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Environnement

Le cerf de Berbérie en bonne voie pour regagner la Nature


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Samedi 26 Décembre 2020

Disparus depuis le 19ème siècle, les bramements de cerfs de Berbérie résonneront à nouveau dans les forêts du Rif occidental après l’introduction de 27 animaux le 17 décembre dernier.



Après plus d’un siècle de disparition de la faune marocaine, le cerf de Berbérie vit sa resurrection...
Après plus d’un siècle de disparition de la faune marocaine, le cerf de Berbérie vit sa resurrection...
L’information a été publiée samedi dernier sur la page Facebook du Département des Eaux et Forêts : « 27 cerfs de Berbérie originaires de la réserve de Kissarit - au Moyen Atlas - ont été relâchés le 17 décembre 2020 au sein d’un enclos d’acclimatation à Bouhachem ». La publication illustrée par plusieurs vidéos a été largement partagée par les internautes à travers le réseau bleu. À voir les commentaires, cette actualité passionne beaucoup de naturalistes car l’espèce en question s’était complètement éteinte à l’état sauvage au Maroc, il y a plus d’un siècle déjà. « À la fin des années 80, le Maroc avait reçu quelques couples de cette sous-espèce endémique d’Afrique du Nord, provenant de Tunisie, afin de lancer un programme d’élevage en captivité. Nous avions alors installé un premier noyau reproducteur à Kissarit en 1989. Un deuxième noyau a ensuite été installé au niveau du Parc National de Tazzeka en 1994 », raconte Zouhair Amhaouch, Chef de la Division des Parcs et Réserves Naturelles au Département des Eaux et Forêts.

Restitution à la Nature
Après plusieurs décennies où les couples de cerfs de Berbérie ont pu se multiplier dans les deux réserves dédiées, les forestiers estiment aujourd’hui qu’il est temps désormais de tenter les premières introductions de l’espèce dans les écosystèmes forestiers marocains : «Les stocks actuels de cerfs de Berbérie dans notre pays permettent d’entamer des programmes de réintroduction de l’espèce dans son aire de répartition historique au Maroc. Le nombre total est de 300 individus environ, dont près de 200 dans la réserve de Kissarit et une centaine au niveau du Parc National de Tazzeka », précise Zouhair Amhaouch. L’opération du 17 décembre constitue une première introduction de l’espèce au niveau de ses habitats du Rif occidental. « Les 27 cerfs ont été lâchés dans un enclos d’acclimatation de 15 hectares, lui-même inclus dans un enclos de 500 hectares au sein du Site d’Intérêt Biologique et Écologique (SIBE) de Bouhachem dont la superficie est de 10.000 hectares », souligne le forestier.

Phase d’acclimatation
À ce stade, les animaux devront « s’acclimater » à leur territoire dans la perspective d’un lâcher hors de l’enclos. Les cerfs pourront alors librement évoluer dans les plaines et montagnes de Bouhachem qui sont, d’un côté, connectées avec l’écosystème de Ben Karrich et de l’autre avec les forêts du Jebel Lahbib. « Le processus de relâcher est cardé par un protocole de réintroduction qui prend en considération les conditions sanitaires de ce groupe. Nous effectuerons une réduction progressive de l’apport alimentaire pour que les animaux réapprennent à trouver leur nourriture par eux-mêmes. Après la phase d’acclimatation, nous procéderons à un « soft release ». C’est-à-dire que nous ouvrirons les enclos, et les animaux pourront enfin être 100% libres et, en fonction de leur acclimatation, quitter le périmètre où ils sont actuellement », explique le chef de la Division des Parcs et Réserves Naturelles qui annonce que l’ouverture des enclos est prévue pour le mois de février prochain.

Prévention du braconnage
En plus des aléas naturels, ces cerfs de Berbérie ne risquent-ils pas de se retrouver rapidement victimes de braconniers ? « Bouhachem est une réserve où la chasse est interdite. Nous avons un réseau de gardiens qui sont recrutés par le Département des Eaux et Forêts et qui veillent activement à prévenir les actes de braconnage. Nous avons également des partenariats avec des ONG locales qui participent aux efforts de gardiennage et de surveillance au niveau du Bouhachem », rassure Zouhair Amhaouch qui tient à préciser qu’aux efforts de prévention et de lutte contre le braconnage s’ajoute un programme de sensibilisation des populations locales. « Nous avons également un dispositif de suivi technique des cerfs de Berbérie qui sera activé après le lâcher final afin d’étudier la situation et l’évolution de ce premier noyau qui, d’ailleurs, ne tardera pas à être renforcé par d’autres opérations de lâcher dans la même zone », conclut-il.

