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Actu Maroc

Le ministère de l’Intérieur en chef d’orchestre

La relance, entre mesures préventives et pertes essuyées


Rédigé par ​Ahmed NAJI le Jeudi 16 Juillet 2020

Quand deux membres du Comité de Veille Economique, le ministère de l’Intérieur et le syndicat patronal CGEM, se retrouvent face-à-face pour que l’un se fasse rappeler par l’autre ce qu’ils ont décidé en commun, il y a des questions à se poser.



Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur.
Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur.
Les représentants de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) se sont fait tancer, mardi, par le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, concernant la mise en œuvre des mesures de précaution contre la propagation du Coronavirus dans les unités de production. Le syndicat patronal n’aura pas su « sensibiliser » efficacement les opérateurs économiques sur lesdites mesures. Quatre jours auparavant, les professionnels du tourisme, qui avaient entendu un discours assez similaire, s’étaient épanchés en questions qui soulèvent surtout le sujet de la survie de leurs entités.

Deux courants de pensée

Rien d’étrange en cela, dans le sens où les pouvoirs publics jouent leur rôle en veillant à ce que les efforts et sacrifices consentis pour juguler la propagation du virus Sras-Cov2 ne soient pas bêtement dilapidés, et insistent donc sur la stricte application des mesures prudentielles. Alors que les opérateurs économiques songent, légitimement, à sauver leurs entreprises de la faillite en relançant leurs activités au régime le plus élevé possible, ne serait-ce que pour atteindre le seuil de rentabilité, c’est-à-dire couvrir leurs charges avec leurs recettes.

En ramenant en mémoire que le département de l’Intérieur autant que la CGEM sont membres du Comité de Veille Economique, qui a tenu huit réunions depuis le 16 mars, pour décider justement de la meilleure manière de sauver l’économie nationale en cette période de crise pandémique, ensuite de la relancer, on se demande alors ce que peut signifier le récent savon passé par le ministre de l’Intérieur aux représentants de la CGEM.

Sensibiliser, responsabiliser…

S’il n’est question que de « sensibilisation », l’organisation patronale a déjà publié trois guides pratiques et un kit de formation au profit des entreprises habilitées à reprendre leurs activités. Par ailleurs, ce genre de discours serait mieux ciblé si tenu par les gouverneurs des préfectures et provinces aux opérateurs locaux, selon la situation épidémiologique et les caractéristiques des unités de production propres à chaque territoire. Comme de telles rencontres ont déjà eu lieu, on se demande ce que le recours à l’instance nationale patronale au sujet du respect des mesures de précaution par les opérateurs peut apporter de plus.

Le Maroc affiche, à la date du 14 juillet, un bilan épidémiologique des plus satisfaisants, avec 257 cas de décès et 13.442 guérisons sur un total de 16.097 cas cumulés. Ce, bien sûr, grâce aux strictes mesures de confinement appliquées et moyens mobilisés pour faire face à la pandémie. Cependant, de la plupart des secteurs d’activités s’élèvent des voix, comme celle de l’Association Marocaine des Exportateurs (ASMEX), pour annoncer des défaillances d’entreprises en cascade et l’on enregistre même des cas de suicide. Ne faut-il pas enregistrer également ces morts parmi les victimes du Sras-Cov2 ? Le bilan épidémiologique risque alors de paraître moins brillant.

Opposition non-dialectique 

C’est Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur, qui a présidé la réunion avec les représentants des professionnels du tourisme et ceux de la CGEM, en présence des ministres du Tourisme et de la Santé, d’abord, et de ces derniers avec celui de l’Industrie, ensuite. Mettre au diapason deux logiques différentes, l’une basée sur la sécurité, l’autre sur l’économie, relève de la gageure. Aucun des deux n’a tort, comme tous deux ne peuvent avoir en même temps raison.

C’est là où on en revient au Comité de Veille Economique, au sein duquel les porteurs de ses différents points de vue étaient déjà censés se rencontrer, se concerter et élaborer des plans et mesures ensemble, pour s’assurer au mieux de leur correcte mise en œuvre. Et de se demander, alors, jusqu’à quel point les composantes de ce comité ontils été pertinentes dans l’allocation des fonds spécial Covid-19 s’ils ne sont même pas parvenus à collaborer efficacement dans l’application des mesures prudentielles. Il s’agit, à la date du 10 juillet, de 25 milliards de dirhams dépensés sur les 33 milliards collectés.

Il n’est nullement question de se vautrer dans un populisme de bas étage en hurlant au retour en puissance du département de l’Intérieur, mais plutôt de s’interroger sur l’efficacité d’un gouvernement en mal de leadership.

Ahmed NAJI

Encadré

L’application de traçage Wiqaytna
Wiqaytna, la technologie de traçage %100 « Made in Maroc » à installer sur téléphone portable pour permettre d’identifier d’éventuels porteurs du virus Sras-Cov2 à proximité, n’a été téléchargée que par quelque 2 millions de personnes. Un chiffre plutôt risible, sans détails sur les possibles désinstallations de cette application, puisque le recours y est volontaire. À la méfiance du public, qui craint des atteintes aux libertés individuelles et à la vie privée, les juristes répondent qu’il y a suffisamment de lois à ce sujet pour les rassurer. Lors de sa rencontre avec les représentants de la CGEM, le ministre de l’Intérieur a soulevé cette question de sorte que l’on se demande si l’installation de l’application ne va pas finir par devenir obligatoire. Ce n’est pas la meilleure manière de « sensibiliser », encore moins de taire les suspicions.

Repères

Produire sans contaminer
Avec 47% des cas d’infections confirmés depuis la reprise partielle des activités économiques, les unités de production sont devenues les principaux foyers de propagation du virus Sras-Cov2, les ouvriers contaminés infectant leurs familles. Fermer les unités qui ne respectent pas correctement les mesures prudentielles, menace à laquelle a eu à nouveau recours le ministre de l’Intérieur, peut sembler une juste sanction pour les récalcitrants, 514 unités en ayant déjà fait l’objet. Sauf que les premières victimes en sont les employés.

La relance, théorie et pratique
Que de textes savants ont été produits sur la reprise des activités économiques, le regard tourné vers les nouvelles contraintes et opportunités de l’après-Covid. Pendant que les représentants de différents secteurs productifs tenaient un discours des plus alarmistes sur le même sujet. Maintenant que le confinement a été partiellement levé et que l’appareil productif s’est remis à tourner à cadence ralentie, on se rend compte que les appréciations de ceux en contact quotidien avec la réalité sont souvent les plus justifiées.

Seuil de rentabilité 
Le seuil de rentabilité est, en comptabilité, le montant du chiffre d’affaires à partir duquel un entrepreneur arrive à couvrir ses charges, fixes et variables, c’est-à-dire sans dégager de bénéfices. Pour atteindre ce « point zéro », un commerçant doit vendre un nombre minimum x de produits, un restaurateur servir un minimum y de clients, etc. Le respect de la distanciation sociale a, ainsi, été compensée par la Royale Air Maroc par la hausse de ses tarifs. Mais toutes les entreprises n’opèrent pas sur des marchés où il y a une élasticité-prix.

  


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