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Culture

Le sexe des livres : Le roman se cherche une féminité dans la fiction


Rédigé par Abdallah BENSMAÏN le Mercredi 5 Octobre 2022

Le sexe des mots est un débat ancien qui s’exprime dans les genres féminin et masculin. Ce débat peut-il être pertinent en littérature, avoir une quelconque valeur épistémologique au-delà de sa forte charge idéologique ?



De quel sexe est le phénix ?
De quel sexe est le phénix ?
Dans un éditorial frappé au coin du bon sens, Jean-François Revel attirait l’attention que « La querelle (autour du sexe des mots) découle de ce fait très simple qu’il n’existe pas en français de genre neutre comme en possèdent le grec, le latin et l’allemand ». Homme, masculin par essence, par exemple, « s’emploie tantôt en valeur neutre, quand il signifie l’espèce humaine, tantôt en valeur masculine quand il désigne le mâle », souligne-t-il.

Jean-François Revel ne s’arrête pas là et continue sur sa lancée : « Un humain de sexe masculin peut fort bien être une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille. De sexe féminin, il lui arrive d’être un mannequin, un tyran ou un génie ». Ne dit-on pas que «Madame de Sévigné est un grand écrivain» et que «Rémy de Goumont est une plume brillante». Ne dit-on pas « le garde des Sceaux, même quand c’est une femme, et la sentinelle, qui est presque toujours un homme. Un ambassadeur est un ambassadeur, même quand c’est une femme. Il est aussi une excellence, même quand c’est un homme. L’usage est le maître suprême » ?

Avec ses exemples, le débat est-il pour autant clos et assurance faite que la différence, si différence il y a, est « grammaticale », entre le masculin et le féminin et non entre les sexes, biologique et naturelle ? Le débat se nourrit, dans la réalité, aux mamelles des inégalités et la lutte pour l’égalité des droits dans la société. L’idéologie le nourrit jusqu’à la nausée.

En clair, il s’agit encore une fois pour rester avec Jean-François Revel, à travers « le sésame démagogique de cette opération magique (de) faire avancer le féminin faute d’avoir fait avancer les femmes » dans la société sur les plans économique, politique, culturel et social. Dans ce débat idéologique, il s’agit en réalité d’une socio-sexualité comme il fut question, avec la psychanalyse, de psycho-sexualité. La norme n’est pas féminine ou masculine, elle est sociale.

Le sexe de la littérature, un leurre épistémologique

Lacan lui-même avait pour habitude d’affirmer « Il y a des normes sociales faute de toute norme sexuelle, voilà ce que dit Freud » et plus concrètement, en substance, « Il n’y a pas de normes sexuelles. Il n’y a que des normes sociales ».

Fatéma Mernissi que l’on ne peut suspecter d’ignorer la cause des femmes tranche le débat pour sa part en ces termes : « Je n’ai jamais été une femme, j’ai toujours été une personne ».

Peut-on parler de l’écriture féminine d’un côté et d’écriture masculine de l’autre ? Le débat sur le genre en littérature est un débat idéologique, politique et de résistance à l’ordre social établi… Le genre en littérature est une cause comme peut l’être la défense d’une orientation politique ou économique par la société civile, par exemple. Bref, nous sommes en plein « féminisme », comme l’humanité a pu parler de socialisme, de libéralisme. Certains sont « féministes » comme d’autres sont socialistes. Ce débat peut aller loin : Mattel qui commercialise la poupée Barbie, s’est même lancée dans une gamme de poupées non-genrées, ni féminine ni masculine ! Abdelkébir Khatibi qui a consacré un roman à l’androgyne, « Le livre du sang », aurait apprécié, ainsi que son personnage l’Echanson !

Avec le genre, le débat n’est plus littéraire mais idéologique et renvoie à des fantasmes qu’il faudrait analyser comme tels : dans ce débat, la psychanalyse aussi a, bien entendu, son mot à dire, car le débat est d’ordre identitaire, non pas anthropologique mais concerne le sujet en tant que tel, et au sens psychanalytique, avec sa charge d’inconscient, notamment.

Qu’est-ce qu’une écriture féminine (ou masculine) ? A quoi reconnaît-on la féminité ou la masculinité d’une oeuvre littéraire ? Le sentiment qui se dégage est que l’écriture féminine est définie comme telle au seul prétexte que l’écrit considéré est signé par un prénom féminin, le nom pouvant être porté aussi bien par le masculin que le féminin. Il en est de même de l’écriture « masculine ».

L’auteur est le sujet qui signe une oeuvre. Quel visage a-t-il, quel caractère dans une oeuvre à plusieurs personnages ? Ce débat extralittéraire est un sujet de mondanité et une diversion qui ne dit pas, encore une fois, son nom. Une question pour terminer : l’écriture de Yasmina Khadra, dont même le nom est du genre féminin, est-elle féminine ? Je laisse le soin à ses lecteurs, de répondre. J’en suis, mais ce débat, malgré ce billet, n’est pas, dans ses attendus, le mien !



Abdallah BENSMAÏN



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