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[ Interview avec Mohamed Regragui ] “Nous nous engageons à intégrer les enseignants cadres et à réformer le statut des universitaires”


Rédigé par Hiba CHAKER le Mardi 31 Août 2021

Nul ne peut ignorer que l’école marocaine passe par une crise sans précédent. De l’empilement des réformes à la situation précaire des enseignants en passant par les grèves continues des enseignants, Mohamed Regragui nous expose les solutions envisagées par l’Istiqlal.



Mohamed Regragui, Doyen de la Faculté des Sciences de Rabat et Président de l’Alliance des Professeurs Istiqlaliens de l’Enseignement Supérieur, répond à nos questions à propos de la place consacrée à l’éducation dans le programme de l’Istiqlal.

 
- Le secteur de l’éducation nationale connait sa pire crise depuis l’indépendance.  Comment en est-on arrivé là ?
 
- Permettez-moi tout d’abord de rappeler l’intérêt porté par le Parti de l’Istiqlal à la formation des Marocains. Je rappelle que, pendant le protectorat, les leaders de notre parti avaient créé les écoles nationales pour assurer la formation des Marocains et défendre notre identité commune.

Je rappelle aussi le plan d’urgence pour la réforme de l’enseignement mis en place par le gouvernement dirigé par Abbas El Fassi pour la mise à niveau de notre système d’éducation et dont une enveloppe budgétaire importante (48 milliards de dirhams) lui fut dédiée. Pour ce qui est du système d’éducation nationale, on ne peut pas parler d’échec général mais plutôt de manque de réactivité de certains gouvernements aux changements et attentes de ce secteur.

En effet, la réforme de ce secteur doit être en veille constante sur les transformations rapides et profondes imposées par les réalités du 21ème siècle, qui est un siècle du savoir par excellence.

- Que propose l’Istiqlal comme alternative ?

- Avant de citer certaines propositions de l’Istiqlal dans ce domaine, je voudrais mettre en avant l’approche intégrée entre les différentes politiques publiques que nous avons adoptée lors de l’élaboration de notre programme, et ce, parce que nous avons jugé que les questions économiques, sociales, culturelles ou autres ne peuvent être traitées séparément. La réponse aux différents défis réside dans la cohérence de ces politiques.

Aussi, nous considérons que le développement de tout secteur passe obligatoirement par l’implication de ses ressources humaines dans l’effort de développement.


- Quels sont concrètement vos engagements pour remédier aux lacunes du secteur ?

- Nous nous engageons à intégrer les enseignants des Académies dans le statut fondamental du ministère de l’Education nationale et à réformer le statut des professeurs universitaires, et ce, afin de créer le climat adéquat à la réussite de la réforme attendue.

Egalement, et en plus de la mise à niveau de toute l’infrastructure et des équipements dédiés à l’enseignement, je cite la généralisation de l’enseignement préscolaire pour tous les enfants à partir de quatre ans ; toutes les études ont montré que la majorité des enfants ayant suivi cet enseignement réussissent leur cursus de formation.

Il y a également l’amélioration du classement de notre système éducatifen accédant, au moins, à la soixantième place international. A cela s’ajoute la promotion de la bonne gouvernance basée sur la transparence et la modernisation de la gestion du secteur.

Parmi les actions que nous proposons pour ceci, je cite la digitalisation du secteur. La promotion de nouvelles pédagogies qui encouragent la participation des apprenants dans leur formation et qui développe, chez eux, le sens de la réflexion et de l’innovation, figure également parmi les engagements de l’Istiqlal, sans oublier la révision des programmes de formation dans le but de développer, chez les apprenants, les compétences linguistiques, morales et cognitives.

La mise en place de formations en adéquation avec la révolution technologique du 21ème siècle, est également de mise. Il y a également l’élaboration d’un plan de formations initiales et continues répondant aux besoins régionaux et nationaux et finalement, l’assurance d’une formation tout le long de la vie pour les personnes désirant acquérir des compétences et la mise en place de conditions de réussite pour les personnes vulnérables.


- Les écoles privées prolifèrent. Qu’est-ce que cela reflète, notamment au regard du principe de l’égalité des chances ?

- A mon sens, les secteurs public et privé doivent être complémentaires et agir ensemble pour le développement de notre pays, avec l’obligation, pour le gouvernement, d’assurer à tous les citoyens l’accès aux services sociaux de base dont essentiellement l’éducation et la santé. De ce point, je juge que le gouvernement doit veiller à ce que l’enseignement, public ou privé, soit de qualité pour tous nos enfants.

En outre, pour soutenir les familles qui choisissent d’inscrire leurs enfants dans des établissements privés, nous nous engageons à déduire 500 dhs par mois des impôts des parents, et ce, pour soutenir la classe moyenne dont la majorité préfère ces établissements. Nous nous engageons aussi à réglementer les frais de scolarité dans les établissements privés.


- Quelle place donne l’Istiqlal aux pédagogies innovantes et au numérique ?

- Au Parti de l’Istiqlal, nous sommes conscients que le monde est en pleine mutation avec une vitesse rapide. On sait que plusieurs métiers vont disparaître ou subir de profonds changements dans les vingt prochaines années. Ceci implique la promotion d’une forte résilience chez nos citoyens et d’une forte aptitude à l’adaptation au changement.

