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Actu Maroc

Les marocains bientôt dans la ligne de mire d’une application «Traçante»

Suivi de la progression du coronavirus


Rédigé par Saâd JAFRI le Mercredi 15 Avril 2020

Le Maroc se prépare à l’après confinement. Une application de traçage des populations et des zones à risque est en cours de déploiement. Quelles en sont les implications ?



SM le Roi Mohammed VI présidant une séance de travail consacrée au suivi de la gestion de la propagation de la pandémie du Coronavirus. Ph. MAP
SM le Roi Mohammed VI présidant une séance de travail consacrée au suivi de la gestion de la propagation de la pandémie du Coronavirus. Ph. MAP
L’image qui vient immédiatement à l’esprit est celle d’un puzzle qui prend forme, jour après jour, sous nos yeux. Régulièrement, de nouveaux modules viennent s’ajouter à la structure de fortification contre le coronavirus dont les fondations ont été définies et jetées lors de l’importante réunion organisée, le 17 mars, au Palais Royal de Casablanca sous la supervision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, en présence des principaux acteurs civils et militaires de la gestion de l’actuelle crise.

Omnipotent ministère de l’intérieur

Cette structure qui continue à se déployer, recouvre les principaux volets d’une crise multi-sectorielle impliquant un combat sur plusieurs fronts. Il y eut d’abord le sécuritaire et le sanitaire pour la gestion desquels une mesure inédite a été prise qui est celle de l’état d’urgence sanitaire institué le 20 mars en vue d’endiguer la propagation de la pandémie, tout en mettant en place une stratégie sanitaire basée sur le confinement des populations, le dépistage ciblé des personnes à risque, la multiplication des hôpitaux de campagne et des lits de réanimation, ainsi que le déploiement d’autres mesures barrières tel que le port obligatoire du masque et l’augmentation progressive du nombre de tests.

Il y eut ensuite le social pour lequel une armada de mesures a déjà été entreprise dont notamment celles ayant trait à l’aide aux ménages Ramedistes et non Ramedistes, le soutien aux entreprises et salariés en cessation d’activité via la CNSS et l’implication du secteur bancaire pour le rééchelonnement des créances et autres engagements financiers. A cela s’ajoute l’enseignement dont l’arrêt décrété et acté le 16 mars par la fermeture des écoles et des universités a été rapidement compensé par le lancement rapide d’un programme valable d’enseignement à distance.

Le déconfinement en ligne de mire

Dernier module en date à surgir des coulisses de ce grand chantier où s’affairent en cette période propice de confinement des départements divers et variés en tête desquels le Ministère de l’intérieur, plus que jamais omnipotent, le projet de traçage des populations qui s’inscrit en droite lignée de mesures déjà entreprises ou en cours de l’être comme le port du masque dont 13 millions ont été à ce jour distribués, ainsi que le dépistage de masse, avec pour finalité de préparer la délicate phase du déconfinement.

En plus de l’augmentation récente du nombre de laboratoires agréés pour l’analyse des porteurs potentiels du coronavirus avec l’inclusion dans ce process de plusieurs CHU répartis sur l’ensemble du territoire national, l’acquisition de tests rapide augure en effet de l’accentuation de l’effort de dépistage. L’objectif étant de rassembler le maximum d’informations et de données à même de permettre l’alimentation de la future application en data constamment remise à jour.

Cet énième chantier inspiré des expériences chinoise, coréenne, britannique et singapourienne, a été muri en un temps record, avant de commencer à se décliner sous la forme d’un appel d’offre auquel les médias ont simultanément eu accès à la veille de l’ouverture des plis de sept entreprises marocaines postulantes, programmée le mardi 14 avril.

Au-delà des considérations techniques et jargonneuses contenues dans le cahier des prescriptions spéciales liées à l’utilisation de solutions en open source et d’autres aspects logistiques plus ou moins compréhensibles par les profanes comme l’usage de systèmes d’exploitation largement répondus tels que IOS et Android, ainsi que sa déclinaison en langues arabe et française, ce que l’on retiendra, de prime abord, de ce chantier ambitieux, c’est le recours à une solution sur mesure, faite maison par des opérateurs locaux.
 
