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Actu Maroc

[Interview avec Paul Larbi et Nicolas Khalid Mamere] Bachelier avec mention «bien» malgré la trisomie 21


Rédigé par Safaa KSAANI le Mardi 13 Juillet 2021

Nicolas Khalid Mamere n’a ménagé aucun effort pour assurer à Paul, son fils atteint de trisomie 21, une scolarité et une vie normales. Des efforts qui ont porté leurs fruits : un Bac avec mention bien.



[Interview avec Paul Larbi et Nicolas Khalid Mamere] Bachelier avec mention «bien» malgré la trisomie 21
- Pouvez-vous retracer les efforts acharnés de Paul pour décrocher le Bac avec mention bien ?

- Avant d’en arriver là, je tiens à mentionner que Paul a passé les douze ans de scolarité au sein de la famille de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE). Cette structure a une représentativité dans tous les pays de la planète. C’est dans le cadre de ce réseau que s’inscrit sa réussite. C’est la réussite du modèle français de l’école inclusive. Toute la famille de l’AEFE se félicite de cette première mondiale.

Pendant toute sa scolarité, des prises en charge étaient nécessaires, notamment d’orthophonie pour améliorer la qualité de la prononciation et de psychomotricité pour travailler l’écriture. Il a également intégré une école de musique à Casablanca. Ce sont des activités qui comptent beaucoup et qui ont façonné sa personnalité. Au fil des années, d’autres besoins ont ressurgi, dont le besoin de faire du sport. Paul est aujourd’hui un sportif accompli. Sa vie privée complète sa vie à l’école. Il n’y a pas de frontière entre l’école et la maison. Actuellement, il a un goût prononcé pour la photographie, la vidéo et l’informatique.


- Selon votre expérience, quel est le rôle indéfectible du soutien des parents pour apporter un appui psychologique pour atténuer l’impact de cette infirmité ?

- La première phase par laquelle devrait passer tout parent est l’acceptation de l’enfant avec sa différence. Si on accepte mal cette différence ou on attend que la société fasse tout, on va automatiquement vers l’échec.

L’enfant trisomique doit être accompagné et aimé. Au-delà de l’acceptation de l’enfant, les moyens financiers sont essentiels. J’ai investi mon argent dans l’éducation de mon enfant. Il peut maintenant défendre ses droits.


- Etant donné que Paul a passé toute sa scolarité au sein de la famille de l’AEFE, peut-on affirmer que les écoles marocaines doivent s’inspirer du modèle français de l’école inclusive ?

- Le modèle français de l’école inclusive permet des prises en charge de ces enfants. Tout le monde n’a pas les moyens d’y inscrire ses enfants, mais de nombreuses actions peuvent être mises en place. A titre d’exemple, une coopération franco-marocaine doit être mise en place pour préparer des formateurs qui prendront en charge les enfants atteints de trisomie 21.

Au Maroc, il y a toutes les bonnes volontés pour y arriver. Paul a toujours été accompagné par des assistantes de vie scolaire (AVS) qui sont d’un excellent niveau. Il faut l’avouer, c’est un domaine qui n’est pas pris sérieusement par le ministère de l’Education nationale.
 
Recueillis par Safaa KSAANI
 

Repères

Plus de 60.000 trisomiques au Maroc
Le 21 mars marque la journée mondiale de la trisomie 21. L’occasion de se rappeler que de nombreuses personnes dans le monde affectées par le syndrome de Down sont victimes d’exclusion.Selon les associations et certains médecins, cette anomalie chromosomique toucherait plus de 68.000 trisomiques. Un chiffre qui reste contesté puisque les trisomiques sont intégrés dans la population globale des handicapés. Selon les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé, huit millions de personnes sont atteintes de trisomie 21 dans le monde. On retiendra également que l’incidence dans le monde est de 1 sur 700 naissances.
 
Les trisomiques peinent à retrouver les bancs de l’école
Au-delà de l’insuffisance des moyens financiers, l’intégration des enfants trisomiques en milieu scolaire souffre toujours du manque de formation des enseignants et aussi du refus de ces derniers de prendre en charge des enfants à besoins spécifiques dans leur classe. Pour cette raison, les familles aisées font appel à une assistante de vie scolaire (AVS) qui accompagne l’enfant en classe pendant ses cours. Mais, parfois, grâce à une prise en charge régulière, certains trisomiques peuvent aller jusqu’en terminale et décrocher le baccalauréat, comme c’est le cas de Paul Larbi Mamere.

Portrait


Futur ambassadeur de la trisomie 21 dans le monde
 
Paul Larbi Mamere est un véritable exemple et source d’espoir d’une existence ordinaire pour toute personne affectée par un handicap. Paul est porteur de la trisomie 21, une anomalie génétique du chromosome 21 qui se traduit par une déficience intellectuelle et un retard dans le développement. Un handicap qu’il a su transformer en une motivation.

Résultat : il décroche son baccalauréat avec mention bien. Son intégration dans la vie professionnelle est un choix que Paul a longuement préparé au sein de sa famille, grâce au suivi et à l’accompagnement de son père, qui récolte les fruits de ses efforts. Sur la page Facebook de l’Ambassade de France au Maroc, les messages comme celui-ci se succèdent : « Toutes nos félicitations au jeune homme Paul et à son papa qui s’est investi corps et âme pour sa réussite ».

Une rencontre sous le signe de l’ambition

M’jid El Guerrab a tenu à se déplacer personnellement - et non en tant que député - à Rabat en invitant Paul et son père à déjeuner. “Le repas est éphémère, mais la rencontre est pour nous inoubliable. M. El Guerrab a tenu à féliciter Paul avec qui il a échangé, en toute simplicité, digne des grands pédagogues”, nous raconte le père de Paul, Nicolas Khalid Mamere.

Après lui avoir demandé s’il voulait devenir député, Paul a confié à M’jid El Guerrab vouloir devenir Président de la République ! Plus ambitieux, “la première action que je mènerai serait d’endiguer la pandémie du nouveau Coronavirus de toute la planète”, espère Paul. Un programme qui a mis les larmes aux yeux du député dans la neuvième circonscription des Français établis hors de France.

Le parcours exceptionnel de Paul pourrait, qui sait, être source d’inspiration, et a le mérite d’être salué et doit faire école pour les milliers de parents, de par le monde, de voir leurs enfants trisomiques intégrés et épanouis au sein de leurs communautés.
 
S. K.