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Interview avec l’ambassadeur d’Australie: le Maroc et l’Australie ont un énorme potentiel à exploiter


Rédigé par Anass MACHLOUKH le Lundi 24 Mai 2021

Récemment nommé à la tête de la mission diplomatique de son pays à Rabat, Michael Cutts nous livre sa vision et nous dévoile le potentiel des relations maroco-australiennes. Economie, culture, écologie et tourisme.



- Vous avez été nommé récemment ambassadeur au Maroc, quel bilan faites-vous des relations entre le Maroc et l’Australie ?

- D’abord, je tiens à souligner que les relations diplomatiques entre nos deux pays datent de 1976. Durant les dernières années, les relations ont connu une véritable dynamique après la visite du ministre des Affaires étrangères Bob Carr au Maroc en 2012, à laquelle j’avais pris part et où nous avions rencontré le chef de la diplomatie marocaine de l’époque Saâd Dine El Othmani. Ce fut la première visite d’un haut diplomate australien au Maroc. S’en est suivie celle de Julie Bishop en 2016 à Marrakech à l’occasion de la COP22, durant laquelle elle avait annoncé l’établissement d’une ambassade au Maroc. Une décision qui a été mûrement réfléchie et montre l’importance qu’accordent nos deux pays pour le renforcement des relations bilatérales, vu que les relations avec le Maroc avaient été déléguées à notre mission diplomatique à Paris. Il s’agit donc d’agrandir notre réseau diplomatique dans la région MENA, sachant que le Maroc est le seul pays d’Afrique du Nord où nous avons une représentation diplomatique. La première ambassadrice a été nommée en 2017, à laquelle j’ai succédé en septembre, notre mission est de mettre la pierre angulaire d’une nouvelle ère de coopération.

- Pouvez-vous nous faire part de votre plan d’action ?

- Je voudrai rappeler, avant tout, que les relations entre les responsables des deux pays sont dans de très bons termes. En gros, nous avons fixé trois objectifs pour mon mandat : le premier est de travailler avec le gouvernement marocain sur les dossiers d’intérêts communs, sachant que nos deux pays partagent la même vision pour la quasi-totalité des dossiers internationaux tels que le Climat, la lutte contre le terrorisme. Nous avons une volonté réciproque de travailler avec nos partenaires marocains pour développer les énergies renouvelables, comme le Royaume a un potentiel en la matière. L’Australie est connue par son leadership dans l’énergie d’hydrogène qui peut servir au Maroc. Notre deuxième objectif est d’ordre culturel, nous souhaitons faire plus connaître l’Australie auprès du public marocain, et notamment les jeunes et vice versa. J’ai appris récemment que plus de 30.000 de nos concitoyens souhaiteraient visiter le Maroc. Troisièmement, nous souhaitons promouvoir les échanges universitaires.

- Convenez-vous que la grande distance qui sépare nos deux pays complique la coopération bilatérale ?

- Les gens ont souvent tendance à le penser, or, ce n’est pas un obstacle pour construire des liens étroits entre les deux pays et notamment pour les milieux d’affaires, les touristes et les étudiants.

- Les échanges commerciaux demeurent très faibles avec un volume annuel de près de 98 millions de dollars, comment peut-on en accélérer la cadence ?

- Oui, je reconnais que le volume du commerce est modeste, vu que l’Australie n’est que le 69ème fournisseur du Maroc. Par conséquent, ma mission consiste à remédier à cela. J’ai rencontré de nombreuses fois des représentants de la CGEM et la Chambre du Commerce et de l’Industrie qui m’ont fait part des opportunités et des débouchés qui existent dans plusieurs domaines, à savoir le tourisme, la manufacture, l’aéronautique, l’industrie pharmaceutique et la formation professionnelle et même l’artisanat vu que les produits artisanaux marocains sont très demandés en Australie. De l’autre côté, j’oeuvre également à convaincre les investisseurs australiens de l’importance du marché marocain. En effet, il existe une véritable synergie entre les deux marchés, qui peuvent être complémentaires. Le Maroc est très relié au marché européen et subsaharien tandis que l’Australie est très ancrée dans le marché anglo-saxon et le marché asiatique.

- Peut-on s’attendre à de futurs accords de libre-échange ou d’association économique entre Rabat et Canberra ?

