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Jeunesse : Sonnette d’alarme sur les mécanismes de la violence sociale et la radicalisation au Maroc


Rédigé par Kawtar CHAAT le Mercredi 29 Décembre 2021

Les jeunes peuvent être exposés à différents points de vue et recevoir des informations de diverses sources. Certains de ces points de vue peuvent être considérés comme radicaux ou extrêmes. Le phénomène de la radicalisation et de la violence sociale envers les enfants et les jeunes est de plus en plus une préoccupation majeure aussi bien pour la société civile que pour l’Etat.



Défier et combattre l’extrémisme doit être un effort partagé entre l’Etat et la société civile. Pour cette raison, certaines associations et ONG au Maroc, notamment l’association Bayti et l’ONG espagnole Aida, ont relevé le défi d’identifier les enfants et les jeunes vulnérables et d’empêcher qu’ils ne soient entraînés dans le terrorisme.

La radicalisation est le processus par lequel une personne en vient à soutenir ou à s’impliquer dans des idéologies extrémistes. Cela peut amener une personne à être entraînée dans le terrorisme et constitue en soi une forme de préjudice à la sécurité nationale, indique le rapport d’une étude élaborée par les deux associations, soulignant que la radicalisation au Maroc se fait principalement au niveau des quartiers.

« Les personnes radicalisées sont sous l’emprise d’une ou de plusieurs figures religieuses radicales qui peuvent vivre dans le même quartier, dans la même ville. Ce sont, en général, d’anciens délinquants qui ont trouvé leur « voie » et « l’exemple à suivre » », précise-t-on.

En effet, l’une des conséquences les plus notables de cette radicalisation religieuse, c’est la prise en charge pour cette jeunesse radicalisée des affaires du quartier en agissant pour une « moralisation » de la vie des proches et des voisins.

Cela passe, selon l’étude, par des actes violents envers celles et ceux qui, au regard des personnes radicalisées, portent atteinte à la religion. Ils peuvent ainsi pourchasser des délinquants qui refusent de les suivre, s’attaquer aux jeunes qui consomment de l’alcool ou aux jeunes femmes du quartier qui ne mettent pas le voile « islamique » ou qui rentrent tard le soir. Un contrôle qui se fait sur la population au nom de la religion. Les organisations qui oeuvrent pour la protection des enfants et des jeunes ont la responsabilité de protéger les enfants contre toute exploitation.

Cela inclut la radicalisation et l’exposition à des opinions extrêmes, a indiqué Ana Habiba Dahbi, experte en protection de l’enfance à l’organisation Aida, soulignant que l’extrémisme est une opposition vocale ou active aux valeurs fondamentales de l’Etat, notamment la démocratie, la primauté du droit, la liberté individuelle et le respect et la tolérance mutuels des différentes croyances.

Rôle de la communauté

Les communautés dans lesquelles les enfants grandissent peuvent avoir un effet profond sur les adultes qu’ils deviennent. De nombreux enfants sont élevés dans des environnements calmes et favorables avec une richesse de ressources. À l’autre extrémité du spectre, des millions d’enfants grandissent dans des conditions d’adversité. Cela se traduit souvent par l’absence de ressources de base nécessaires au développement. Mais l’adversité peut également refléter une exposition accrue à des événements négatifs qui façonnent l’adulte de demain et les générations futures.

Impact de la violence sur les enfants

L’exposition à la violence communautaire est l’une des expériences les plus néfastes que les enfants puissent vivre, ayant un impact sur leur façon de penser, de ressentir et d’agir.

Malheureusement, au Maroc et dans le monde, trop d’enfants et de jeunes sont menacés par des niveaux élevés d’exposition à la violence communautaire, notamment les jeunes qui se trouvent dans des situations précaires, qui représentent la proie d’une haine farouche et qui sont menacés d’exploitation idéologique, indique le rapport, rappelant qu’entre 2003 et 2021, le Maroc a démantelé 2009 cellules terroristes, et que 1654 combattants ont quitté le Maroc pour se rendre dans la zone syro-irakienne et combattre dans les rangs de divers groupes terroristes.

