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Le « relooking » de l’Education nationale à l’ère du Covid


Rédigé par La rédaction le Dimanche 19 Septembre 2021

La pandémie a fait subir aux systèmes éducatifs du monde entier un choc sans précédent, bouleversant la vie de la majorité des étudiants. Au Maroc, certains établissements ont pu tirer leur épingle du jeu, tandis que d’autres sont restés à la traine. Il faut donc en déduire les leçons qui s’imposent pour changer les choses.



Le « relooking » de l’Education nationale à l’ère du Covid
A l’instar des pays du monde entier, le Maroc demeure sous l’emprise de la crise de Covid- 19, redoublée par bon nombre d’autres crises au niveau politique, économique, social et imposant une diminution de productivité et de performance de plusieurs secteurs de notre vie. L’éducation fait partie des secteurs les plus concernés par le chamboulement causé par la pandémie, dans la mesure où il concerne presque toute la population nationale et où il est le pourvoyeur par excellence de ressources humaines qualifiées et éduquées, au sens noble du terme.

Toutefois, la crise a également été un accélérateur efficace pour engager le processus de digitalisation et de basculement vers le E-learning surtout dans l’enseignement supérieur, qui se faisait attendre au Maroc depuis des années et qui était la grande victime de l’attentisme gouvernemental. En effet, l’étape que nous avons franchie au bout d’un an et demi de pandémie en matière de E-learning, nous n’aurions pas pu la franchir au bout de 5 ans dans des conditions normales.

Il reste, néanmoins, que malgré les avancées réalisées en la matière, le Maroc accuse toujours plusieurs lacunes l’empêchant d’assurer une éducation efficace aux Marocains, à commencer par le problème de de l’inégalité des chances, notamment dans les régions reculées. En effet, un large pan d’élèves et d’étudiants n’ont pas accès au matériel informatique et encore moins à l’internet. L’espoir était de débloquer un budget spécial pour l’équipement des élèves en tablettes afin de leur permettre de suivre l’enseignement à distance et de consulter le contenu numérique pédagogique.

A cela s’ajoute le déficit des ressources humaines qualifiées pour assurer une continuité pédagogique adéquate aux attentes des marocains et de la conjoncture de manière générale, sans oublier les ressources numériques produites dans l’urgence et qui ne pouvaient donc pas respecter les exigences de qualité requises. Prenant en compte les manquements précités, les résultats de l’enseignement à distance étaient prévisibles. Les enseignements à distance ont été loin de satisfaire le minimum requis sur le plan pédagogique, bien que des efforts louables aient été fournis par les responsables pour respecter au moins les critères basiques en termes organisationnel et technique.

Le secteur privé a tiré son épingle du jeu

Néanmoins, il faut dire que pas tous les étudiants ont souffert de la même manière des effets ravageurs de la pandémie. Doté de l’infrastructure et des compétences nécessaires, les établissements d’enseignement supérieur relevant du secteur privé ont pu tirer leur épingle du jeu, assurant une continuité pédagogique satisfaisante pour leurs étudiants.

Force est d’admettre que plusieurs universités et écoles privées étaient prêtes à affronter la pandémie et plusieurs de leurs élèves et enseignants possédaient les moyens de bord nécessaires tels que les tablettes ou les ordinateurs portables, leur facilitant ainsi le processus du E-learning. Il est vrai que les technologies ne sont pas une panacée, ces outils n’étant que des moyens qui ne remplaceront jamais le nécessaire lien élève-enseignant. Il n’empêche que cela illustre dramatiquement que, pour faire face à une situation inattendue comme le Covid-19, il faut une stratégie et planifier celle-ci longtemps à l’avance. C’est le défi à relever pour le prochain gouvernement qui aura pour principale mission la concrétisation de la vision du Nouveau Modèle de Développement.
 
Il est vrai que les technologies ne sont pas une panacée, ces outils n’étant que des moyens qui ne remplaceront jamais le nécessaire lien élève-enseignant.

Cela dit, la crise sanitaire a révélé que le système d’éducation public s’est éloigné de sa mission de base : donner accès à une éducation de qualité pour tous, partout sur le territoire, et ce sans égard aux conditions sociales des familles. Aujourd’hui, il appartient au politique d’en tirer des leçons pour changer les choses.

 

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L’enseignement à distance


Un fiasco annoncé
 
Malgré les grands efforts qui ont été déployés pour améliorer le dispositif d’enseignement à distance, de grandes contraintes persistent, notamment le manque de financement et les difficultés d’accès à Internet. Dans son enquête sur les rapports sociaux en contexte de pandémie, le Haut-commissariat au plan (HCP) met en lumière ces nombreuses difficultés qui ont entravé le processus d’enseignement-apprentissage.

En effet, 6 personnes scolarisées sur 10 ont réduit le temps consacré aux études pendant le confinement, 8 enfants du préscolaire sur 10 n’ont pas suivi les cours à distance, 2 élèves sur 3 estiment que les cours à distance ne permettent pas de couvrir le programme, pour plus de 25% des scolarisés l’enseignement à distance ne présente aucun inconvénient et près de 50% font état de difficultés d’assimilation.

D’ailleurs, l’annulation et le report des examens ont également entraîné une baisse de l’assiduité au niveau du suivi des cours à distance. La part des personnes scolarisées qui suivent les cours à distance, tous niveaux confondus, a reculé, après report ou annulation des examens, de 77,9 % à 61 %.

