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Journée nationale du commerçant : Immersion dans le dur quotidien de «Moul L’hanout» [INTÉGRAL]


Rédigé par Sanaa MAAZOUZ Jeudi 22 Juin 2023

Tantôt épicier, tantôt banquier ou encore confident, il est une figure incontournable du paysage commercial national. Malgré son rôle clé au service des citoyens et de la paix sociale, « Moul L’hanout » ne cache plus ses inquiétudes et sa frustration face à l’émergence des nouveaux modes de commerce qui menacent la pérennité des commerces traditionnels de proximité.



Il est 8 heures du matin et Karim s’apprête à ouvrir l’épicerie familiale transmise de génération en génération par ses ancêtres. Située dans une petite ruelle de la vieille médina de Rabat, elle est un véritable repère pour ses habitants. Karim accomplit alors son rituel quotidien, il nettoie son comptoir, range ses étagères et dresse un rapide inventaire pour compléter la liste à communiquer à ses fournisseurs. Après quelques briques de lait et biscuits vendus, Karim ouvre le fameux carnet de crédit pour faire le point avec un habitant venu régler ses dettes. « Entre mes clients et moi, une relation de confiance existe. Mais je ne peux plus accorder cet avantage à n’importe qui compte tenu de la crise que nous traversons actuellement. Il arrive aussi que certains clients ne remboursent jamais… dans ce cas, c’est une perte définitive et on n’y peut rien», confie-t-il. D’après une étude publiée par le cabinet Sunergia en 2019, 7 épiciers sur 10 accordaient encore des crédits sur carnet sans intérêt à leurs clients. C’est d’ailleurs ce qui fait la force de ces commerces traditionnels de proximité face à la concurrence de plus en plus agressive des superettes et supermarchés. « Imaginez-vous si nous n’existions pas… comment certaines personnes pourraient-elles assurer leur fin de mois et se nourrir ? Il nous arrive même parfois de prêter de l’argent à des personnes nécessiteuses, cela n’est pas possible dans les autres types de commerces ».
 
« Dans un état financier lamentable »
 
C’est le cœur lourd que Karim nous fait alors état d’une situation financière critique, davantage aggravée par l’inflation. « Auparavant, les clients venaient faire leurs courses chez nous, maintenant ils viennent nous voir lorsqu’ils ont oublié un ou deux articles. Pour vous donner un élément de comparaison, avant la Covid on renouvelait nos stocks tous les jours, maintenant cela peut aller jusqu’à 10 jours ». Mohamed Chahid, membre du Comité Exécutif du Syndicat National des Commerçants et Professionnels, affirme à son tour que certains commerçants « sont dans un état financier lamentable ». La plupart sont même « passés en perte » et redoutent de fermer boutique.
 
Plusieurs projets dans le pipe
Comment assurer la survie de ces épiceries dans un monde en constante évolution et face à une concurrence très rude ? Critères d’hygiène, de qualité, mais aussi tarifs promotionnels pratiqués par les supermarchés, préférence pour le paiement par carte, services de livraison, les épiciers doivent s’adapter à une clientèle de plus en plus regardante sur les services qui lui sont offerts.
 
Pour pallier ces problématiques, plusieurs projets seraient en gestation dans le département du Commerce et de l’Industrie, parmi lesquels la mise en place d’une plateforme d’achats groupés qui permettra aux petits commerçants d’être plus compétitifs. Dévoilée en janvier 2022 par le ministre de tutelle, Ryad Mezzour, cette stratégie permettra aux commerçants de procéder à des volumes de commande plus élevés pour bénéficier de tarifs préférentiels, à l‘instar des grandes surfaces. « Cela est devenu une urgence pour faire face aux défis posés au secteur et contrarier les intermédiaires qui contribuent à la hausse des prix et leur fluctuation. À travers cette plateforme, le commerçant sera en relation directe avec les sociétés de négoce et aura un œil sur les prix accordés avec tous les privilèges offerts par cette plateforme », explique notre interlocuteur du Syndicat.
 
Par ailleurs, la modernisation de ces commerces constitue l’une des priorités du département de tutelle qui envisage de déployer un projet pilote visant à moderniser le secteur à travers la formation et la digitalisation, dans la lignée du programme Rawaj. « Un projet pilote éparpillé dans une région, ou dans les douze régions, permettra de connaître les retombées avant de procéder à un lancement généralisé ».
 
Sanaa MAAZOUZ
 

3 questions à Mohamed Chahid « Il y a une volonté de reprendre le programme de modernisation au profit de Moul L’hanout »

Membre du Comité Exécutif du Syndicat National des Commerçants et Professionnels, Mohamed Chahid répond à nos questions.
Membre du Comité Exécutif du Syndicat National des Commerçants et Professionnels, Mohamed Chahid répond à nos questions.
Les épiciers craignent leur disparition face à l’ouverture croissante des supérettes et des supermarchés, quel est votre avis à ce sujet ?

