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Actu Maroc

Le dilemme des patients cancéreux face au coronavirus

Confinement et maladies chroniques


Rédigé par Hajar LEBABI le Vendredi 17 Avril 2020

L’émergence du coronavirus a déclenché une urgence mondiale de santé publique. Dans ce contexte, l’accent doit être mis sur l’impact de cette infection virale sur les patients atteints de cancer.



Les hôpitaux risquent de ne pas pouvoir absorber, dans les délais raisonnables, la prise en charge des patients cancéreux.
Les hôpitaux risquent de ne pas pouvoir absorber, dans les délais raisonnables, la prise en charge des patients cancéreux.
Les études et recherches sur la prise en charge des patients atteints de cancer pendant une pandémie sont rares. Face à ce manque et en empruntant le chemin des quelques sociétés savantes, l’Institut de Recherche sur le Cancer (IRC), a animé, ce mercredi, un webinar sur la prise en charge du cancer en situation de pandémie.

Le webinar a été animé par un panel d’experts nationaux, dont l’objectif était de mettre à jour les connaissances et les actualités de la littérature mondiale sur le «COVID-19 et le Cancer». Chose qui permet également au Maroc de relever les défis associés à la prise en charge des cancers en situation de pandémie.

L’IRC compte à travers ce webinar créer un réseau national “Moroccan’s COVID-19/Oncology Network (McoN)”, qui se chargera d’une part, de la rédaction de recommandations marocaines sur le coronavirus et le cancer et seront soumises à publication internationale. D’autre part, le réseau vise à mettre au service des professionnels de santé en oncologie, une application sur le COVID-19 et le cancer (COVID19-onco-Ma).

Les cancérologues en confrontation avec la pandémie

Il existe des données limitées sur les résultats du Covid-19 chez les personnes immunodéprimées. Mais, selon un rapport publié, le 17 mars, du «National Comprehensive Cancer Network» basé aux Etats-Unis, les premiers rapports en provenance de Chine montrent que les patients atteints d’un cancer et infectés par le coronavirus sont à risque. Ils ont 3,5 fois plus de chances de subir une ventilation mécanique, d’être admis aux soins intensifs ou de mourir, par rapport aux patients sans cancer. Ceci est une préoccupation majeure, étant donné que plusieurs patients atteints de cancer reçoivent une chimiothérapie au Maroc chaque année.

Étant donné que le virus se propage dans le pays, la question de savoir s’il faut poursuivre les traitements contre le cancer pendant la pandémie de Covid-19 ne semble pas avoir de réponses claires.

La chimiothérapie fait aux cellules ce que le coronavirus fait à la population: elle s’en prend à tout le monde. Bien que les médicaments chimio varient en termes d’effets sur la fonction immunitaire, les risques que le traitement endommage les globules blancs (la meilleure défense du corps contre les virus) peuvent être graves.

Les oncologues sont parfaitement conscients du risque que leurs patients immunodéprimés contractent le virus. Mais ils sont également conscients que l’arrêt ou l’annulation de la chimio, pour de nombreux patients, pourrait présenter des dangers beaucoup plus certains.

Vers une stratégie nationale de prise en charge

Dans cette optique, l’accent est mis sur l’impact de cette infection virale sur les patients atteints de cancer. En raison des traitements reçus, ils sont plus susceptibles à l’infection par rapport à la population générale. Dans une étude rétrospective menée en 2009 au cours de la pandémie du virus (H1N1), la population de patients atteints de cancer avait une incidence plus élevée de pneumonie (66 %) et une mortalité à 30 jours (18,5 %) comparativement à la population générale.

Face à cette réalité, il devient nécessaire de mettre en place une stratégie nationale. Celle-ci devra être élaborée dans les plus brefs délais, pour permettre de gérer la prise en charge des patients cancéreux face à la pandémie et même si les mesures de confinement sont déjà prises. Une déclinaison territoriale cohérente et adaptée à la situation s’impose également.

Partout dans le monde, le risque que la pandémie dure plus longtemps n’est pas exclu. Cependant, la communauté médicale craint d’être confrontée à une première vague de cas plus graves atteints d’autres maladies, comme le cancer. Les hôpitaux risquent de ne pas pouvoir absorber, dans les délais raisonnables, la prise en charge des patients cancéreux en attente de traitement et ceux nouvellement diagnostiqués. Selon l’IRC, leur nombre est estimé à 50.000 nouveaux cas par an, sur le plan national.

Le Royaume a mené rapidement sa lutte contre le coronavirus. Mais, cette pandémie qui attire toute l’attention en ces derniers temps, ne doit pas nous faire oublier les autres types de malades. Leur risque d’infection impactera l’ensemble de la société.

Hajar LEBABI

3 questions à Karim Ouldim

Le dilemme des patients cancéreux face au coronavirus
«C’est une problématique internationale qui nous concerne tous, nous devons communiquer avec les patients»

Directeur de l’Institut de Recherche sur le Cancer (IRC), Karim Ouldim, expose les principaux défis de la prise en charge du cancer en cette période de pandémie.

-Comment comptez-vous gérer la prise en charge des patients atteints de cancer ?

Pour pallier cette problématique, L’IRC, en partenariat avec d’autres instances et experts, va élaborer, comme beaucoup d’autres pays européens et comme les Etats-Unis, des recommandations de prise en charge des patients en situation de pandémie. Elles seront mises en pratique par les professionnels, et leur serviront de guide pour traiter les patients atteints de cancer.

-Quels sont les défis qui se posent pour le traitement du cancer en cette situation de pandémie ?

En situation de pandémie les indications changent, le but est de relever le défi associé à la prise en charge des malade cancéreux, qu’ils soient atteints ou non du CO-VID-19, en cette période. Beaucoup d’ambiguïtés se posent, notamment sur comment gérer ces malades. Il y a des cancers fréquents, au Maroc, comme le cancer du sein ou le cancer colorectal, qui nécessitent une chirurgie lourde. Qui dit chirurgie dit réanimation, et ceci augmente donc le risque de contracter le virus.

-Comment faut-il agir pour garantir la sécurité pour ces patients ?

C’est une problématique internationale qui nous concerne tous, nous devons communiquer avec les patients. Les centres d’oncologie doivent également être prêts à prendre en charge les patients en cours de traitement et même les nouveaux cas, dont le nombre risque d’augmenter dans les mois qui suivent. Il faut également prendre en considération et avec beaucoup d’attention la situation pandémique et le fort risque d’infection. Le réseau que nous avons créé regroupe beaucoup d’experts nationaux, qui vont élaborer des recommandations. Elles seront ensuite publiées sous forme d’articles, pour que le Maroc partage ses connaissances scientifiques dans la prise en charge du cancer.

Receuillis par H. L.