Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Environnement

Journée internationale de la biodiversité 2021: Un nouveau départ pour les aires protégées du Royaume ?


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Lundi 24 Mai 2021

L’entrée en vigueur de la loi 22-07 relative aux aires protégées est la meilleure avancée du chantier de protection de la biodiversité du Royaume depuis plusieurs années.



Journée internationale de la biodiversité 2021: Un nouveau départ pour les aires protégées du Royaume ?
Le sujet de la biodiversité n’est pas autre chose que celui de la Vie sur Terre. Au-delà du prisme réducteur d’une question qui évoque (seulement) les espèces menacées, l’enjeu de la biodiversité touche à la sécurité alimentaire, à la lutte contre les maladies, à l’approvisionnement en matériaux, à l’équilibre des grands cycles naturels, à la mitigation des impacts du changement climatique, à la lutte contre la pauvreté, à la recherche médicale et scientifique… Bref, lutter contre l’érosion de la biodiversité signifie tout simplement d’oeuvrer pour le maintien de l’humanité, de son confort et de sa prospérité. S’il fallait évoquer une avancée majeure de notre pays dans ce domaine, à l’occasion de la Journée Internationale de la biodiversité 2021, célébrée le 21 mai, ce serait bien celle réalisée récemment en matière de protection des habitats naturels. Alors que la machine d’érosion de la biodiversité continue à sévir, la bonne nouvelle est que les endroits même où survit une grande partie du patrimoine naturel du Royaume - les aires protégées en l’occurrence - bénéficient enfin d’un cadre légal dont les décrets d’application viennent de paraître il y a quelques semaines, après plus d’une décennie d’attente.

Vers une gestion participative

« La publication des décrets d’application de la loi 22-07 sur les aires protégées va permettre d’activer les nouvelles dispositions prévues par ce texte, notamment en ce qui concerne la participation et la concertation avec les acteurs locaux dans la prise de décision et dans les processus de conservation de ces espaces. Cette loi va également apporter la force réglementaire des plans d’aménagement et de gestion des aires protégées qui (entre autres) détaillent les divers zonages, interdictions et usages possibles, et qui entreront en vigueur par décret après un processus de concertation avec les acteurs locaux », explique Zouhair Amhaouch, chef de la division des parcs et réserves au Département des Eaux et Forêts. La loi 22-07 permettra en outre d’élargir le réseau des aires protégées du Royaume à travers la création de nouveaux sites. « Ces dernières années, il n’était pas possible de créer de nouvelles aires protégées, car l’ancienne loi de 1934 avait été abrogée alors que la nouvelle loi n’était pas encore active. Là, on a un outil pour renforcer le réseau des aires protégées et bien sûr pour répondre aux engagements internationaux du Maroc », souligne Zouhair Amhaouch.

Le rôle de l’écotourisme

Alors que plusieurs représentations de la société civile environnementale s’inquiètent de voir se construire des hôtels dans des zones vulnérables des aires protégées, se pose la question de l’arbitrage entre valorisation économique et conservation des zones naturelles fragiles. « Le mouvement des ONG est important, car il permet d’avoir une veille locale au niveau des aires protégées. Mais il n’est pas dit dans la loi qu’il est interdit de faire des projets touristiques dans ces zones. Au contraire, un des objectifs et missions des parcs nationaux est de valoriser le patrimoine naturel et culturel par l’écotourisme au bénéfice des populations locales, ce qui leur permet de bénéficier de ces espaces sans avoir systématiquement besoin d’en exploiter les ressources naturelles.

C’est pour cette raison que le développement d’infrastructures dédiées au tourisme durable au sein des aires protégées et des sites RAMSAR est une réalité au niveau international », nuance notre interlocuteur qui, par ailleurs, évoque plusieurs mécanismes, normes et précautions relatives au zonage et à la fragilité des sites qui sont mis en oeuvre pour garantir le bon équilibre entre préservation de la biodiversité et développement de l’écotourisme.

Le chantier des plans de gestion

« En plus de la loi sur les études d’impact qui implique des mesures quantifiables et tangibles, les plans d’aménagement pourront également encadrer les projets de valorisation écotouristique en garantissant le respect de l’intégrité des sites », poursuit le chef de la division des parcs et réserves. « Actuellement, les plans d’aménagement et de gestion des aires protégées ont déjà été préparés sur le plan technique. L’enjeu actuel est de réussir le processus de concertation avec les acteurs locaux pour ensuite institutionnaliser ces plans par décret. Pour mener à bien cette mission, nous sommes en cours de développer un outil de « chartes des parcs nationaux » que les acteurs locaux pourront consulter et valider », confie la même source. « Les différentes aires protégées du Royaume ne sont pas au même niveau de concertation ou d’acceptabilité socioéconomique des acteurs. C’est pour cela que nous commencerons par ceux qui sont déjà en stade avancé. Le processus global aboutira certainement dans quelques mois », conclut Zouhair Amhaouch.
 

Repères

« Une Seule Santé » et Biodiversité

Pour célébrer la biodiversité, l’Association One Health Maroc et l’Association Ibn Al Baytar organisent, le samedi 29 mai, une matinée de communication à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de l’Université Ibn Zohr à Agadir. Au cours de cette cérémonie, sera également inauguré le premier Jardin One Health de Plantes Aromatiques et Médicinales au Maroc, développé par les deux Associations en partenariat avec la Fondation Argan Care, l’Odyssey Conservation Trust, la coopérative Aguerd et le village d’Aglagal.

