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Istiqlal : Baraka appelle à une "réappropriation collective" de la mémoire du Rif


Rédigé par Anass Machloukh le Samedi 27 Mars 2021

Lors d’une journée d’études, organisée ce samedi, le Parti de l’Istiqlal a revisité la mémoire des évènements historiques qu’avait connus la région du Rif entre 1958 et 1959. Une période charnière et clivante du passé du Royaume. Dans une démarche rassérénée, le parti a choisi de revenir sur les faits marquants de cette époque et qui sont encore gravés dans la mémoire des Marocains, avec toutes les nuances historiques. Détails




En présence du Secrétaire général Nizar Baraka et plusieurs cadres du Parti de l’Istiqlal, de nombreux intellectuels, anciens résistants et historiens ont livré une lecture historique nuancée aux évènements en question, avec des regards croisés et des témoignages. Le but est de réviser l’histoire de cette période sensible, qui a connu des blessures encore indélébiles. Une démarche constructive et scientifique a été adoptée.  Lors de son allocation, Nizar Baraka a appelé à une « appropriation collective » de la mémoire des années 1958 et 1959, loin des propos subjectifs et des surenchères historiques.

Réconciliation avec le Rif

Après plus d’un demi-siècle, la période insurrectionnelle de 1958 à 1959 reste encore un point sensible dans l’histoire du pays, et a resurgi dans le débat public de façon claire après le Hirak d’Al Hoceima en 2017.

Réfutant les allégations mensongères sur le rôle du Parti de Allal El Fassi dans cet épisode frustrant, Nizar Baraka a plaidé pour une réconciliation avec cette région du nord du Maroc, à travers une lecture historique sincère avec un exercice d’autocritique. « Un comité a été mis en place, chapeauté par le président du Conseil national Chiba Maâlaïnine, et chargé de rassembler tous les documents historiques, qui soient en mesure de reconstituer la vérité des événements », a rappelé M. Baraka, ajoutant que cette initiative faite suite à celle de l’Instance de l’Equité et de la Réconciliation, dont le rapport final « n’a pas pu éclairer plusieurs zones d’ombre ». Un constat partagé par Jamaâ Baida, directeur des Archives du Maroc et enseignant-chercheur à l’Université Mohammed V de Rabat, pour qui « présenter des excuses sans avoir au préalable mis la lumière sur un grand nombres d’éléments historiques reste prématuré »

Cette conférence intervient également après plusieurs tentatives de réconciliation nationale qui n’ont pas abouti à cause du manque d’une approche historique et du dogmatisme idéologique, a-t-il poursuivi, rappelant que l’Istiqlal reste dévoué à l’histoire glorieuse de la région du Rif et notamment celle de la bataille d’Anoual et le combat d’Abdelkrim El Khattabi pour l’indépendance du Maroc.

Creuser dans l’histoire

Personne ne peut nier que plusieurs aspects des émeutes de 1958 et 1959 sont encore ambigus et les versions historiques diffèrent entre les récits nationaux et les versions des historiens étrangers. « Evoquer cette question s'inscrit dans le cadre d'un projet mémoriel à portée national qui vise à mettre de l’ordre dans un épisode de notre histoire qui reste sujet à beaucoup d’interprétations hasardeuses voire fausses », rappelle Mustapha El Ktiri, Haut-Commissaire aux Anciens Résistants et Anciens Membres de l’Armée de Libération

Lors des débats, l’historien Mimoun Aziza a fait état de la réticence des historiens marocains à étudier cet épisode historique sulfureux, ajoutant que plusieurs versions relayées par les consuls étrangers d’Etats comme l’Espagne et la France sont dans la plupart des cas sélectifs et partiaux. En revanche, « l’archive marocain n’a pas encore été déclassé », a-t-il regretté. 

De quoi s’agit-il ? La dénomination de ces évènements varie entre révolte, insurrection, ou émeutes au gré des interprétations historiques, explique Aziza, préférant parler de « mouvement de protestation », issu d’un malentendu entre l’élite rifaine et le gouvernement central de l’époque. Ces événements sont le fruit d’un contexte historique particulier marqué par une instabilité politique et une lutte pour le pouvoir, au lendemain de l’indépendance, précise le spécialiste, ajoutant que la responsabilité des dégâts matériels et humains des événements de 1958 ne saurait être attribuée à un parti quelconque du moment que le gouvernement de l’époque était composé de plusieurs formations politiques.

S’agissant des faits, M. Aziza a fait état de l’interpellation, à l’issue des manifestations, de plus de 1600 personnes, dont 120 ont été condamnées à des peines de réclusion, suite à plusieurs procès tenus à Fès. Au-delà des racines politiques des émeutes du Rif, des causes sociales seraient à l’origine du déchainement de violence dans la région, estime Rachid Benomar, professeur d’histoire moderne à la Faculté des Lettres de Meknès.  Selon lui, l’état déplorable dans lequel le colon espagnol a laissé la région, conjugué aux conditions sociales difficiles de la population locale, a contribué au déclenchement de ce mouvement protestataire. D’autres facteurs ont attisé le feu telles que la lutte de pouvoir entre différents partis et la politisation de l’Armée de libération qui était principalement installée dans la région du Rif, souligne pour sa part l’historien Mohammed Maârouf. 

De son côté, l’historien Mustapha Bouaziz a expliqué que trois événements ont approfondi la méfiance entre l’Etat et les habitants de la région du rif, citant l’épisode de 1958, les émeutes de 1984 et le Hirak de 2016. Selon l’historien, le processus de réconciliation n’est pas encore achevé et il convient d’œuvrer davantage dans ce sens par un dialogue national.

Préparer l’avenir

Tout en se déclarant prêt à présenter des excuses au cas où sa responsabilité s’était avérée dans les événements tragiques qu’a connus le Rif, l’Istiqlal veut tourner la page de plusieurs décennies de marginalisation dont a souffert cette région du Maroc. Nourredine Modiane, chef du groupe istiqlalien à la Chambre des représentants, a déclaré que les Rifains sont prêts à oublier toutes les déconvenues du passé. De son côté, Nizar Baraka a rappelé que la région du Rif bénéfice de l’intérêt de SM le Roi depuis son accession au trône, à travers les différents grands projets de développement qu’ont connus des villes comme Al Hoceima et Nador, à l’instar de « Hoceima phare de la méditerranée ».
Pour sa part, le Haut-commissaire aux anciens résistants et anciens membres de l'Armée de libération, Mustapha El Ktiri a appelé à ne pas se contenter de la mémoire et à établir une histoire consensuelle des événements du Rif.

  


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