Il est vrai que « Moul L’hanout » est dans un état financier lamentable compte tenu du nombre de petites superettes qui sont nées dans leur voisinage. Mais ces commerçants jouent un rôle social important, ce sont des hommes de confiance pour les voisins, ils accordent des crédits sur carnet sur le court et le long terme, ils sont même passés en perte. Je pense qu’il faudrait les classer en monument national comme l’a fait la France avec les épiciers du coin, les fleuristes et les barbiers, et procéder à une modernisation pour qu’ils puissent s’en sortir.
 
L’objectif de digitaliser les « hanouts » est-il atteignable ? Pourquoi ne pas avoir reconduit le programme Rawaj ?
 
Il y a une volonté de se digitaliser mais ce projet doit être déployé en parallèle d’un processus de modernisation. Le client est devenu plus exigeant en matière de qualité, d’hygiène et de relationnel. Cela requiert des formations adéquates, un fonds pour cette modernisation et prévoir une aide étatique. Il y a également une volonté de reprendre le programme de modernisation au profit de Mou L’hanout avec le département de tutelle à travers un projet pilote éparpillé dans une région, ou dans les douze régions, pour connaître les retombées avant de procéder à la mise en place fictive du projet.
 
Qu’en est-il des centrales d’achats annoncées par le ministre de tutelle l’an dernier ?
 
C’est actuellement en gestation. Cela est devenu une nécessité urgente pour faire face aux défis posés au secteur et contrarier les intermédiaires qui contribuent à la hausse des prix et leur fluctuation. À travers cette plateforme, le commerçant sera en relation directe avec les sociétés de négoce et aura un œil sur les prix accordés avec tous les privilèges offerts par cette plateforme.
 

Plan Rawaj : Un bilan mitigé

En 2008, l’État a lancé le programme Rawaj vision 2020 destiné à la modernisation du secteur du commerce et de la distribution. Plaçant le consommateur au cœur de ses préoccupations, l’objectif était de mettre à leur disposition un service plus moderne répondant à leurs besoins et d’améliorer le niveau de vie des commerçants.
 
Le programme s’articulait autour de trois principaux axes :

- Assurer aux consommateurs une couverture territoriale optimale avec une offre suffisante et diversifiée ;

- Soutenir la modernisation du commerce de proximité et développer des espaces commerciaux animés ;

- Proposer des produits de bon rapport qualité-prix adaptés aux besoins de tous les segments de la population.

Ces objectifs devaient être atteints notamment par le biais de la pérennisation de la sécurité sociale des commerçants, le développement d’une offre de formation adaptée aux besoins du secteur, le renforcement de l’information et la protection des consommateurs, l'organisation de la représentation professionnelle, l'encouragement de l'interprofession et l'instauration d'une veille commerciale.

La première phase du programme (2009-2013) aurait permis de réaliser 90% des objectifs pour près de 22.500 commerces de proximité qui ont pu être modernisés. Pour le reste du programme, un bilan plus mitigé avait été déploré par certains responsables et certains médias.

L’info...Graphie


Accompagnement : 21 juin, Journée nationale du commerçant

Issu des recommandations du Forum marocain du commerce tenu en 2019 à Marrakech sous le Haut patronage de SM le Roi Mohammed VI, le 21 juin a été proclamé «Journée nationale du commerçant» lors d’une réunion tenue en marge de l’évènement entre l’ancien ministre de l’Industrie, de l’Investissement, du Commerce et de l’Economie numérique, les présidents des Chambres de commerce, d’industrie et de services, le président de la Fédération des Chambres de commerce et les présidents des organisations professionnelles des commerçants.

Cette année, la célébration de cette journée se tiendra à Ksar El-Kébir sous le thème « Les défis du commerce de proximité entre la concurrence du commerce moderne et la croissance du commerce électronique ». Cette rencontre sera l’occasion pour les commerçants de valoriser leurs contributions mais également d’exprimer leurs attentes afin d’instaurer un environnement propice à leur développement et leur épanouissement.

Parmi les axes clés abordés durant cette rencontre, la modernisation et la digitalisation du secteur qui constitue une priorité pour le ministère de tutelle, notamment depuis la pandémie où les services de commande en ligne ont flambé. La transformation digitale permettra alors aux commerces de proximité de concurrencer les grandes enseignes et les épiceries les plus développées et de répondre aux attentes des clients. Pour rappel, la Journée nationale du commerçant avait abouti, en 2022, à la signature de plusieurs conventions de partenariat, notamment entre le ministère et « Jumia » et « Glovo » dans l’objectif d’accompagner la digitalisation des commerces de proximité.








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