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La liberté religieuse au Maroc vue par les Américains : Reconnaissez ces convertis mal aimés de la société


Rédigé par Ahmed NAJI le Mardi 16 Juin 2020

« L’Islam est la religion de l’État, qui garantit à tous le libre exercice des cultes ». C’est ce que dit l’article 3 de la Constitution. Pour le département d’Etat américain, le bilan du Maroc à ce sujet serait mitigé. Une approche à cultuellement relativiser



La liberté religieuse au Maroc vue par les Américains : Reconnaissez ces convertis mal aimés de la société
Les minorités religieuses au Maroc, toutes prises ensemble, représentent 1% de la population. Cet indicateur démographique souligné dans le rapport sur la liberté religieuse dans le monde pour l’année 2019 publié le 10 juin permet de mieux encadrer le sujet. Ni les juifs marocains, ni résidents étrangers d’autres religions n’ont à se plaindre de leur statut au Maroc reconnaît le département d’Etat. 

Le son de cloche est différent à propos des Marocains convertis au christianisme, auchiisme, au bahaïsme, à l’ahmadisme ou devenus athées. Le rapport admet que ces minorités ne font pas l’objet de répression de la part des autorités. Il est surtout question de leur frustration de ne pas être officiellement reconnus et socialement acceptés.

La particularité historique juive

Au « béréshit » (commencement en hébreu) du Maroc fut le judaïsme, première religion monothéiste à y prendre racine.La communauté juive, qui ne compte malheureusement plus que 3.000 à 3.500 membres, y jouit de ce fait d’un statut particulier, comme le droit d’avoir des lois régissant le statut personnel (mariage, héritage, etc) et des tribunaux rabbiniques distincts à cet effet, que les successives dynasties marocaines ne leur ont jamais contesté. 

Le rapport du département d’Etat ne manque pas de le souligner, mais comme il fallait bien chercher la petite bête, il y est question d’un ridicule projet ayant tourné court dans les environs de Marrakech.

Un ressortissant allemand du nom d’Olivier Bienkowski, qui se présente comme un artiste et aurait une ONG appelée Pixel Helper, avait pour projet de construire un mémorial dans la région d’Al Haouz, qui serait, selon ses propos, « dédié aux Juifs assassinés en Europe et s’élevant contre la persécution des minorités telles que les Sinti et les Roms (Europe de l’Est), les Ouïgours musulmans (Chine) et les homosexuels… ». 

La loi s’applique à tous

Face à la fin de non recevoir des autorités locales, cet individu a décidé tout bonnement de passer outre, avant de se faire démolir son « œuvre » inachevée. Il a découvert, avec tout l’outrage ressenti pour un tel affront, qu’au Maroc il y avait des lois et des autorités pour les faire respecter. C’est d’une telle « intolérable » intolérance ! 

On pourrait rappeler à cet « artiste » allemand qu’il manque étrangement à sa liste de victimes de génocides celui des Héréros et des Namas, en 1904 en Namibie, premier massacre sciemment programmé et exécuté par l’Allemagne de populations réticentes à l’occupation, exterminées hommes, femmes et enfants à 80%, et ce, bien avant la Shoah. 

Et les Palestiniens, les Rohyingas, les musulmans de l’Inde… ? Le département d’Etat a dû, par contre, apprécier le passage sur les Ouïgours de Chine, le nouvel empire du mal aux yeux des Américains.

En tout cas les Juifs du Haouz ont bien compris que ledit projet artistico-mémorial relevait plus de la provocation que d’invitation à la tolérance et ont applaudi sa disparition, comme ne manque pas de le souligner le rapport. 

Il n’est pas évident pour un non-marocain, d’ailleurs même aux arabes des pays voisins, de comprendre la nature particulière des relations entre Musulmans et Juifs du Maroc. Elle s’est forgée sur plus de deux millénaires, avec ses hauts et ses bas.

