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Actu Maroc

Le cercle vicieux du consommateur marocain

Surconsommation en période de confinement


Rédigé par Hajar LEBABI le Jeudi 9 Avril 2020

En pleine psychose, le consommateur marocain se sent menacé et s’approvisionne doublement. Soyons plus conscients, personne ne risque de mourir de faim.



Le cercle vicieux du consommateur marocain
Les études se rejoignent sur le fait qu’être forcé à rester chez soi a des effets négatifs. Insomnie ou prise de poids, les effets peuvent différer. Mais l’un des effets les plus visibles sur la société marocaine, en cette période de confinement, est la surconsommation de nourriture. Les habitudes de consommation ont été bouleversées.

Si la cohue a laissé place à un peu plus d’ordre dans les rayons des grandes surfaces et dans les marchés, l’affluence est toujours importante. Bien que, comme promis, les marchés ont connu un ravitaillement régulier et le réapprovisionnement a été assuré, les produits alimentaires continuent de connaitre un mouvement d’écoulement inhabituel.

Aujourd’hui, tous les produits sont disponibles dans les rayons et dans les marchés, pourtant cela n’empêche pas les personnes, autorisées à sortir, de se ruer dans les supermarchés. Décidément, les Marocains ont peur du manque.

L’éternel crainte de pénurie

Ces comportements peuvent être justifiés par plusieurs raisons. D’abord, le parfum de psychose qui s’est installé au début du confinement perdure. Les citoyens craignent la pénurie. Les files d’attente sans fin, les rayons vides et caddies remplies… ces moments qu’on vécu les Marocains au tout début du confinement sont restés incrustés dans les esprits.

Pourtant, ce que plusieurs personnes semblent négliger est que l’absence de certains aliments, après l’installation de la pandémie au Maroc, a été provoquée non pas par un véritable manque d’aliments mais par cette même crainte de pénurie qui persiste. Le consommateur marocain doit prendre conscience de ce cercle vicieux qui conditionne, en ce moment, ses habitudes alimentaires. Si une pénurie a lieu, la raison principale sera sans doute la surconsommation et le stockage non justifié des aliments.

L’abus de stockage et de consommation des aliments pourrait également être expliqué par un autre facteur : celui de l’absence d’activités en période de confinement. Les gens ne peuvent sortir de chez eux qu’en cas de stricte urgence.

Inconsciemment, certaines personnes, par simple envie de s’occuper, sentent le besoin de faire leurs courses. Sortir pour se procurer des aliments est le seul moyen pour certains de profiter d’un peu d’air frais et de liberté. Or, s’aventurer dans les rayons des supermarchés pour un petit goût de liberté, dans ce contexte particulier, est une décision insensée. D’abord parce que se procurer de la nourriture sans vraiment en avoir besoin crée ce problème de pénurie. En plus, le risque de contamination et de propagation du virus augmente.

Si toute la filière alimentaire s’est mobilisée pour assurer un approvisionnement habituel et amortir le choc de cette pandémie, les habitudes des consommateurs risquent d’agir dans le sens inverse. Chacun doit prendre conscience de ses actes et agir dans une logique collective et communautaire.

Hajar LEBABI

3 questions à Zineb Diouri-Ammor

« En cette période de confinement, nous devons accepter nos émotions négatives et nos montagnes russes émotionnelles »
 
L’auteure et conférencière en psychologie positive, Zineb Diouri-Ammor, nous a livré ses réflexions sur l’interprétation psychologique des habitudes des consommateurs en période de confinement.

-Comment peut-on interpréter ce phénomène de surconsommation pendant le confinement ?

Face à cette situation complètement inédite et jamais vue, nous sommes tous dans l’incertitude la plus pure ! Notre cerveau, et plus précisément notre cortex pré-frontal, cette zone du cerveau qui peut anticiper et planifier, a besoin de points de comparaison et de souvenirs pour nous aider à gérer mais aujourd’hui il n’en a aucun et n’arrive donc pas à faire son travail.


-Que se passe-t-il alors quand le cortex pré-frontal n’a pas d’éléments qui l’aident à gérer ?

Il se met alors en veille, laissant place à notre cerveau reptilien, celui qui n’a d’autres soucis que notre survie. Nous ne raisonnons plus logiquement et sommes guidés par la peur et la comparaison avec les autres.

C’est ce qui nous pousse à acheter tout le rayon de farine au supermarché, sans penser aux autres ni à l’absurdité de la situation !

-Comment gérer la peur et l’anxiété en période de confinement ?

Il faut s’ancrer dans le moment présent et faire nos tâches quotidiennes, même les plus basiques, en pleine conscience en se concentrant sur nos 5 sens, sur nos sensations. Cela nous pousse à être dans un lâcher prise sans lequel la crise sanitaire actuelle pourrait faire beaucoup de dégâts psychologiques. Aussi, accepter nos émotions négatives et nos montagnes russes émotionnelles. Cette situation n’est facile pour personne et le nier ne fait qu’augmenter notre frustration. Faire du mieux que l’on peut, s’occuper de soi et des autres, un jour à la fois. Nous ne vivons pas des vacances ou une retraite spirituelle, nous vivons un moment difficile de vulnérabilité collective.

Et évidemment, bouger son corps un minimum, même pour ne faire que quelques étirements quotidiens pour libérer des endorphines et prendre du soleil sur son balcon ou son «steh» pour faire le plein de vitamine D.

Receuillis par H. L.