Ces dernières années, les opérations et les projets extrémistes déjoués se sont multipliés. Toutefois, les tentatives visant à radicaliser les enfants et les jeunes vulnérables ne sont pas pour autant mises en avant. Ces opérations ont souvent pour objectif d’amener ces jeunes à développer des opinions extrêmes, y compris des opinions justifiant la violence politique, religieuse, sexiste ou raciste, ou pour les orienter vers une idéologie rigide et étroite qui ne tolère pas la diversité et les rend vulnérables à une future radicalisation, explique Ana, appelant l’Exécutif au « renforcement des mesures sécuritaires visant à lutter contre ce fléau ».



Kawtar CHAAT

Repère

Risques de radicalisation : focus sur l’espace numérique
Les enfants et les jeunes peuvent être exposés aux messages des groupes extrémistes par de nombreux moyens. Ceux-ci peuvent inclure l’influence de membres de la famille, des contacts directs avec des groupes et des organisations extrémistes ou, de plus en plus, via différents contenus en ligne, indique ledit rapport, notant que «les jeunes peuvent se radicaliser en suivant une des figures radicales stars des réseaux sociaux ou des chaînes satellitaires».

Présentant un grand risque de normalisation des opinions radicales et de promotion de contenus extrêmes, l’espace numérique est l’un des principaux vecteurs utilisés par les groupes terroristes pour le recrutement et l’endoctrinement. Cela peut prendre la forme d’un processus de « grooming » où les vulnérabilités d’un jeune sont exploitées pour former une amitié exclusive qui éloigne le jeune d’autres influences qui pourraient défier l’idéologie radicale.

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Jeunesse : Sonnette d’alarme sur les mécanismes de la violence sociale et la radicalisation au Maroc

Jeunesse / Radicalisation


La lutte contre l’extrémisme au menu d’une conférence internationale à Rabat
 
La lutte contre l’extrémisme en ligne chez les jeunes était au centre d’une conférence internationale qui s’est tenue le 15 décembre à Rabat, à l’initiative de la Rabita Mohammadia des Oulémas, de l’ambassade du Japon au Maroc et du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD).

Cette conférence s’inscrit dans le cadre du projet de lutte contre l’extrémisme en ligne pour les jeunes au Maroc, lancé par la Rabita Mohammadia des Oulémas en novembre 2020, dans le but de lutter contre les discours de haine et de sensibiliser les jeunes aux dangers que pourrait présenter l’espace numérique.

A cette occasion, le secrétaire général de la Rabita, Ahmed Abbadi, a souligné la nécessité de protéger les jeunes des dangers de l’espace numérique, « qui constitue une deuxième réalité », bien que virtuelle. Les Générations Alpha et Z sont les plus vulnérables face aux risques posés par Internet et les réseaux sociaux, a-t-il relevé, notant la nécessité de préserver ce capital humain, le guider vers le droit chemin et le prévenir contre le discours de la haine.
 

Lutte anti-terrorisme



La stratégie marocaine saluée à l’échelle internationale
 
La stratégie anti-terroriste du Maroc a été saluée dans le rapport 2020 sur le terrorisme, récemment publié par le Département d’Etat américain, qui a souligné que « les Etats-Unis et le Maroc entretiennent une coopération solide et de longue date » dans ce domaine.

Ce rapport annuel a mis en avant les efforts déployés par le Royaume dans la lutte contre le terrorisme, notant que « le gouvernement marocain a poursuivi sa stratégie globale, qui comprend des mesures de sécurité vigilantes, une coopération régionale et internationale et des politiques de lutte contre la radicalisation ». « En 2020, les efforts du Maroc en matière de lutte contre le terrorisme ont largement atténué le risque d’actes terroristes », ajoute la même source.

