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Interview avec Miklós Erik Tromler : « Mon ambition est que SM le Roi Mohammed VI visite la Hongrie »


Rédigé par Anass MACHLOUKH le Mardi 15 Mars 2022

L’Ambassadeur hongrois, Miklós Erik Tromler, nous parle des relations entre Rabat et Budapest, qui ont affiché un rapprochement sans précédent. Rapprochement aux allures d’une alliance qui s’élargit à l’ensemble des pays de Visegrad. Coopération bilatérale, commerce, éducation, le représentant de Budapest livre tous les dessous des relations maroco-hongroises. Interview.



Ph.Nidal
Ph.Nidal
- Ces dernières années, le Maroc s’est remarquablement rapproché de la Hongrie et des pays de Visegrad. Comment se concrétise ce nouveau rapprochement?

- Je peux vous dire que les relations entre nos deux pays sont excellentes et c’est grâce aux efforts des deux côtés. En témoigne le rapprochement auquel on assiste entre les pays du groupe de Visegrad et le Maroc, lequel a été couronné par le Sommet qui a eu lieu à Budapest.

La Hongrie, je le rappelle, a toujours soutenu l’idée d’une telle initiative. Le format V4+Maroc se décline également au niveau des assemblées parlementaires, sachant qu’un Sommet s’est tenu les 3 et 4 mars en présence des présidents des parlements. L’objectif est de rapprocher les élus.

En somme, les relations bilatérales sont d’autant excellentes que la récente visite du ministre hongrois des Affaires étrangères au Maroc a été soldée par la signature de plusieurs accords de coopération. Ce qui a jeté les fondements d’une coopération solide et multidimensionnelle qui inclut le domaine judiciaire, l’économie, l’éducation, le sport sans oublier la concertation politique.

Permettez-moi de rappeler que Rabat et Budapest partagent la même vision politique et des valeurs communes comme le respect de la souveraineté nationale, la non-ingérence et le partenariat mutuellement bénéfique.


- Vous êtes ambassadeur au Maroc depuis plusieurs années, quels sont les principaux objectifs que vous vous êtes fixés ?

- Comme vous le savez, je suis sportif de carrière. Je vois les choses comme des défis. Personnellement, l’objectif suprême de ma mission au Maroc est de réussir à aboutir à des visites des Chefs d’Etat. J’aspire à ce que SM le Roi Mohammed VI effectue une visite officielle en Hongrie. Ça serait le couronnement magistral du travail de rapprochement entre les deux pays ces dernières années.

Pour réaliser cet idéal, il faut un travail de longue haleine. Jusqu’à présent, nous travaillons sur un échange de visites de chefs du gouvernement. Un accord de principe a été donné, ça je peux le confirmer.


- Compte tenu du rapprochement auquel on assiste, peut-on parler d’une nouvelle alliance entre le Maroc et la Hongrie ?

- Oui, j’approuve cette idée puisque les deux pays partagent les mêmes préoccupations, surtout en ce qui concerne les questions internationales. Nous apprécions le rôle que joue le Maroc pour la stabilité en Afrique et ses efforts dans la gestion des flux migratoires.

Compte tenu des défis de sécurité au Sahel, l’explosion de la migration clandestine, il nous faut un nouveau paradigme de partenariat entre les pays européens et africains, basé sur le respect de la souveraineté de chaque pays. Le partenariat entre le Maroc et la Hongrie va dans ce sens.


- On dit que les relations bilatérales se sont développées de façon fulgurante après l’arrivée du Premier ministre Viktor Orban. Partagez-vous ce constat ?

- Je dirai plutôt que la dynamique des relations est due à l’équipe de M. Orban et surtout au travail fait par les diplomaties des deux pays. Ce qui a revigoré les relations sur leur élargissement sur d’autres domaines que le business. Mais, en tout cas, nous avons la chance d’avoir deux dirigeants aussi visionnaires, qui ont sans doute contribué à faire de la relation entre Rabat et Budapest ce qu’elle est aujourd’hui.


- Avec seulement 2 milliards de dirhams d’échanges, le commerce entre les deux pays demeure trop faible, comment booster les échanges ?

