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Interview avec Saïd Zejjari : « Investir dans des applications sociales offre de nombreux avantages »


Rédigé par Safaa KSAANI le Lundi 13 Juin 2022

Participant à la 2ème édition du Salon international de la transformation digitale de l’entreprise, EMEC Expo, tenue les 18 et 19 mai dernier à Casablanca, Saïd Zejjari a souligné l’importance de l’investissement dans les applications sociales pour les investisseurs et les entreprises.



- De nombreuses entreprises et administrations ont été contraintes d’agir rapidement et de trouver des solutions digitales durant la pandémie. A quel point cette accélération peut-elle causer du tort aux propriétaires et dirigeants des entreprises ?

- La transformation digitale réussie est bien liée, avant tout, au dirigeant de l’entreprise et à la stratégie déployée. De nombreuses entreprises et administrations ont opté pour des solutions rapides et économiques sans réfléchir à une stratégie d’avenir et aux conséquences. La plupart des entreprises n’ont ni personnel qualifié ni spécialisés dans le domaine numérique et ont dû soit acheter ces ressources, soit former quelques personnes à la hâte.

Par ailleurs, il existe des risques liés à la sécurité informatique et au manque d’infrastructures et d’outils. Les coûts et les risques n’étaient pas maîtrisés et personne n’était en mesure de prendre des décisions.

De plus, les réglementations sectorielles rigides et les structures de financement sont peu adaptées. Les entreprises se contentent donc d’un socle minimal de possibilités d’utilisation et adoptent une attitude prudente face à la numérisation. Cela influence automatiquement les résultats et les performances par rapport aux autres concurrents sur le marché et peut parfois nuire à l’image de marque.


- Quel état des lieux dressez-vous sur l’usage des applications sociales dans les entreprises marocaines, et quels sont les principaux obstacles persistants à leur évolution ?

- Les entreprises marocaines sont généralement centrées sur le profit. Les applications sociales ont la réputation de ne pas être rentables et de ne générer que des coûts. De plus, il y a moins d’histoires de succès pour inciter ces entreprises à investir et à travailler dans cette direction. La situation est différente en Europe ou aux Etats-Unis, où les entreprises ont déjà compris qu’investir dans des applications sociales offre de nombreux avantages.

Du coup, l’image de l’entreprise ou encore la marque est renforcée et la réputation de l’entreprise améliorée. Cela attire de nouveaux clients, notamment des particuliers qui sont intéressés par l’idée de donner un sens à leurs économies et à leurs dépenses. Les principaux obstacles sont généralement les préjugés ou l’ignorance. Je pense toutefois que les consommateurs tracent la direction à suivre, voire qu’un changement de culture est en cours.


- Comment le digital transforme-t-il actuellement les entreprises ?

- La numérisation garantit l’efficacité et la stabilité en cas de crise majeure. Les entreprises ont numérisé au moins une partie de leurs processus. Elles ont développé des services en ligne et assuré leur présence sur Internet. La nouvelle ère du travail à distance et les réunions en ligne changent également l’organisation. Cette nouvelle organisation du travail varie évidemment selon les secteurs d’activités. Le facteur humain a joué un rôle important et a montré la différence.

La formation apparaît comme le levier indispensable de la bonne intégration du numérique, pas seulement la formation technique mais aussi la formation culturelle, face à la transformation des métiers induite et aux résistances au changement.


- A quel point la transformation digitale est un “must” pour les entreprises et les administrations ?

- La transition numérique est un défi économique et social majeur. Elle se présente comme une nécessité stratégique pour les entreprises de tous les secteurs. Leurs principaux facteurs de motivation sont l’augmentation de la productivité, l’amélioration de l’agilité de l’entreprise et le renforcement de la sécurité des données. Il apporte ainsi de nombreuses opportunités, un rapprochement avec le client, une communication actuelle et continue. Il ouvre de nouveaux marchés, de nouvelles méthodes et modes de travail.


- Quels sont les enjeux de la transformation digitale ?

- La transformation numérique est un sujet complexe. Le succès dépend de nombreux facteurs, dont les deux plus importants sont les compétences et les ressources financières. Dans de nombreux cas, les solutions et logiciels standard peuvent couvrir les besoins des entreprises et ne nécessitent pas de nouveaux développements. Les difficultés surviennent lorsque la solution n’existe pas ou lorsque les entreprises travaillent dans des domaines sensibles comme la santé ou la finance. Il faut évaluer les outils et les technologies utilisés.