L’éminent physicien Stephen Hawking avait un jour dit : « L’intelligence est la capacité à s’adapter au changement ». Dans ce sens, les pédagogies classiques basées sur l’apprentissage doivent être remplacées par les nouvelles pédagogies dites participatives. La méthode expositive, transmissive ou magistrale doit céder la place aux méthodes actives, interrogatives, démonstratives et autres qui permettent à nos jeunes d’acquérir les outils pour leur auto-formation perpétuelle.

Pour réussir dans cette voie, et aussi celle de la formation à distance, nous proposons, au Parti de l’Istiqlal, de renforcer les infrastructures nécessaires, et parmi elles l’accès à l’internet. Dans ce sens, nous nous engageons à diminuer au minimum les zones blanches non couvertes par l’internet et doter les jeunes d’une carte leur permettant, entre autres, une baisse de 50% du coût de l’accès à l’internet.


- Comment peut-on faire face à l’émigration massive des étudiants à l’étranger ?

- La mobilité de nos jeunes à l’étranger, leur permettant la découverte de nouvelles cultures et l’acquisition de nouvelles compétences, est une action bénéfique qu’on souhaite encourager.

Néanmoins, pour assurer une gestion intelligente de l’émigration et optimiser son flux, notre programme propose une politique générale intégrée assurant, à nos jeunes, des conditions de vie décentes et l’assurance d’une promotion sociale basée sur le mérite.

Le Parti de l’Istiqlal propose, en plus de la réduction du chômage chez les jeunes à moins de 20%, plusieurs actions comme le fait d’assurer, pour tous nos jeunes, l’égalité des chances pour accéder à une formation de qualité et à un emploi décent et accompagner les familles et les soutenir à travers les différents programmes visant la scolarité de leurs enfants. Il s’agit également d’assurer un soutien scolaire gratuit dans les écoles publiques et mettre en place des formations compatibles avec les besoins du monde rural tout en y garantissant le transport scolaire.

L’Istiqlal propose d’assurer des stages rémunérés dans les collectivités locales pour les jeunes et encourager le secteur privé à recevoir et à encadrer les stagiaires et augmenter le nombre de contrats ANAPEC et y intégrer les jeunes sans diplômes.

Nous proposons de mettre en place des contrats de service civil (rémunéré) dans le secteur public, dans les collectivités locales ou dans les associations de la société civile pour les jeunes qui le veulent. Il s’agit aussi de mettre en place une banque de projets locaux dédiés aux jeunes et réformer le système des équivalences des diplômes en y intégrant, entre autres, l’expérience professionnelle.

A cela s’ajoute l’amélioration du Programme Intelaka dédié à la promotion de l’entrepreneuriat des jeunes et encourager la création des start-ups et autres sociétés de jeunes en leur consacrant, à titre d’exemple, la priorité dans les appels d’offres publics.

Finalement, l’Istiqlal propose de prolonger l’octroi de la bourse d’étude des lauréats de six mois supplémentaires après l’obtention de leur diplôme et leur accorder une dotation pour le déplacement pour les soutenir dans la recherche du premier emploi.
 
Propos recueillis
par Hiba CHAKER

 



Istiqlal : Pour libérer les énergies de la jeunesse
 
Conformément au contenu du nouveau modèle de développement, le Parti de l’Istiqlal vise, lors de la prochaine législature, à travailler à la réhabilitation de la catégorie des jeunes en termes de formation et de perfectionnement des compétences, pour faire progresser cette composante vitale du pays. Les Istiqlaliens s’engagent également à développer l’économie nationale et à la rendre capable de créer les opportunités d’emplois nécessaires pour accueillir cette importante catégorie de la population active, en plus d’adopter des politiques publiques qui répondent aux spécificités des jeunes et leur permettent de renforcer leur participation dans le cycle économique, la vie sociale et l’action publique et politique de notre pays.

 

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[ Interview avec Mohamed Regragui ] “Nous nous engageons à intégrer les enseignants cadres et à réformer le statut des universitaires”


Enseignants contractuels

L’Istiqlal envisage l’intégration

 
Il va sans dire que le dossier des enseignants contractuels reste l’un des dossiers les plus épineux pour le prochain gouvernement. Alors que la rentrée scolaire approche à grands pas, les représentants des enseignants contractuels ont déjà annoncé l’inauguration de l’année avec des protestations sociales.

Pendant plus de deux années, face à la mauvaise gestion de ce dossier par le gouvernement et aux protestations continues des enseignants, les élèves marocains étaient les plus impactés, c’est pourquoi le Parti de l’Istiqlal, rejetant le système de recrutement contractuel dans le secteur de l’Education depuis 2012, annonce être lié sa ferme conviction quant à la nécessité d’investir dans ce secteur vital, qui est une priorité nationale et ne peut pas le laisser devenir un terrain d’expérimentation gouvernementale.

Ainsi, à plusieurs occasions, Nizar Baraka, Secrétaire Général du Parti, n’a cessé de crier haut et fort que l’intégration graduelle des enseignants contractuels dans le système de la Fonction publique représente la seule solution pour sauver les élèves du spectre de l’abandon scolaire et des pertes d’apprentissage. Le coût de cette intégration pour le budget de l’Etat serait le même que celui déboursé actuellement pour un enseignant contractuel, a-t-il expliqué lors d’un débat organisé par la Fondation Lafqih Titwani.

En outre, Baraka suggère d’aller dans le sens de la décentralisation, c’est-à-dire l’intégration dans la Fonction publique, mais via des concours régionaux. Après le recrutement, la porte de la mobilité et du mouvement national serait ainsi ouverte aux professeurs.