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Culture

La traduction, la modernité : Melihi, le plus américain des peintres marocains


Rédigé par Hassan LAGHDACHE le Mercredi 4 Novembre 2020



La traduction, la modernité : Melihi, le plus américain des peintres marocains
Feu Mohamed Melihi, figure d’exception dans l’histoire de l’art marocain moderne, fait partie des fondateurs de la peinture abstraite marocaine avec Jilali Gharbaoui, Ahmed Cherkaoui et Mohamed Chebaâ. « Dès mon enfance, écrit-il, j’ai préféré le dessin aux autres choix, même au jeu, car dessiner était pour moi jouer et être sérieux ».

Après l’école coranique, puis l’école primaire à Assilah, il commence des études artistiques à Tétouan 1953. A Séville puis Madrid, il suit un enseignement académique qui se termine net un jour de 1957 où il découvre les toiles de jute cloutées aux coulées de peinture noire de l’artiste Millares, alors qu’il est attendu au cours de nu académique. Ce jour-là explique Melihi « je choisis la réalité expressive de la toile tourmentée et refusai le nu ». On retrouve Melihi à Rome en 1957, c’est la dolce vita. Il participe à l’effervescence culturelle des années 1960. C’est lui qui conduira le cinéaste italien Pier Paolo Pasolini dans le Sud marocain pour le tournage d’Œdipe roi en 1969. Il fréquente les peintres italiens comme Burri, Fontana, Vedova, Capogrossi. 

Le chaos alors à l’œuvre chez ces artistes qui ont connu la guerre et qui s’expriment dans une toile de jute brûlée, tachée de rouge sang, Melihi cherche le moyen de la dissoudre, de « rétablir l’ordre de la sérénité ». Il commence à faire du collage en papier, du noir et blanc, puis un jaune dont il découvre la puissante vibration. Mais la forme, bien contrôlée est encore verticale. L’onde, ce motif qui traverse tout son œuvre, et qui par l’évidence de ses formes et de ses couleurs, rend immédiatement reconnaissable une œuvre de Melihi, lui a été inspirée par l’épisode américain de sa carrière (1961 à 1964), où il partage son temps entre New York et Mineapolis où il enseigne. Il fréquente des artistes comme Frank Stella, qui utilise un éventail de couleurs disposées en lignes droites ou incurvées. Il côtoie également des artistes du pop art, comme Claesoldenburg ou Jim Dine et participe au bouillonnement des années 1960. 

Le travail de Melihi, qui participe à la mouvance « hard edge », est montré dans l’importante exposition « Formalists » qu’organise le Washington Gallery of Modern Art à côté d’œuvres de Kelly, Stella, Olitski, Poons, Reinhard ou Vasarely. Si le travail de Melihi, en particulier celui des années 1960, est unique dans la production marocaine, c’est parce que les grands maîtres de la peinture abstraite marocaine ont davantage été marqués par l’abstraction lyrique ou l’expressionnisme abstrait : c’est aussi parce que Melihi, très américain dans sa modernité, a intégré l’architecture et le design dans sa pratique.

 Il a ainsi réalisé l’habillage des façades du centre commercial Belle-Epine à Rungis et celle des locaux de l’agence EDF à Paris. 

De retour au Maroc, Melihi participe activement à d’importants événements comme la grande exposition manifeste de la place Jemaâ-el-Fna à Marrakech en 1969 ou encore le Moussem culturel d’Assilah de 1976 à 1982. Avec Farid Belkahia, Mohamed Chebaâ, Karim Bennani, Hafid et d’autres encore, il anime la recherche d’une identité culturelle et artistique de la période post coloniale.