Vagues statistiques des convertis

C’est pour les Marocains convertis au christianisme, au chiisme, à l’ahmadisme, au bahaïsme ou devenus athées que le département d’Etat américain se fait le plus de soucis. S’il lui faut bien reconnaître que les 30.000 catholiques, 10.000 protestants, 3000 orthodoxes russes et grecs et les 1.000 à 2.000 chiites étrangers n’éprouvent aucune difficulté à pratiquer leurs rites religieux au Maroc, la diplomatie américaine met l’accent sur l’absence de reconnaissance juridique et sociale des convertis. 

Volet statistiques, les chiffres sur le nombre de convertis au christianisme volent du simple au décuple, 2.000 à 6.000 selon les dirigeants de ces communautés, 8.000 selon une source médiatique citée, sans préciser sur quelles références s’appuiet-elle pour affirmer même qu’il y en aurait « des milliers d’autres » évangélisés. 25.000 selon l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH), qui fait toujours aussi fort. Autant le rapport ne manque pas de rappeler les propos de l’ancien ministre de la Justice expliquant que la conversion à une autre religion que l’Islam n’est pas criminalisée, autant elle met en relief une lettre adressée par un certain Comité des chrétiens marocains de l’Association marocaine pour les droits religieux, non reconnu, au pape François, dans laquelle il serait question d’harcèlement subi par les Marocains convertis au christianisme de la part des autorités. Il est toutefois précisé que ces allégations sont contestées par des dirigeants des Marocains chrétiens et étrangers résidant au royaume.

En mal de reconnaissance

À titre anecdotique, le rapport précise qu’en 2019, aucun converti au christianisme ne s’est plaint que les autorités aient appelé ses proches pour les prévenir qu’il s’est mis à croire en la nature divine de Jésus de Nazareth. C’est révélateur du véritable problème vécu par les Marocains convertis au christianisme, l’ostracisme dont ils font l’objet de la part de la société, une fois qu’ils déclarent s’être fait pardonnés tout leur pêchés par Jésus de Nazareth sur la croix.

Les Marocains chrétiens souffrent d’être mal-aimés par leurs compatriotes beaucoup plus qu’ils ne craignent que ces derniers leur fassent subir le même sort que le Messie sur le mont Golgotha. Ce en quoi les autorités ne peuvent vraiment pas grand-chose. Et ce n’est sûrement pas en faisant « pression » sur les autorités comme le réclame la lettre adressée au pape, que les choses pourront s’améliorer.

Quant aux passages consacrés aux chiites marocains dans ledit rapport, il est évident qu’ils ont été rédigés par des non-musulmans. Que veut dire « mosquée chiite » ? Sunnites et chiites étant tous musulmans, divergeant sur des points de détail théologiques et non sur les fondamentaux, chaque membre d’une communauté peut prier normalement dans les mosquées fréquentées par les membres de l’autre communauté.

L’acceptation sociale de phénomènes nouveaux ne saurait être que le fait du temps, toute pression est par nature contre-productive.
Ahmed NAJI

Repères

L’énigme Al Adl Wal Ihsan
Que vient faire l’organisation d’Al Adl Wal Ihsan, non reconnue mais tolérée, dans le rapport du département d’Etat des EtatsUnis sur la liberté religieuse dans le monde ? Il semblerait que sa contestation de la Commanderie des croyants, aussi politiques qu’en soit les motivations, lui donne une aura religieuse aux yeux des Américains. Le fait est que tous les locaux clandestinement transformés en lieux de cultes, mosquées ou églises, ne sont pas tolérés par la loi. L’instrumentalisation politique de la religion encore moins.
Rompre le jeûne du Ramadan en public
Où s’arrête le droit des minorités et commence celui de la majorité ? La question des contrevenants à la loi qui rompent le jeûne du Ramadan en public reflète parfaitement ce dilemme. Le problème ne se pose pas tant en termes religieux que de respect d’autrui en vue de cohabiter. Que veut dire manger ou fumer dans un espace public en plein mois de Ramadan quand l’écrasante majorité de la population jeûne, surtout que l’on peut le faire sans problèmes chez soi ? La provocation est-elle une liberté religieuse ?  

  


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