Territoires du patrimoine communautaire

Du 31 mai au 04 juin, aura lieu une série de webinaires sur les Aires et territoires du Patrimoine communautaire (APAC). Intitulé « Carrefour des APAC», cet événement (tenu en marge des célébrations de la Journée internationale pour la Biodiversité) est organisé par plusieurs associations environnementales marocaines (MBLA, CAM, AOFEP, AESVT, M&D, AGIRE) en collaboration avec le programme de microfinancements du Fonds pour l’Environnement Mondiale et du PNUD dans le cadre de la Global Support Initiatives/projet opérationnalisation du CAM.

3 questions à Mostapha Madbouhi

Journée internationale de la biodiversité 2021: Un nouveau départ pour les aires protégées du Royaume ?

« Les entreprises doivent intégrer la problématique de la biodiversité dans leurs stratégies »


Point focal au Maroc de la Convention sur la Diversité Biologique (CBD), et chef de service chargé de la biodiversité du Département de l’Environnement, Mostapha Madbouhi a répondu à nos questions.

- La Journée internationale de la biodiversité insiste cette année sur la responsabilité collective. Comment interpréter cet appel ?

- La Journée internationale 2021 a choisi pour cette année le thème : « Nous faisons partie de la solution ». Cet appel tente de responsabiliser l’ensemble des êtres humains en évoquant le rôle qu’ils jouent en tant que consommateurs. Si la demande mondiale en denrées multiples et diverses a participé à accentuer l’érosion de la biodiversité, elle n’en demeure pas moins un levier formidable pour inverser la tendance pour peu que les consommateurs soient conscients de leur responsabilité et qu’ils optent dans leur choix de consommation pour des produits durables. D’un autre côté, l’innovation technologique et la digitalisation sont également des outils qui peuvent servir la cause de la biodiversité. C’est une autre partie de la solution dont les acteurs doivent s’impliquer et être conscients de leur rôle dans ce chantier. Il y a également les entreprises qui doivent aussi s’impliquer pour que nous puissions tous amorcer un changement transformateur à même de renverser la tendance d’érosion de la biodiversité.

- Comment se décline cet appel à l’engagement au niveau national ?

- Cet appel est applicable à tous les territoires et à notre pays également. Dans le webinaire organisé par notre département à cette occasion, nous avons par exemple invité des acteurs de la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) au Maroc, car ils ont un rôle important à jouer. Les entreprises marocaines doivent intégrer la problématique de la biodiversité dans leurs stratégies. Pour les cas des entreprises qui produisent des denrées issues des écosystèmes naturels, il faudrait garantir des processus de production qui soient durables puis les certifier avec des labels identifiables afin de donner la possibilité aux consommateurs de les privilégier et jouer ainsi leur rôle également.

- Comment institutionnaliser cette dynamique de transition et de certification ?

- Au Maroc, le socle qui encadre cette transition, c’est la stratégie nationale de développement durable (SNDD). Cette feuille de route évolutive ne tardera pas à intégrer ces nouvelles notions de sorte à ce qu’elles soient institutionnalisées et puissent concerner l’ensemble des acteurs.

 

Vie sauvage: Retour du Mouflon et du Porc-épic au parc national d’Ifrane

Journée internationale de la biodiversité 2021: Un nouveau départ pour les aires protégées du Royaume ?
Dans le cadre de la stratégie Forêts du Maroc 2020-2030, notamment l’axe relatif au plan de sauvegarde des espèces menacées d’extinction, deux opérations de lâcher de mouflons à manchettes et de porcs-épics ont été réalisées par le Département des Eaux et Forêts, le 22 mai, au niveau du parc national d’Ifrane à l’occasion de la célébration de la Journée Internationale de la biodiversité organisée cette année sous le thème « Nous faisons partie de la solution ». Issus de la réserve de Tafoughalt, 31 mouflons à manchettes ont été transférés vers Jbel Ij, sommet du parc national d’Ifrane à 2426 m d’altitude. Les 6 porcs-épics réintroduits proviennent d’un programme de conservation ex-situ au sein du zoo de Dream Village, fruit de collaboration et de partenariat public-privé. Il est à noter que le Mouflon à manchettes et le Porc-épic ont disparu du parc d’Ifrane respectivement en 1960 et en 1997 et sont considérés comme des espèces menacées d’extinction au niveau national et international. Cette opération s’inscrit dans un vaste programme d’action de sauvegarde des espèces menacées au sein du réseau des parcs nationaux qui vise à : actualiser les plans d’actions nationaux des espèces menacées et augmenter la cadence de leur mise en oeuvre, intégrer d’autres catégories d’espèces menacées (carnivores, rapaces, reptiles, plantes menacées), réintroduire les espèces disparues au sein du réseau de parcs nationaux et conserver ex-situ des noyaux de sécurité en partenariat avec les zoos et jardins botaniques.

Biodiversité du Maroc:

La biodiversité nationale représente plus de 24.000 espèces animales et 7.000 espèces végétales avec un taux d’endémisme global élevé, considéré par les spécialistes comme le deuxième au niveau du bassin méditerranéen après la Turquie. Cependant, la tendance générale est marquée par la dégradation, à cause d’importantes menaces essentiellement causées par l’activité humaine, qui pèse sur la biodiversité au Maroc, et ce, malgré les efforts de conservation consentis par différents acteurs concernés. Les écosystèmes sont plus ou moins touchés par les activités liées au développement économique et à la croissance démographique que connaît le pays (agriculture intensive, surpâturage, surexploitation des ressources naturelles, industrie et pollution, urbanisation…). Cela pose la problématique de la raréfaction des espèces végétales et animales et la dégradation parfois irréversible de certains écosystèmes. Actuellement, plus de 600 espèces d’animaux et 1700 espèces de plantes sont menacées au Maroc alors que de nombreuses espèces ont disparu de la nature

  


Dans la même rubrique :
< >