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Interview avec Nisrine Ibn Abdeljalil : « Dans le préscolaire, le défi de la qualité reste posé »


Rédigé par Safaa KSAANI le Lundi 18 Avril 2022

Le démarrage du chantier de la généralisation de l’enseignement du préscolaire vient répondre à un besoin pour les familles qui, jusqu’à aujourd’hui, n’était abordé que par le privé. Retour sur ce chantier avec la FMPS.



- Le préscolaire au Maroc reste l’enfant pauvre de la matrice éducative publique. Dans quel état se trouve aujourd’hui l’enseignement préscolaire?

- On ne peut pas dire aujourd’hui que le préscolaire au Maroc est sous-estimé. En effet, le préscolaire est de plus en plus appuyé et mis en valeur depuis le démarrage en 2018 du programme national de généralisation et de développement du préscolaire sous les Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste.

Le préscolaire figure dans les priorités du Nouveau Modèle de Développement et de la réforme voulue par le ministère de l’Education Nationale, du Préscolaire et des Sports. D’ailleurs, pour appuyer cette volonté, trois conventions ont été signées récemment entre le ministère et la Fondation Marocaine pour la Promotion de l’Enseignement préScolaire (FMPS) avec pour objectif de renforcer l’offre préscolaire nationale en se basant sur l’expérience cumulée par la FMPS depuis sa création en 2008.

A travers ce partenariat, la FMPS va assurer la gestion d’une partie importante du préscolaire public et accompagnera le ministère pour améliorer la qualité du préscolaire géré par les autres acteurs, à travers la mise à contribution de plusieurs dispositifs : formation, supervision, labellisation et évaluation des acquis des enfants.


- Quelles stratégies doivent, à votre avis, être mises en place pour le bon démarrage de l’enseignement préscolaire ?

- Pour renforcer les efforts considérables de l’Etat et du ministère de l’Education Nationale, du Préscolaire et des Sports, quelques stratégies complémentaires pourront permettre l’accélération de la mise en oeuvre du programme de généralisation et de développement du préscolaire.

Premièrement, mettre en place un dispositif d’accompagnement au profit des gestionnaires de classes préscolaires pour que les éducatrices et éducateurs aient accès à une formation qualifiante et à un encadrement leur permettant de développer leurs pratiques pédagogiques. Il faudrait également permettre à ces éducatrices et éducateurs exerçant depuis plusieurs années de valoriser leur expérience à travers un système de valorisation des acquis de l’expérience (VAE).

Par ailleurs, assurer une offre préscolaire généralisée et de qualité doit être la préoccupation de tous les acteurs concernés, y compris les parents qui doivent être sensibilisés à l’importance du préscolaire et son rôle dans le développement et l’épanouissement de l’enfant. Le secteur privé et la société civile sont aussi des parties prenantes qui doivent être associées au programme de généralisation et contribuer à sa mise en oeuvre.

La contribution du secteur privé est importante pour accompagner les efforts de l’Etat et renforcer l’investissement dans la qualité Enfin, il semble nécessaire de renforcer la coordination entre les différentes parties prenantes, pour une vision claire et unifiée, nécessaire pour atteindre les objectifs escomptés du programme.


- Sur quels piliers repose une offre préscolaire de qualité ?

- Créer un environnement propice au développement et à l’épanouissement de l’enfant nécessite l’alignement de plusieurs moyens. Il est tout d’abord important d’avoir les infrastructures adéquates qui offrent la sécurité et constituent des espaces adéquats pour la mise en place des activités d’éveil et d’apprentissage. De plus, ces infrastructures doivent être équipées et dotées des outils et matériel pédagogiques adaptés favorisant la mobilité, l’autonomie et le jeu.

Les programmes pédagogiques doivent aussi répondre aux spécificités et aux rythmes des enfants d’âge préscolaire, avec des activités variées touchant le développement du langage, le développement psychomoteur, cognitif, social, artistique. La qualification de l’éducateur est également importante et est au centre de la qualité du préscolaire ; les éducateurs doivent bénéficier d’une bonne formation initiale qui couvre les domaines de connaissances du métier, mais qui intègre également un volet pratique de mise en situation et de production d’outils didactiques.

