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Monde

Le Liban sinistré : Journée d ’Apocalypse à Beyrouth


Rédigé par Ali Benadada le Jeudi 6 Août 2020

Catastrophe, Hiroshima, Tchernobyl, tous les superlatifs étaient bons pour qualifier deux explosions qui ont pulvérisé le port de Beyrouth. 100 morts et plus de 4000 blessés qui dépassent la capacité d’accueil des hôpitaux déjà submergés par les malades du Covid-19, des maisons complètement détruites. Le Liban mettra longtemps à se relever de pareille catastrophe



Le Liban sinistré : Journée d ’Apocalypse à Beyrouth
Une «grande catastrophe nationale», c’est ainsi que le Premier ministre libanais a qualifié les deux puissantes déflagrations qui ont ravagé mardi le secteur du port de Beyrouth, faisant au moins 100 morts et plus de 4000 blessés selon un bilan provisoire du ministère de la Santé, alors que certaines sources faisaient état de plus de 5000 personnes blessées.

La puissance des deux déflagrations a été telle qu’elle a soufflé les vitres des habitations situées dans un rayon de plusieurs kilomètres de l’épicentre et que leur souffle a été ressenti à Chypre, à 200km environ du port de Beyrouth.

L’observatoire sismique jordanien a estimé pour sa part que la violence de l’explosion était équivalente à un séisme d’une puissance de 5,4 sur l’échelle de Richter.

Selon le directeur de la Sûreté Générale, le Général Abbas Ibrahim, l’explosion serait due à la présence de Nitrate de Sodium à l’intérieur des entrepôts du Port de Beyrouth.

Selon certaines sources, le nitrate de sodium à l’origine des explosions a été confisqué à bord d’un navire qui aurait été destiné aux groupes armés en Syrie il y a plusieurs années.

Le Premier ministre Hassan Diab, qui s’exprimait lors de la réunion du Haut Conseil de la Défense, a parlé,lui, de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium qui étaient stockées depuis six ans dans l’entrepôt où a eu lieu l’explosion qui a ravagé la capitale libanaise et rasé un port par lequel transitent 70% des importations et exportations libanaises.

Bilan lourd

Aux premières annonces des explosions qui ont ravagé le port et la ville de Beyrouth, le bilan était de dix morts. Mais très vite les compteurs commençaient à s’affoler pour voir le nombre des morts passer à 20 puis 30, 50 pour afficher, provisoirement toujours, 73 morts et 3.700 blessés, Parmi les victimes on a annoncé le décès du secrétaire général des Phalanges libanaises, qui serait mort dans l’explosion à Beyrouth.

Nizar Najarian, le secrétaire général du parti chrétien Phalanges libanaises, a été tué dans l’explosion qui a secoué Beyrouth le 4 août, a annoncé la chaîne Al-Arabiya.

Des médias ont précédemment indiqué que l’homme politique avait été grièvement blessé et était dans un état critique. Ensuite, il serait tombé dans le coma.

Des membres du personnel de l’ambassade d’Allemagne ont été blessés dans les fortes explosions qui ont secoué mardi le port de Beyrouth, a annoncé le ministère allemand des Affaires étrangères.

«Il y a également eu des blessés parmi le personnel de l’ambassade. Compte tenu des dégâts considérables dans la zone urbaine de Beyrouth, nous ne pouvons exclure pour l’instant que d’autres ressortissants allemands figurent parmi les morts et les blessés», a expliqué le miJeudinistère. D’autres membres de représentations diplomatiques de plusieurs pays seraient parmi les victimes, dont la Russie, la Belgique et le Kazakhstan.

Un navire appartenant à la composante maritime de la FINUL, ancré au port, a été endommagé, a indiqué le porte-parole de la FINUL, Andrea Tenente, affirmant que de nombreux militaires à son bord ont été blessés dont certains grièvement.

Beyrouth «ville sinistrée» et état d’urgence

Après les puissantes explosions survenues le 4 août, Beyrouth a été proclamée «ville sinistrée» par le Conseil supérieur de Défense. Le Président libanais a pointé la nécessité de déclarer l’état d’urgence de deux semaines.

Le Conseil, qui réunit notamment le Président, le Premier ministre et la ministre de la Défense, «recommande » au gouvernement de décréter l’état d’urgence, selon l’agence nationale d’informations ANI.

«Une catastrophe majeure s’est abattue sur le Liban», a déploré le président Michel Aoun à l’ouverture de la réunion.

L’Autorité militaire suprême a immédiatement pris le pouvoir de maintenir la sécurité et met à sa disposition toutes les forces armées, y compris les forces de sécurité intérieure, la sécurité publique, la sécurité de l’État, les douanes et les hommes de pouvoir.

Ali BENADADA
(avec les médias)

Repères

1983 : trois attentats en six mois
En septembre 1982, une force multinationale, sous l’égide des Nations Unies, est déployée au Liban afin de restaurer la paix après l’intervention militaire d’Israël dans la partie Sud du pays. La population musulmane de Beyrouth perçoit les troupes américaines comme des alliés des catholiques maronites et surtout d’Israël. Le 18 avril 1983, un attentat revendiqué par le Hezbollah, fraîchement constitué, contre l’ambassade US faisait une soixantaine de morts. Six mois plus tard, le 23 octobre, deux attaques suicides simultanées retiennent l’attention. Un camion chargé d’explosifs saute près du quartier général des forces américaines situé au coeur de l’aéroport de Beyrouth faisant 241 morts, la plupart des Marines. Quelques minutes plus tard, c’est au tour d’un immeuble abritant des troupes françaises, le « Drakkar », d’être la cible d’un attentat à l’explosif qui fait 58 morts et une quinzaine de blessés.
Un port public géré par le privé
Le port de Beyrouth est l’un des ports les plus importants et les plus fréquentés de la Méditerranée orientale. Situé en plein centre de la capitale libanaise, il est considéré comme une zone politiquement neutre, ne dépendant d’aucune des factions rivales qui se partagent la ville. Le port appartient à l’État mais il opère de façon privée par le “Comité pour la gestion et l’exploitation du port de Beyrouth” (GEPB). Contrairement au port de Tripoli, qui est un établissement public à part entière, il est une structure originale mélangeant les caractéristiques d’une entreprise publique et privée. D’un côté, le port bénéficie d’une autonomie financière pour gérer le port : c’est lui qui fixe son budget et finance ses investissements. De l’autre, le ministre des Transports ratifie certaines décisions du Conseil d’administration, dont les membres sont nommés par le gouvernement. « Le Conseil est responsable, sous le parrainage du ministère des Transports », indique Ghazi Aridi, ministre des Travaux publics et des Transports. L’État reçoit chaque année une part variable des revenus du port. Cette part est passée d’environ 20 millions de dollars à environ 70 millions en 2012.