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Interview avec Mohamed Badine El Yattioui : « L’octroi du "Statut de Partenaire de Dialogue Sectoriel" prouve la crédibilité du Maroc »


Rédigé par Safaa KSAANI Mardi 12 Septembre 2023

Bien qu’ils soient géographiquement éloignés,de nombreux points communs lient le Maroc aux pays de l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est (ASEAN). Le point avec Mohamed Badine El Yattioui, Professeur d'Etudes Stratégiques au Collège de Défense (NDC) des Emirats Arabes Unis à Abou Dhabi.



- Les ministres des Affaires étrangères des pays de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN), qui regroupe aujourd'hui l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, Brunei, le Viêt Nam, la Birmanie, le Laos et le Cambodge, ont officialisé l’octroi au Royaume du Maroc du « Statut de Partenaire de Dialogue Sectoriel » de ce groupement. Quelle lecture en faites-vous ?

- Le fait que le Maroc soit accepté comme partenaire du dialogue sectoriel prouve sa crédibilité comme acteur de la globalisation reconnu à tous les niveaux quelle que soit la région du monde. C’est quelque chose de très positif. Cela prouve aussi que les pays de cette région, bien qu’éloignés géographiquement, comptent sur les atouts du Maroc pour s’en servir comme un hub et une porte d’entrée vers l’Afrique. C’est le caractère de hub, que le Maroc a voulu créer il y a plusieurs années, qui est désormais crédible aux quatre coins de la planète. C’est quelque chose de très positif.

- Le Maroc devient ainsi le premier pays d’Afrique du Nord à obtenir ce statut. A quel point cela lui permettra-t-il de consolider ses relations avec les pays asiatiques dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’enseignement supérieur, du commerce et du tourisme ?

- Sur les plans commercial et touristique, on voit que différentes initiatives ont commencé à poindre et méritent d’être approfondies. Il y a un bon début et le Maroc peut petit à petit se positionner sur un certain nombre de secteurs, comme l’agroalimentaire, importer un certain nombre de produits de nouvelles technologies et développer des partenariats industriels avec les différents pays de l’ASEAN.
Au niveau de l’éducation, il reste beaucoup à faire mais les challenges sont intéressants puisque ce sont des pays qui ont un certain niveau éducatif, notamment pour l’enseignement supérieur et la recherche et de très bonnes Universités. Cela ne peut qu’être positif pour les étudiants marocains de se tourner vers ces pays-là et pour les Universités marocaines et les laboratoires de recherche de développer des partenariats qui leur permettront d’aller de l’avant et de développer des projets de haute qualité avec des chercheurs pointus, notamment dans les domaines scientifiques.

- En matière d'investissement, quels sont les secteurs porteurs pour le Maroc dans ce contexte ?

- Du point de vue investissement, il y a un certain nombre de secteurs porteurs. Je pense au secteur automobile et au secteur financier, notamment avec Singapour. Un certain nombre d’investissements qui pourraient se faire au Maroc en ce qui concerne les nouvelles technologies. On sait que la Malaisie ou l’Indonésie et Singapour développent des projets assez innovants.
Cela pourrait permettre de créer des espaces de dialogue et d’échange, afin de traiter des investissements signés dans le secteur industriel marocain aussi bien que dans le secteur de la recherche. Et pourquoi pas travailler sur un certain nombre de projets en relation avec l’industrie, la recherche ou le commerce extérieur, comme l’a fait un certain nombre de pays asiatiques, dont le Japon. Le Maroc pourrait s’en inspirer et développer ce genre de projets avec ces pays à l’avenir.

- Quelles sont les opportunités d’affaires qui se présentent aux pays membres de l'ASEAN dans un Maroc qui ne cesse de confirmer son positionnement en tant power-house africaine ?

- Pour ces pays, avec le Maroc il peut y avoir des opportunités sur les secteurs de la chimie ou de l’électronique, ce qui pourrait lui permettre à la fois de recevoir des investissements et de servir de hub pour un certain nombre de pays africains avec lesquels il coopère déjà depuis un certain nombre d’années. Le Maroc pourrait servir comme catalyseur avec ces genres de produits chimiques ou électroniques qui viendraient d’Asie, et qui pourraient être produits via des investissements de ces pays et ensuite être exportés dans toute l’Afrique, passant d’abord par les pays de l’Afrique de l’Ouest, avec lesquels le Royaume a développé une stratégie de diplomatie économique depuis un certain nombre d’années, laquelle est très ambitieuse et qui fonctionne bien. Cela renforcerait le rôle, l’image, la place et l’influence du Maroc dans toute l’Afrique via cet accord avec l’ASEAN.

- L'ouverture du Maroc sur cet espace géopolitique pourrait-elle avoir une incidence directe sur le dossier du Sahara marocain ?

- Concernant le dossier du Sahara marocain, toutes les plateformes et tous les espaces de discussion et de coopération régionale sont bons à prendre pour le Maroc pour s’en servir afin de promouvoir ses idées et bien entendu la défense de son intégrité territoriale, sachant qu’en plus, un certain nombre de ces pays, dont l’Indonésie, étaient victimes de séparatisme. Ils seront amenés à comprendre assez facilement les enjeux qu’il y a derrière tout ça et les menaces à l’intégrité territoriale et à la sécurité nationale. On se souvient que le Président de la Chambre des Représentants, Rachid Talbi Alalmi, avait fait un discours devant le Parlement de l’ASEAN il y a quelque temps pour rappeler ces différents éléments. C’est quelque chose qu’il faut continuer à proclamer afin de défendre les intérêts du Maroc. La question du Sahara marocain est la cause nationale du Royaume, et la priorité de sa politique étrangère. Les relations du Maroc avec quelque pays que ce soit est désormais analysée sous le prisme du soutien à la marocanité du Sahara et du respect de l’intégrité territoriale du Royaume.

- Le Maroc avait adhéré au Traité d’Amitié et de Coopération (TAC) de l’ASEAN en septembre 2016. Depuis, quel bilan en tirez-vous ?

- Oui, c’est une première étape. Actuellement, on est dans une phase d’accélération qui prouve la crédibilité dont jouit le Maroc auprès d’un grand ensemble de pays. Cela prouve aussi qu’on est dans une nouvelle phase de la globalisation où le Maroc a pris une place beaucoup plus importante et l’a prouvé via son industrialisation, la modernisation de son économie et la capacité d’attirer de nouveaux investissements avec notamment la dernière charte qui lui est dédiée.
Maintenant, il faut passer d’un traité d’amitié et de coopération à l’étape de la consolidation et de la concrétisation des projets communs entre les pays de cette organisation et le Maroc. Le Royaume est conscient de l’importance du multilatéralisme dans les relations diplomatiques, mais aussi dans les relations économiques et commerciales. A une époque post-Covid où certaines grandes puissances cherchent à se rabattre sur une forme de protectionnisme, le Maroc promeut quelque part une vision toujours libre avec différents enjeux et différentes conséquences. Ça reste un crédo développé par le Maroc depuis trois décennies de promotion de volonté d’intégration à l’économie internationale via le libre-échange.








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