- Je pense qu’il est utile de sortir de notre zone de confort. Mon travail consiste à créer des liens entre les communautés d’affaires. C’est pour cette raison que nous tâchons de faire venir des entreprises pour découvrir le marché marocain dans le cadre des b to b. Les deux pays sont préoccupés par la promotion de la coopération économique.

En témoigne la tenue de la Commission mixte à Budapest qui se tient tous les deux ans. La nouveauté est qu’il y aura un forum économique en parallèle avec un focus sur les secteurs de l’agriculture, l’automobile, l’industrie médicale, les nouvelles technologies et le câblage. L’objectif est de promouvoir le business en profitant de l’excellence des relations politiques.


- La Hongrie est devenue une nouvelle destination pour les étudiants marocains, est-ce qu’il y aura une augmentation des bourses estudiantines dans les années à venir ?

- Nous avons commencé la coopération universitaire en 2014. A l’époque, nous avons constaté que les candidats aux bourses d’excellence attribuées par le gouvernement hongrois sont devenus nombreux. Pour cette raison, le gouvernement a augmenté les bourses à 150 chaque année. Grâce à l’accord que nous avons eu l’année dernière, le quota a été revu à la hausse.

Dès septembre 2022, nous accorderons 165 bourses annuellement. Je rappelle que les étudiants bénéficient de la sécurité sociale et du logement. À nos yeux, ces étudiants sont les futurs relais de la coopération maroco-hongroise quand ils reviennent à leur pays. Nous parlons souvent avec les autorités marocaines sur la possibilité de leur intégration dans le marché du travail en faisant des partenariats avec les grandes entreprises marocaines pour leur donner des stages.


- Le Maroc est perçu comme une porte d’entrée des IDE vers le marché africain, la Hongrie compte-t-elle s’appuyer sur le Royaume comme plateforme pour investir en Afrique ?

- Il ne fait aucun doute que le Maroc est très enraciné économiquement en Afrique, sachant qu’il est le deuxième investisseur africain sur le continent et le premier en Afrique de l’Ouest. J’ai suivi avec attention les tournées royales qui ont eu lieu ces dernières années. Évidemment que nous pouvons nous appuyer sur la connaissance marocaine du marché africain et pourquoi pas mener des projets conjoints.


- L’Afrique et l’Europe s’apprêtent à renouveler leur partenariat suite au dernier sommet UA-UE, comment Budapest imagine ce nouveau partenariat ?

- Ce Sommet a été très important pour l’examen de la question sécuritaire au moment où la menace terroriste sévit au Sahel. Je rappelle que la Hongrie participe à l’opération Takuba avec 80 soldats aux côtés de nos partenaires européens et africains du G5 Sahel.

Ceci montre à quel point le défi migratoire est important. La coopération entre l’Europe et l’Afrique se focalise sur le développement des pays africains pour que les gens ne soient pas obligés d’émigrer. Le Maroc est l’un des pays les plus engagés dans la question migratoire et la lutte contre le terrorisme. Sur ce point, je rappelle que la Hongrie a participé financièrement à l’ouverture du Bureau des Nations Unies pour la lutte contre le terrorisme.



Recueillis par Anass MACHLOUKH


Une coopération renforcée par une série d’accords
 
La coopération entre Rabat et Budapest s’est raffermie après la visite du ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, au Maroc en juillet. Une visite couronnée par la signature de neuf accords de coopération dans les domaines de la douane, de la culture, du sport et de la recherche scientifique.

L’ambassadeur nous a donné plus d’informations sur un Mémorandum d’entente en matière de recherche scientifique et technologique, qui ambitionne de renforcer la coopération dans les domaines scientifiques et technologiques.

Selon notre interlocuteur, les deux pays ont signé un accord sur le soutien aux projets conjoints. Il consiste à financer des projets conjoints entre les universités, les organismes de recherche ou des projets d’investissements entre les entreprises du secteur privé. Une enveloppe de 2 millions d’euros a été mobilisée à cet effet, nous indique M. Tromler, qui explique que chaque pays a contribué à hauteur d’un million.