- Bien que je n’aie pas d’informations sur ce sujet, cette hypothèse est très souhaitable du fait de l’énorme potentiel qui se présente. L’Australie est une porte d’entrée au marché asiatique par l’intermédiaire de l’accord de libre-échange (RCEP), comme le Maroc est un point d’accès au marché africain. C’est là qu’il faut travailler, et je suis en contact permanent avec l’ambassadeur marocain à Canberra, M. Karim Medrek, qui fait un travail impressionnant là-bas. Vu que nous sommes en début de parcours, nous tâchons à préparer d’abord le terrain pour les communautés d’affaires de nos deux pays afin qu’elles se connaissent mieux. Ceci ne manquera pas de faciliter les négociations d’un potentiel accord commercial dans les années qui viennent. Il faut aller par étape.

- Etant donné que le Maroc a signé un accord d’association avec le Royaume Uni et vu votre relation spéciale avec ce pays en tant que membre du Commonwealth, le Brexit peut-il faciliter les échanges et les investissements ?

- Effectivement, d’autant que notre gouvernement est en cours de négociation d’un nouvel accord de libre-échange avec le Royaume-Uni. Il ne fait aucun doute que cela ne peut que rapprocher le Maroc et l’Australie sur le plan économique.

- Parlons des investissements, pouvez-vous nous donner une idée sur les investissements australiens au Maroc et quels sont les secteurs les plus attractifs pour les entreprises de votre pays ?

- Actuellement, Il existe Worley, une compagnie multinationale spécialisée dans l’Ingénierie qui s’est installée récemment à Casablanca, après avoir acheté la filiale du groupe JESA (Jacobs Engineering) au Maroc. Il y a des investissements agricoles dans les environs de la ville de Larache et précisément dans la culture des fraises et des framboises. Plusieurs millions de dollars australiens sont investis dans des projets d’unités de production. Cette plateforme sert de base d’exportation vers la Russie, l’Europe et les pays d’Afrique subsaharienne. C’est un investissement de grande envergure. Je peux citer aussi des investissements dans le secteur touristique, où opère l’Agence de voyage « Intrepid-Travel » qui dispose d’une filiale régionale à Marrakech, qui emploie 50 personnes.

- Il existe un Conseil des Affaires maroco-australien, comment fonctionne-t-il ?

- Ce conseil fut créé en 2017 par le ministre du Commerce de l’époque Steven Ciobo lors de sa visite à Marrakech, en collaboration avec les responsables politiques et économiques marocains. Le Conseil a pour vocation de tisser des liens entre les communautés des affaires et faciliter leur réunion, voire même résoudre les problèmes qui peuvent surgir.

- Les responsables marocains sont-ils aussi intéressés par le marché australien que le Australiens par le marché marocain ?

- Oui, tout à fait, en témoigne la visite du ministre de l’Agriculture Aziz Akhannouch en Australie, en 2019, à la tête d’une importante délégation marocaine. Plusieurs accords de coopération furent à l’ordre du jour, notamment dans le domaine de l’agroalimentaire et les télécommunications.

En somme, d’après les échanges que j’ai eus avec plusieurs reposables marocains, j’ai compris qu’ils sont manifestement conscients des bénéfices et des atouts du marché australien, surtout dans les domaines de la technologie agricole, les énergies renouvelables, etc.

- Qu’en est-il pour la coopération culturelle en matière d’échanges universitaires et de promotion de la société civile ?

- Concernant le domaine universitaire, il existe plusieurs opportunités pour les étudiants marocains dans les différents établissements australiens, qui présentent une multitude de bourses chaque année. Nous encourageons les Marocains à y postuler, sachant que plusieurs rencontres ont été organisées avec des universités marocaines, dont l’UIR et l’ISIC, à cet effet.

Il existe également des contacts avec le monde de la culture. Nous sommes en contact avec le président de la Fondation des musées du Royaume Mehdi Qotbi, en plus d’avoir plusieurs relations avec les associations locales, oeuvrant dans les domaines de l’écologie, la philanthropie et les droits de la femme, etc.

- Concernant l’affaire du Sahara, quel est le positionnement actuel du gouvernement australien ?

- Comme vous le savez, le gouvernement soutient les efforts des Nations Unies et suit, de près, toutes les évolutions de ce dossier sensible au niveau international et construit ses positions en fonction de ces développements.