Le Département d’Etat a également signalé que les forces de l’ordre marocaines, sous la coordination du ministère de l’Intérieur, ont vigoureusement ciblé et arrêté au moins 35 individus. Ils ont également démantelé sept cellules terroristes qui prévoyaient d’attaquer diverses cibles, notamment des bâtiments publics, des personnalités publiques et des sites touristiques. « Les forces de l’ordre marocaines ont mis à profit la collecte de renseignements, le travail de la police et la collaboration avec des partenaires internationaux pour mener des opérations antiterroristes », précise-t-on, soulignant qu’aucun incident terroriste n’a eu lieu au Maroc en 2020.

En 2020, le Maroc a annoncé son intention d’abriter un Bureau du Programme pour la lutte contre le terrorisme et la Formation en Afrique de l’UNOCT (Bureau des Nations Unies contre le terrorisme), signale le rapport du Département d’Etat américain, rappelant que le Royaume a aussi accueilli le Groupe de travail du processus de Varsovie sur la lutte contre le terrorisme et le financement illicite.

 

3 questions à Ana Habiba Dahbi


«Le jour où on aura une société équitable et égalitaire, la violence diminuera systématiquement»
 
Ana Habiba Dahbi, experte en protection de l’enfance à l’organisation Aida, nous livre son analyse de la violence sociale et la radicalisation au Maroc.


- La violence à l’égard des enfants et des jeunes peut avoir des effets sur le long terme, y a-t-il des approches thérapeutiques pour pallier les répercussions psychiques de la violence ?

- Dans le cadre de notre projet sur la prévention de la radicalisation et de la violence sociale, nous avons mis en place plusieurs ateliers focalisés sur la santé mentale des jeunes, et basés sur des contenus vulgarisés et des formations sur les habiletés sociales, notamment l’estime de soi, la gestion des conflits, ainsi que la confiance des jeunes envers la société et envers leurs familles. Une confiance qui a été perdue et qui les atteint psychiquement et génère des violences.

Ceci a démontré l’importance du suivi psychique pour travailler la question de la résilience et pour présenter aux jeunes des pistes de réflexion, mesurer l’ampleur et gérer la question de la violence sociale au Maroc. Notre projet a porté également sur des activités pratiques en matière de sensibilisation aux effets de la radicalisation et l’extrémisme violent sur la société, sa stabilité et son développement.



- Comment l’institution éducative pourra-t-elle lutter contre la prolifération des messages haineux ?

- La haine qui existe envers la famille, l’école ou la société s’est accentuée ces dernières années. Cela est dû, principalement, à la régression du rôle éducatif de l’école. Car lorsqu’on trouve dans des programmes scolaires un garçon qui joue au football et une fille qui aide sa maman dans la cuisine, déjà là on est dans la discrimination et on commence à mettre en place les stéréotypes du genre qui pourront donner lieu à ce qu’on appelle la radicalisation du genre. Il faut ainsi un renforcement des valeurs civiques et éthiques requises pour la vie en commun, et du rôle décisif de l’école en matière d’éducation aux valeurs.

Pour la question de la famille, il faut mettre en place des programmes de parentalité positive, afin d’atteindre l’enfant par une stratégie de soutien des familles dans leurs tâches éducatives. Et là, c’est le rôle de l’Etat, notamment le ministre de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille qui doit oeuvrer pour l’établissement d’une société équitable. Et le jour où on aura une société équitable et égalitaire, la violence diminuera systématiquement.


- La radicalisation touche une proportion infime de la population, mais quel impact a ce processus sur les générations futures ?


- Dans le cas des jeunes en situation d’exclusion sociale, la haine que génère l’incapacité de s’intégrer dans la société, et le manque d’habilités nécessaires pour pouvoir gérer leurs vies et la violence sociale à leur égard, font que cette catégorie continue d’intérioriser la haine envers la famille et la société, et au final on se retrouve avec des jeunes qui ont vraiment des problèmes psychiques assez graves, et si on ne travaille pas là-dessus, ceci ne leur permettra pas de se réinsérer dans la société, et ouvre la voie à une vulnérabilité vis-à-vis des processus de radicalisation.
 

Recueillis par K. Ch.