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[Interview avec Yassine Yachou] : Tout sur les atteintes neurologiques liées au Covid-19


Rédigé par Safaa KSAANI le Mercredi 24 Novembre 2021

Quel lien entre les dégâts neurologiques et le Coronavirus ? Explications de Yassine Yachou, chercheur en neurosciences. Son étude scientifique est la première à être citée par l’OMS.



- En tant que chercheur en neurochirurgie, vous avez procédé à l’étude de l’effet du «nouveau» virus respiratoire, Covid-19, sur le système nerveux humain. Quelles conclusions en tirez-vous sur le court et le long termes ?

- Dans les premiers jours de cette crise sanitaire, le monde a connu un phénomène social très intéressant de solidarité. Quels que soient la profession ou le statut social, tout le monde a essayé d’intervenir d’une manière ou d’une autre. En tant qu’étudiant chercheur en neurosciences, beaucoup de questions m’étaient posées et auxquelles je devais répondre, entre l’hôpital, le laboratoire et la famille. Personnellement, le premier réflexe que j’ai eu est que nous sommes face au Coronavirus. Cela m’a rappelé la dernière pandémie de Coronavirus (Sars-Cov) qui a eu lieu entre 2002 et 2004. A cette époque, nous avons fait l’erreur de ne pas l’avoir considéré comme un virus qui peut atteindre le cerveau. Ferons-nous la même erreur cette année-là ? La réponse à cette question était extrêmement difficile étant donné que nous étions dans un monde bouleversé par la pandémie du Covid-19. Comme tout chercheur en sciences médicales, la deuxième étape après le questionnement est de déterminer les modalités et la méthodologie scientifique pour prouver mon hypothèse. J’ai ensuite consulté mes seigneurs, Professeur El Idrissi, mon chef de laboratoire à l’Université de New York, puis Professeur Saïd Ait Benali, chef du département de neurochirurgie au CHU Mohmmed VI de Marrakech, et professeur Belapasov, chef du département de neurologie en Russie. Une équipe de recherche partagée entre la recherche expérimentale animale, la neurochirurgie et la neurologie/neuropathologie. Notre première réunion était tenue pendant la première semaine de janvier 2020. En ce moment-là, la crise sanitaire a été déclarée seulement en Chine. La seule chose que je connais sur le virus c’est qu’il appartient à la famille Beta-Coronavirus. J’ai donc commencé à collecter les données et analyser la littérature scientifique depuis 1920 qui évoque la relation entre le système nerveux et les virus respiratoires en général, puisque le Sars-Cov-2 est un virus respiratoire. Je me suis ensuite penché sur des articles qui parlent de la pathophysiologie et la virologie de la famille Coronavirus, du Beta-Coronavirus et les dernières pandémies de Sars-Cov qui ont sévi de 2002 à 2004 puis MERS- Cov en 2012.

- Une étude scientifique est expérimentale principalement. Or, confinement oblige, vous n’avez pas eu accès à des échantillons dudit virus au début de la crise sanitaire ? Quelle solution avez- vous trouvée ? Et quelle corrélation existe entre un virus respiratoire et le système nerveux humain ?

- Les virus respiratoires sont des agents pathogènes opportunistes qui infectent les voies respiratoires supérieures de l’Homme et provoquent des maladies graves, en particulier chez les populations vulnérables. Certains virus ont des propriétés neuroinvasives et activent la réponse immunitaire dans le cerveau. Ces événements immunitaires peuvent être neuroprotecteurs ou causer des dommages à long terme similaires à ceux observés dans certaines maladies neurodégénératives. Le SARS- CoV-2 est l’un des virus respiratoires causant la maladie avec des similitudes cliniques à ceux rapportés dans le SARS-CoV et le MERS-CoV. Les médias et l’opinion publique parlent de ce virus comme s’il s’agit d’un nouveau virus, ce qui est vrai dans une certaine mesure. Pour examiner les dommages neurologiques possibles induits par le SARS-CoV-2, il est nécessaire de comprendre les réactions immunitaires de l’infection virale dans le cerveau, et leurs conséquences à court et à long termes. Pour cela, nous pouvons nous baser sur des similitudes entre le SARS-CoV et le SARS-CoV-2, que j’ai citées dans mon étude homologique et phylogénétique coopérative. Ce qui nous amène à nous demander si le SARS-CoV-2 peut avoir des capacités neuroinvasives et des effets neuro-inflammatoires graves à long terme, dont a fait preuve le SARS-CoV sur des humains et des animaux. Pour expliquer la manifestation neurologique causée par le SARS-CoV-2, j’ai analysé le cas de 765 patients Covid-19. 18% d’entre eux présentaient des symptômes et des complications neurologiques, notamment une encéphalopathie, une encéphalite et des pathologies cérébrovasculaires, une myélite aiguë et le syndrome Guillain-Barré. La chose la plus fascinante découverte est l’anosmie (perte de l’odorat). C’était le symptôme le plus fréquent chez les personnes atteintes du Covid-19, suggérant que le dysfonctionnement olfactif et les réponses immunitaires ultrarapides initiales pourraient être un facteur de bon pronostic. Cette anosmie est le signe d’une bonne réaction immunitaire contre le virus.

