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Culture

Les subventions et la complaisance ne font pas les œuvres culturelles


Rédigé par Abdallah BENSMAÏN le Mercredi 7 Avril 2021

Comment faire d’un acte culturel, un acte économique ? La question est posée par une certaine forme de course aux subventions et publiques. Comme les subventions ne font pas les grandes, la complaisance dans la presse n’a jamais fait évoluer la cause des acteurs culturels, auteurs et promoteurs.



La presse n’a pas vocation à faire la promotion des œuvres. Une attaque qui commence par une négation ne renvoie pas au néant, mais au débat… pourquoi une telle déclinaison ? Les hommes de culture l’ignorent souvent, la promotion n’est pas dans l’ADN de la presse, culturelle, en l’occurrence, mais l’information. Informer sur la parution d’un livre ou d’un film, en faire des comptes-rendus, annoncer une exposition, assurer la couverture d’une soirée théâtrale, d’un festival, constituent l’essentiel de la substance du journalisme culturel. 

La presse culturelle a contribué pendant longtemps à débusquer les talents, aussi bien en termes de création que de critiques littéraire, cinématographique ou d’art, musicale ou théâtrale. Ce qui est loin de la fonction de promotion qui tend à devenir la sienne. A « L’Opinion Culture », dans les années 70-80, il n’y avait pas une semaine sans poèmes, à côté d’articles consacrés à des romans, essais, plasticiens, cinéastes, dramaturges… Outre « L’Opinion », la presse quotidienne et généraliste, était ouverte sur la culture et des pages ou suppléments hebdomadaires lui étaient consacrés, à l’image d’ « Al Alam » , dirigé par une plume passée à la postérité ; celle de Abdelkrim Ghellab.

Les noms de Abdellatif Laâbi, Mostafa Nissaboury, Mohammed Khaïreddine, Tahar Ben Jelloun, Abdelkébir Khatibi, sont issus de la revue Souffles. Abdelkader Lagtaâ, cinéaste, se souvient qu’il envoyait ses poèmes à la publication de la lointaine Pologne où il faisait ses études.

En Tunisie, le paysage de la presse culturelle était un terreau fertile où poussaient les jeunes plumes ; comme le souligne Mansour Mhenni : « c’est dans les années soixante-dix que mon chemin d’écrivain a pris son vrai élan. Plusieurs journaux publiaient des pages culturelles et des poèmes ».

Dès sa parution, Lamalif, « Revue mensuelle culturelle, économique et sociale », marquait son intérêt pour la culture par un nouvelliste américain, Damon Knight, auteur de « Comment servir l’homme » et le poème « La volonté de vivre » de Abou-L-Kacem Ach Chabbi. Dans la seconde livraison, Lamalif ouvre ses pages à un poème de Mririda N’ait Attik, passée à la postérité grâce à René Euloge qui avait réuni ses poèmes sous le titre « Les chants de la Tassaout », une nouvelle d’Andrée Chedid et publie un entretien avec Driss Chraïbi qui affirme « Je suis d’une génération perdue ». Dans le même numéro, la peinture y figurait en bonne place : « Chaïbia, un peintre qui promet », pronostic qui ne sera pas démenti par l’histoire de l’art au Maroc.
 

C’était avant Facebook
 

Comment on en est arrivé à une presse culturelle sans souffle créatif et esprit d’analyse, lisse et sans aspérités dans ses semblants d’évaluation des oeuvres ? Un ensemble de valeurs structurait l’activité « presse culturelle » autour de l’information et non de la publicité à faire à une œuvre, dans quelque domaine que ce soit : littérature, arts plastiques, sciences humaines. Et la liste est longue. La démarche journalistique était dans le compte-rendu et l’analyse de l’œuvre. Elle n’était pas dans des relations de mondanité, comme elle l’est actuellement sous le poids des réseaux sociaux, propices à l’extase, non pas devant l’œuvre mais le génie de l’auteur que l’on présente comme un précurseur : les créateurs dans les champs de la culture sont « Premier » en tout, dès la première œuvre ! Facebook est le principal relais de ce genre d’hérésie qui a pour frontières les limites de l’égo et le sens de la complaisance. 

Le présupposé qui veut que la presse est là pour faire la promotion des œuvres culturelles est une déviance épistémologique du métier d’informer. La presse la doit d’abord aux communiquants qui sont dans la séduction et non l’information. Le rêve contrarié : faire d’une œuvre culturelle un produit autour duquel il faut communiquer comme on communique autour de la lessive !

Cet état d’esprit de déviance épistémologique se retrouve également dans l’économie de la culture : comment faire d’un acte culturel, un acte économique ? Ce n’est certainement pas par les subventions et aides diverses qui détournent l’entreprise culturelle de sa vocation d’entreprise, tenue de rentabiliser ses investissements !
 

 

 
 

  


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