Cette baisse est plus prononcée au collège, de 81,2 % à 57,6 %, suivi par le primaire de 73,2 % à 53,5 %, le secondaire de 85,8 % à 72,3 %, exceptée la 2e année du baccalauréat où cette proportion est restée la même (95,4 %), et enfin la formation professionnelle de 70,4 % à 60,6 %.


 

Travaux pratiques

Le « relooking » de l’Education nationale à l’ère du Covid

Le grand dilemme du E-learning
 
Parmi les plus grands défis de l’enseignement à l’ère du Covid figure la question des travaux pratiques (TP). Selon Samir Benmakhlouf, directeur général de la London Academy Casablanca et ex-DG de Microsoft Maroc, la technologie peut donner, dans certains cas, des résultats plus satisfaisants que les TP classiques utilisés dans nos universités. Ce dernier donne l’exemple d’une méthode baptisée « la réalité virtuelle », grâce à laquelle les étudiants en biologie ou en médecine par exemple peuvent voir une illustration du corps humain en détail, via des casques et des maquettes.

Toujours dans le monde de la Santé, il y a la médecine proactive, c’està- dire qu’on peut prévoir grâce à l’ADN le sang et le métabolisme d’une personne, s’il va avoir un cancer, l’Alzheimer ou autres maladies chroniques, permettant ainsi de prendre les mesures adéquates avant que la maladie ne surgisse. Ceci requiert des algorithmes, des simulations et donc la maîtrise de la technologie.


A cela s’ajoute la création d’organes artificiels. « Des ingénieurs font actuellement des recherches sur les méthodes de création d’organes pour les patients ayant besoin de greffes d’organes », indique notre interlocuteur, notant que cette ingénierie biomédicale, encore une fois, requiert plusieurs simulations, qui nécessitent des imprimantes 3D. Samir Benmakhlouf nous indique par ailleurs que le Maroc dispose des moyens nécessaires pour avoir un enseignement où le digital et les nouvelles technologies occupent une pierre angulaire.

 

3 questions à Samir Benmakhlouf

Le « relooking » de l’Education nationale à l’ère du Covid

« L’enseignant doit donc jouer le rôle de facilitateur et de coach pour former une nouvelle génération d’étudiants autonomes »

 
Nous avons contacté Samir Benmakhlouf, Directeur général de la London Academy Casablanca et ex-DG de Microsoft Maroc, pour nous donner sa lecture des transformations qu’a connues le secteur de l’éducation en ces temps de crise.


- L’expérience Covid a complétement changé la vision de l’enseignement au Maroc. Quelles sont les leçons à tirer ?

- La crise sanitaire nous a montré dans un premier temps qu’au niveau technologique le Maroc est en retard, car avant la pandémie le digital était considéré comme un luxe. Ainsi, les différentes écoles, universités, établissements étaient forcés de switcher vers le digital, ce qui n’a pas eu l’effet escompté du fait que l’efficacité vient avec le volontarisme. Il s’est également avéré que les enseignants n’étaient pas formés pour accompagner ce changement, car le contenu pédagogique d’un cours présentiel n’est pas nécessairement adapté au cours à distance.

Toutefois, nous avons aussi découvert que le Maroc a la possibilité de se transformer rapidement et qu’avec une intégration effective de la technologie dans l’éducation, nous pouvons enregistrer des résultats très satisfaisants. Mais là encore, il faut garantir l’égalité des chances entre tous les marocains, notamment en veillant à ce que toutes les maisons soient connectées, que ce soit dans le monde rural ou le monde urbain et en mettant des ordinateurs à la disposition des élèves/étudiants.


- Au niveau pédagogique, quelle est selon vous l’approche adéquate pour l’enseignement à distance ?

- D’abord, il faut noter deux choses. Premièrement, l’enseignement à distance nécessite le double de l’effort et du temps fournis dans le mode présentiel. Deuxièmement, la pédagogie de l’enseignement à distance est complétement différente de celle de l’enseignement classique.

En classe, l’enseignant est la seule source de l’information, or dans le E-learning s’ajoute une banque d’informations appelée « Internet ». L’enseignant doit donc jouer le rôle de facilitateur et de coach pour motiver les enfants et provoquer leur curiosité pour chercher davantage. Il doit donc sortir du modèle classique du professeur qui professe et aller plutôt vers l’accompagnement et la formation d’une nouvelle génération d’étudiants autonomes. 

Pour l’instant, malgré la numérisation, les programmes pédagogiques et les méthodes d’enseignement sont restés les mêmes qu’il y a plus de 30 ans, ce qui s’explique une fois de plus par le fait qu’on a été forcés à numériser. Donc aujourd’hui il faut opter pour une pédagogie inversée où l’étudiant prépare son cours à la maison, puis en classe il en discute avec l’enseignant de sorte à stimuler l’intelligence et le sens critique des apprenants.


- Beaucoup de gens ont découvert durant ces temps de Covid les MOOCs. Toutefois, la majorité du contenu disponible sur internet est en anglais. Le Maroc ne devrait-il pas renforcer l’apprentissage de l’anglais ?

- Effectivement, la langue est un point très important. Il faut noter que 80% du contenu disponible sur le net est en anglais et les autres langues départagent le reste des 20%. Donc la part qu’occupe la langue française sur internet reste très limitée. Donc il y a un handicap linguistique qui empêche bon nombre d’étudiants d’accéder à un contenu gratuit. Selon moi, la plus grande Université au Monde c’est Youtube, du fait qu’il propose une panoplie de contenus pédagogiques gratuitement, mais la majorité de ceux-ci sont en anglais. Il suffit donc de s’adapter à l’offre.


 

  


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