. Une frénésie qui n’a fait qu’empirer après la décision des autorités de suspendre le transport par car à compter de lundi.

Rupture des chaines du travail et de production

En même temps que l’épidémie qui se propage, la crise économique elle, ne cesse de s’amplifier. En effet, la raison principale pour laquelle tous ces voyageurs, dont la plupart sont des saisonniers ou des ouvriers, veulent rentrer chez eux est la perte de leur travail, à cause du coronavirus. N’ayant plus de revenus et de ressources, ils sont contraints de revenir auprès de leurs familles. Ce qui cause, une importante rupture des chaînes du travail et de production, et ce, pour une période dont nul ne peut prédire la fin.

Hormis l’impact sur l’économie du pays, ces personnes poussées à l’exode malgré elles appartiennent à la classe ouvrière. Elles sont en ville pour subvenir aux besoins de leurs familles, laissées à la campagne. Aujourd’hui, ils se retrouvent eux-mêmes dans le besoin et sont contraints de revenir chez leurs proches, dont la situation est encore plus précaire.

Il faut croire qu’entre le fait de vouloir protéger les citoyens en leur imposant de rester chez eux et l’ambition de préserver l’économie, il y’a une grande incompatibilité.

 

Anticipation du gouvernement

Afin d’anticiper les répercussions économiques directes et indirectes de la crise sanitaire du coronavirus sur l’économie nationale, le gouvernement a mis en place un comité de veille Economique (CVE). Ce comité est chargé de suivre de près l’évolution de la situation économique à travers des mécanismes rigoureux de suivi et d’évaluation ainsi que d’identifier les mesures appropriées en termes d’accompagnement des secteurs impactés.

En attendant les mesures dont va accoucher la réunion du CVE organisée lundi et consacrée justement à l’épineux dossiers des travailleurs de l’informel, ceux-là même qui sont en train de déguerpir des villes, nombre d’activités se retrouvent aujourd’hui orphelines de leurs précieuses mains d’oeuvres. C’est ainsi qu’à Rabat ou à Casablanca, des profils aussi utiles que les plombiers et les électriciens se font de plus en plus rares. Idem pour les commis de boucheries et d’épiceries qui ont vite fait de déserter leurs postes. Leurs boulots, aussi précaires soient-ils, les attendront-ils ? En cette période de crise économique généralisée, le doute est permis.
Kenza Aziouzi
& Hajar Lebabi