Si la solution ne convient pas ou ne répond pas aux besoins, il faut la remplacer et demander de l’aide à des experts du domaine. Les solutions simples et rapides peuvent causer beaucoup de problèmes et être conséquentes en matière de coûts. Elles peuvent même conduire des entreprises à la faillite.

En outre, les entreprises doivent penser à la sécurité et aux besoins non fonctionnels, comme l’utilisabilité et la réactivité.


- Au niveau du marché mondial de l’Intelligence Artificielle, qui connaît une croissance fulgurante et devrait atteindre en 2025 pas moins de 90 milliards de dollars, les entreprises marocaines sont-elles préparées à franchir le pas ?

- Il y a quelques décennies encore, l’utilisation de l’IA dans les entreprises en était à un «stade pionnier» et son potentiel était encore quelque peu théorique. Depuis lors, les technologies et les applications de l’IA n’ont cessé d’évoluer et d’apporter une valeur ajoutée aux entreprises.

Aujourd’hui, les entreprises bénéficient d’un éventail de plus en plus large d’avantages tangibles grâce aux systèmes pilotés par l’IA. Le virage technologique de l’IA peut représenter un gain d’efficacité important pour les entreprises puisqu’elle est capable de trier de nombreuses données rapidement, mais aussi de les organiser et de les rendre durablement utilisables. Elle permet également d’offrir une réponse rapide et personnalisée aux clients, tout comme de prévoir les potentiels achats d’un consommateur sur internet.

Malgré ces nombreux avantages et domaines d’application, la plupart des entreprises au Maroc restent à la traîne par rapport au reste du monde. Les experts sont demandés dans le monde entier et sont très bien payés, les entreprises marocaines ne sont pas prêtes à dépenser autant pour eux. De plus, les entreprises sont au stade immature en matière de technologie et de numérisation.


- La position du Maroc dans le domaine de la cybersécurité n’est pas très confortable, comme l’atteste le “Global Cybersecurity Index 2020” dans lequel le Royaume est classé en 50ème position. Comment le Maroc peut-il assurer sa souveraineté numérique et garantir sa cybersécurité ?

- Le Maroc reste relativement insignifiant pour la scène des hackers. Cela ne veut pas dire que nous sommes en sécurité. Nous avons certainement été victimes d’attaques de hackers, mais celles-ci ne sont généralement pas communiquées publiquement. Les universités et les centres de formation doivent faire appel à des experts et proposer ces formations à la nouvelle génération.

En outre, nous devons suivre les bons exemples comme celui de l’armée suisse qui forme ses cyber-guerriers pour protéger les centres de données militaires et les systèmes de communication contre les attaques électroniques. Parallèlement, les recrues sont formées comme hackers. A l’avenir, elles seront prêtes à lancer elles-mêmes des cyberattaques en cas de conflit.



Recueillis par Safaa KSAANI


Des applications pour s’entraider
 
HipMeal est une plateforme anti-gaspillage alimentaire où l’on peut trouver des délices internationaux et faire de nouvelles rencontres tout en protégeant notre environnement et en luttant contre la pauvreté ! «La solution est unique car elle met en relation les particuliers entre eux et leur offre un contact direct où ils peuvent partager de la nourriture ou s’inviter mutuellement», argumente le fondateur de l’application, Saïd Zejjari.

En ce qui concerne HipSmile, c’est une application mobile qui permet de donner et de recevoir des biens et services dans différentes catégories telles que la santé, l’éducation, les biens matériels, le travail bénévole ou autres. «Sa finalité est de connecter les personnes dans le besoin et celles qui veulent faire un don tout en respectant leur dignité», explique-t-il.

Et de renchérir : «Sur la plate-forme, de nombreuses personnes demandent depuis le confinement de l’aide pour payer leurs factures et leurs frais médicaux, l’école et l’équipement de leurs enfants ou pour obtenir des accompagnateurs pour les personnes à mobilité réduite. Les personnes qui souhaitent aider les autres n’ont donc plus besoin de sortir de chez elles. Il leur suffit d’ouvrir l’application et elles trouveront quelqu’un près de chez elles qui a besoin de leur aide. Le contact se fait direct et sans intermédiaire», selon le fondateur des deux applications.
 








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