La tentation était en effet grande de succomber à la facilité en calquant des solutions chinoises, coréennes ou singapouriennes, certes déjà prêtes et opérationnelles, mais dont rient ne dit si elles seront adaptées au contexte national. Mais le Maroc a résisté à cette tentation en ordonnant la réalisation du projet dans des délais records par des opérateurs locaux en vue d’en livrer et mettre en marche la première version à compter du 30 avril, quitte à l’upgrader au fur et à mesure de son déploiement sur le terrain.Le but étant comme on l’a vu pour les masques et les respirateurs faits maisons, de maintenir cette tendance salutaire à l’autogestion.

L’autre point intéressant à disséquer pour nous autres journalistes est celui, épineux, de l’exploitation des données personnelles et du respect des libertés publiques qui avait fait polémique, notamment en Chine accusée de mettre à profit la situation exceptionnelle de la pandémie du coronavirus pour renouer avec des pratiques liberticides que l’on croyait révolues. Sur ce point précis, nous avons tenté de joindre Omar Seghrouchni, le Président de la Commission Nationale de Contrôle de Protection des Données à Caractère Personnel (CNDP) qui nous a répondu que la future application faisait en ce mardi l’objet d’une réflexion au sein de la CNDP et qu’il ne pouvait se prononcer là-dessus qu’une fois cette réflexion bouclée. On saura sans doute ultérieurement si l’instance qu’il préside a été impliquée dans ce délicat chantier. Ce que l’on souhaite vivement.

Mais gageons que nos autorités qui ont jusqu’ici fait preuve d’une transparence exemplaire, sauront contourner cet écueil de la suspicion légitime de la population et de la société civile, en misant sur une communication limpide à même de dissiper tout soupçon de manipulation. Depuis le début de cette crise, le Maroc a largement démontré sa capacité à apprendre des erreurs des autres, à innover et à s’adapter. Pourquoi ça changerait ?
 
Saâd JAFRI

3 questions à Mehdi Alaoui, vice-président de l'Apebi

Les marocains bientôt dans la ligne de mire d’une application «Traçante»
«Quand on a la bonne data, on peut prendre les bonnes décisions»
 
Pour mieux connaitre les enjeux technologiques de l’application de traçage des contaminations au Covid-19, nous avons contacté M. Mehdi Alaoui, vice-président de l’Apebi.

- Comment voyez-vous ce processus de traçage?

- Il s’agit d’une excellente initiative, puisqu’elle va contribuer à la limitation de la propagation de la maladie et par ricochet, protéger les marocains. En ces temps de crise, la technologie peut jouer un rôle très important, notamment à travers la détection précoce et rapide des contaminations en traçant l’historique de contacts avec des cas confirmés. Ainsi, ce processus permettra de limiter les dégâts ravageurs de cet ennemi invisible. Ceci dit, la gestion des données confidentielles est un point avec lequel il ne faudra surtout pas tergiverser. Ainsi, si les pouvoirs publics travaillent main dans la main avec le CNDP, ils pourront à la fois sauver des gens tout en respectant leurs vies privées.

- Quid des personnes sans smartphones, comment peut-on les intégrer dans ce processus ?

- Pour le moment, l’application a été débloquée pour les smartphones. Au Maroc, plus de 70% de la population dispose d’un smartphone, ce qui est déjà bien. Pour les autres, si les pouvoirs publics décident d’aller plus loin, ils peuvent utiliser des sites web, qui marchent sur des téléphones normaux et qui permettraient de rassembler la data de ces derniers. Ainsi, on peut arriver à une couverture de près de 90% de la population, ce qui est très prometteur.

- Comment le traçage numérique pourrait modifier notre société post-confinement ?

- Quand on a la bonne data, on peut prendre les bonnes décisions. Les données qui seront collectées peuvent jouer un rôle majeur dans le processus du déconfinement, qui se fera sans aucun doute de manière progressive. Ainsi, les autorités publiques, auront une idée plus précise sur les régions à débloquer, les tranches d’âge les plus exposées aux risques, et la liste n’est pas exhaustive. Donc ce processus est le plus fiable pour relancer au plus vite l’activité économique, car chaque jour, ce sont des millions de dirhams qui sont perdus.

Receuillis par S. J.
 

  


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