La formation initiale n’est pas suffisante et doit être renforcée par l’encadrement de proximité qui permet une amélioration continue des pratiques pédagogiques, ainsi que la formation continue pour le maintien des connaissances et compétences. Un dernier point concerne le suivi des acquis des enfants ; en effet, il est important d’évaluer de manière continue le développement des compétences des enfants afin de s’assurer de la qualité de l’éducation qui leur est dispensée et pouvoir apporter les mesures correctives nécessaires à temps.


- Il reste encore du chemin à parcourir pour réduire les disparités et assurer un enseignement préscolaire de qualité pour tous les enfants du Royaume ?

- L’offre préscolaire a connu une évolution très remarquable dans les dernières années, notamment dans le milieu rural avec le lancement en 2019 du programme de développement du préscolaire dans le milieu rural, dans le cadre de la troisième phase de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain.

L’offre préscolaire est ainsi passée de 48,5% en 2017 à 71,3% pour l’année scolaire 2021/2022, selon le bilan du ministère de l’Education Nationale, avec un recul significatif du préscolaire traditionnel au profit du préscolaire public. Cependant, il reste encore du chemin à faire, d’une part pour la généralisation afin de garantir l’accès à tous les enfants d’âge préscolaire, notamment dans le périurbain où les besoins sont importants et certaines zones rurales où les populations sont dispersées.

Par ailleurs, le défi de la qualité reste posé, l’offre n’étant pas homogène avec une disparité des programmes pédagogiques et du niveau de qualification des éducatrices et éducateurs – avec encore plus du tiers du secteur qui fait l’objet d’un préscolaire traditionnel.


- En concertation avec le ministère de l’Education, une étude financée par « UNICEF Maroc » recommande de mettre à jour le cadre curriculaire de l’enseignement préscolaire et de ne pas perdre de vue les spécificités des enfants en situation de handicap. Quelles conclusions en tirez-vous ?

- L’éducation est le droit de tous les enfants, quelles que soient leurs situations. Les enfants en situation de handicap ont le droit à une éducation de qualité qui répond à leurs spécificités et qui leur permet de développer leurs potentialités tout en respectant leurs limites et en répondant à leurs besoins. A ce titre, le ministère, dans le cadre du projet d’éducation inclusive, a développé récemment pour ces enfants un curriculum adapté, et la formation initiale des éducatrices et éducateurs préscolaires comprend également un volet sur l’éducation inclusive.
 
Il reste encore du chemin à faire pour la généralisation afin de garantir l’accès à tous les enfants d’âge préscolaire, notamment dans le périurbain.

- Pourquoi l’enseignement préscolaire peine-t-il à être inclusif ? Le cadre juridique est-il défaillant ?

- Il ne faut pas oublier que le programme de généralisation vient d’être lancé en 2018, et qu’il y avait le défi de structuration du secteur. Le chantier de l’éducation inclusive a été lancé en 2019 par le ministère et le programme pédagogique préscolaire adapté a été annoncé dernièrement par le ministère, ce qui constitue un grand pas.

Toutefois, l’inclusion des enfants en situation de handicap n’est pas une affaire facile ; c’est tout un dispositif à mettre en place nécessitant des ressources humaines et matérielles. Il reste des efforts à faire, notamment en matière d’accompagnement des parents, de financement et de forte mobilisation de tous les acteurs pour améliorer la prise en charge des enfants en situation de handicap.



Recueillis par Safaa KSAANI

Portrait


Ressources humaines et formation
 
DRH à la Fondation Marocaine pour la Promotion du préScolaire (FMPS) depuis 2008, Nisrine Ibn Abdeljalil est diplômée en finances et comptabilité de l’ISCAE et titulaire d’un Master en système de gestion de l’établissement américain, Nova Southeastern University. En plus de chapeauter en tant que DRH de la Fondation la gestion des pôles Administration RH et Développement RH, Ibn Abdeljalil est également en charge du pôle formation. Un pôle de première importance pour la Fondation au moment où elle s’apprête à accompagner le ministère de l’Education dans la généralisation du préscolaire.
 








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