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Interview avec Mounir Lahlou : Diabète et jeûne, une pratique pas nécessairement incompatible


Rédigé par Safaa KSAANI le Mardi 11 Mai 2021

Le jeûne chez la population diabétique est uniformément déconseillé par les professionnels de la santé. Pour pratiquer un jeûne sans risque, “mieux vaut s’informer en amont et suivre quelques règles”, estime le Dr Mounir Lahlou.



Interview avec Mounir Lahlou : Diabète et jeûne, une pratique pas nécessairement incompatible
Bien qu’il soit formellement déconseillé aux diabétiques de jeûner, certains patients s’obstinent quand même à pratiquer le jeûne. Quel commentaire en faites-vous ?

- Il est déconseillé à toute personne atteinte du diabète de type 1 ou 2 de pratiquer le jeûne. D’ailleurs, d’un point de vue religieux, toute personne malade chronique est autorisée à manger et à boire pendant le mois sacré. C’est en plus ce que recommande le Conseil Supérieur des Oulémas. Cependant, certains diabétiques, qui ne souffrent d’aucune complication liée au diabète, peuvent éventuellement jeûner. Elles doivent toutefois contrôler leur glycémie plusieurs fois par jour. Par principe, le diabète est lié au taux de glycémie dans le sang, qui est en rapport avec la nourriture consommée. Il est évident qu’une personne diabétique a besoin de manger après certaines heures, faute de quoi elle peut se retrouver avec un taux glycémique bas dans le sang, quitte à se retrouver dans un état d’hypoglycémie. Par conséquent, le diabétique peut se trouver mal, ou mourir. Il y a des personnes atteintes de diabète de type 1 ou 2 à qui le médecin traitant ne recommandait pas de jeûner, pourtant, elles tiennent à le pratiquer. Malheureusement, beaucoup d’entre elles se retrouvent ensuite avec des complications moyennement graves ou très graves.

- Quels conseils leur donnez-vous ?

- Tout diabétique souhaitant jeûner doit d’abord équilibrer les doses d’insuline et contrôler régulièrement sa glycémie. En cas de glycémie inférieure à 0,65g/l, le jeûne doit être immédiatement interrompu, puisque le patient se trouve dans un état d’hypoglycémie. La personne peut tenter de jeûner une autre fois, le lendemain par exemple. Cette fois-ci, elle doit adapter ses doses d’insuline en diminuant les doses pour que sa glycémie ne soit pas inférieure à 0,65g/l.

- Les diabétiques qui arrivent à jeûner toute la journée, ont tendance à rompre le jeûne avec un repas riche en glucides. Quels conseils leur donnez-vous ?

- Effectivement, beaucoup de diabétiques ont tendance à ne pas faire attention à la qualité de leur nourriture, et prônent la quantité, ce qui peut provoquer une hyperglycémie postprandiale, qui se caractérise par une stimulation de la sécrétion d’insuline qui va permettre d’orienter l’excès de substrats énergétiques vers le stockage. Il faut absolument faire attention à l’excès de calories en optant pour des proportions équilibrées en termes de glucides, lipides et protéines, et ce, du coucher du soleil au lever. Lors du Ftour, les sucres rapides qui augmentent rapidement la glycémie sont à consommer en premier, avant les glucides lents. Lors du Shour, le diabétique a besoin de stabiliser sa glycémie, en privilégiant les aliments riches en sucres lents.
 

Diabète: Une solution-miracle est toujours attendue

Malgré les avancées technologiques dans le domaine médical, une ultime solution pour que les diabétiques mènent une vie normale n’existe toujours pas.

“Une solution définitive à cette maladie est toujours souhaitée et attendue par les diabétiques et par leurs familles. Malheureusement, jusqu’à nos jours, la science n’est pas encore prête à guérir de cette maladie. On ne fait aujourd’hui qu’accompagner le diabétique en lui injectant l’insuline dont son corps a besoin”, regrette le Dr Mounir Lahlou, président de l’association “Je suis diabétique, je suis symbole du défi”.

Toutefois, des recherches médicales s’accélèrent dans ce cadre et qui pourraient ouvrir de nouveaux horizons. Parmi ces recherches figure celle menée dans le cadre du projet européen ENLIGHT, qui consiste à créer des modèles de pancréas fonctionnels dans un laps de trois ans afin d’expérimenter de nouveaux traitements contre le diabète. La technique permet de fabriquer des modèles personnalisés en fonction des cellules souches de chaque malade, et donc de leurs particularités. Ainsi, les patients n’auraient plus à tester toute une panoplie de médicaments aux effets secondaires parfois pénibles avant de trouver celui qui fonctionne.

En attendant que de tels projets voient le jour, le mot d’ordre reste d’avoir une alimentation équilibrée et une vie saine.