Oussama ABAOUSS

3 questions à Zouhair Amhaouch, chef de la Division des Parcs et Réserves Naturelles

Zouhair Amhaouch
Zouhair Amhaouch
« Dans la nature, le cerf de Berbérie est un animal très difficile à observer »
 
Ingénieur forestier et chef de la Division des Parcs et Réserves Naturelles au Département des Eaux et Forêts, Zouhair Amhaouch a répondu à nos questions sur le cerf de Berbérie au Maroc.

- Les 27 cerfs introduits à Bouhachem seront-ils les premiers à évoluer à l’état sauvage au Maroc ?
- Dans la région du Rif occidental, oui. Nous avons cependant au niveau du Parc National de Tazzeka un noyau d’une vingtaine d’individus qui, actuellement, évoluent sans aucune forme de captivité. C’est un test que nous effectuons pour étudier l’adaptation et l’évolution de l’espèce à l’état sauvage. Un suivi scientifique est d’ailleurs en cours pour cette petite population afin de tirer les enseignements à mettre en profit dans les autres opérations de relâcher.

- Comment évolue ce noyau sauvage du Tazzeka ? Les animaux sont-ils restés groupés ?
- Dans la nature, le cerf de Berbérie est un animal très difficile à observer en dehors des périodes de rut et de reproduction. C’est une espèce qui se camoufle très bien dans les forêts, qui est farouche et très craintive vis-à-vis de l’homme. De ce fait, le suivi scientifique n’est pas facile. Nous avons toutefois les observations des gardiens et aussi de la population locale qui nous permettent de suivre ces animaux. Nous avons observé que ce noyau s’est scindé en trois groupes. Ce qui est logique, car le cerf vit dans la nature en petits groupes composés d’un mâle et de quelques femelles. On s’attend d’ailleurs à voir cette même tendance chez le groupe qui sera libéré en février à Bouhachem.

- D’autres réintroductions dans d’autres zones du pays sont elles également prévues ?
- Le Parc national d’Ifrane, qui est un site pilote dans la mise en œuvre de la stratégie des parcs nationaux, va entamer en 2021 un programme de réintroduction du cerf de Berbérie au cœur du parc situé à Sehab Kharzouza. 

Recueillis par O. A.

 

Encadré

Ecosystèmes forestiers : troisième réunion du comité de pilotage de la nouvelle stratégie « Forêts du Maroc »

Jeudi 17 décembre s’est tenue par visioconférence la troisième réunion du comité de pilotage de la nouvelle stratégie forestière « Forêts du Maroc 2020-2030 ». Cette réunion, organisée par le Département des Eaux et Forêts, a été l’occasion de partager l’état d’avancement des différents chantiers de la nouvelle feuille de route du secteur. « Conformément aux objectifs de la nouvelle stratégie forestière, le Département des Eaux et Forêts a programmé une superficie de 600.000 hectares de plantations forestières sur les douze régions du Royaume à raison de 50.000 hectares au début du programme pour atteindre 100.000 hectares à l’horizon 2030 », indique un communiqué des Eaux et Forêts. Ce programme de reboisement, issu de plans d’aménagement des différentes forêts marocaines qui feront l’objet de concertations avec les populations riveraines, comprendra l’arganier, le chêne-liège, le chêne vert, le thuya, le cèdre, le caroubier, l’eucalyptus, le pin et d’autres essences forestières. « À ce titre, l’implication des populations locales dans le développement durable des forêts, à travers des incitations adéquates, constitue un levier majeur apporté par la nouvelle stratégie », précise le communiqué qui souligne qu’un programme dédié « a été mis en place pour internaliser, professionnaliser et sécuriser l’activité de semence ». La même source annonce que « des travaux d’aménagement et de mise à niveau ont été lancés pour la création d’une pépinière publique moderne, au niveau de la forêt de la Maâmora, selon les standards internationaux ».

Repères

Lutter contre les chiens errants 
Les chiens errants peuvent constituer une menace potentielle pour le cerf de berbérie. Le Département des Eaux et Forêts assure cependant que le risque a été pris en compte. « Aujourd’hui, nous avons un suivi rapproché de cette menace à travers le travail effectué par l’association partenaire « Barbary Macaque Awareness and Conservation » qui réalise un programme de vaccination et de stérilisation des chiens au niveau des douars de Bouhachem depuis plusieurs années », confie une source interne du Département.
Éradication du cerf élaphe
Introduit par les Espagnols pendant la colonisation, le cerf élaphe - cousin européen du cerf de berbérie - s’est maintenu dans certains écosystèmes du Rif jusqu’au début des années 90. Cette espèce a cependant été volontairement éliminée pour être remplacée par l’espèce locale – cerf de berbérie - qui est plus légitime dans ce territoire. L’éradication des cerfs élaphe s’est faite selon les recommandations de la stratégie nationale des ongulés sauvages afin d’éviter une hybridation avec la souche marocaine.