- Votre article est le premier au monde qui explique la corrélation entre le virus respiratoire Covid-19 et le système neurologique humain. Quelles conclusions en tirez-vous ?

- Notre article explique comment l’infection Covid-19 peut causer des problèmes neurologiques réversibles et irréversibles, sur le court et le long termes, notamment des maladies neurodégénératives comme l’Alzheimer et le Parkinson ainsi que des maladies auto-immunes comme la sclérose en plaque. En premier lieu, nous avons expliqué comment ce virus peut arriver au cerveau et comment peut-il l’endommager. C’est la raison pour laquelle l’Organisation Mondiale de Santé (OMS) la considère comme une référence scientifique accréditée et citée dans la Littérature mondiale sur la maladie des Coronavirus de l’Organisation, où l’OMS rassemble les dernières découvertes et connaissances scientifiques internationales multilingues sur le Covid-19.

- Quid des vaccins anti-Covid ? A quel point peuvent-ils nuire à notre système nerveux ?

- Un vaccin peut causer une inflammation aiguë de la moelle épinière connue par le syndrome de Guillain-Barré. C’est le même mécanisme immunitaire que peut causer le Covid-19. La communauté scientifique n’a jamais nié l’existence d’effets secondaires du vaccin anti-Covid et de ses complications. Cela ne veut pas dire que le vaccin n’est pas sûr. Le vaccin Covid-19 est plus sûr que les vaccins classiques et les complications sont moins fréquentes que les vaccins classiques, qu’ils soient neurologiques, allergiques ou autres. La seule différence c’est que l’opinion publique et les médias s’intéressent plus au Covid-19 et aux vaccins contre ce virus dans la mesure où c’est un phénomène qui a touché tous les domaines de la vie. L’inflammation aiguë de la moelle épinière est une complication provoquée par tous les vaccins, même ceux administrés aux enfants. Doliprane, qui contient du paracétamol, tue des milliers de personnes à travers le monde. Les médias en parlent-ils ?

Portrait

De patient neurologique à neurochirurgien 

Yassine Yachou, originaire du Sud- Est, précisément de Ouarzazate où il est né en 1996, est un médecin interne candidat en neurochirurgie fonctionnelle et stéréotaxique. Il est également étudiant en doctorat candidat en neurophysiologie et comportement biologique.

Atteint par une maladie chronique du cerveau, il a pu découvrir le monde de la neurologie. “Un jour, hospitalisé, je me suis défié en considérant ma maladie comme une motivation”, nous raconte-t-il.

Muni de sa détermination et sa persévérance, il a continué ses études en Russie, après avoir mis un terme à sa formation en Norvège à cause de son état de santé. “En parallèle, j’ai travaillé au département de neurologie et anatomie avec le professeur Belapasov qui m’a guidé dans le monde de la neurologie, j’ai appris les bases de neurochirurgie avec professeur Aït Benali qui m’a guidé dans le monde de la neurochirurgie et les bases de la relation patient-malade et le monde de la bioéthique. J’ai appris les bases de la recherche scientifique et de la biologie par le professeur El Idrissi”, tient-il à les remercier ainsi.

Le jeune chercheur compte déjà à son actif plusieurs articles scientifiques et a participé à des congrès internationaux. Il a reçu le Prix de meilleure recherche scientifique au Congrès international de neurochirurgie en Serbie en 2019.
 

  


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