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Interview avec Mehdi Qotbi : « Par le musée national du football, nous allons donner à rêver »


Rédigé par Safaa KSAANI le Dimanche 10 Avril 2022

Une très belle nouvelle pour tous les fans de football. La Fondation Nationale des Musées (FNM) et la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) ont signé, lundi 28 mars à Rabat, une convention de partenariat pour la création et la gestion du Musée national du football.



- Racontez-nous la genèse de votre collaboration avec la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF). C’est la Fondation Nationale des Musées (FNM) ou la FRMF qui a fait le premier pas ?

- D’abord, je pense qu’à chaque fois qu’il y a la création d’un musée, d’un lieu de culture, c’est un bonheur. Comment peut-on dissocier le sport le plus populaire à travers la planète de la culture, de ce qui est visible ! Je tiens à souligner que l’idée de création du Musée national du football est celle du président de la Fédération Royale Marocaine de Football, l’idée de perpétuer la mémoire, car les musées sont là pour perpétuer et préserver une mémoire pour les générations futures.

La mémoire de ce football qui est beau à regarder. Le ballon rond est très populaire chez nous. Nous avons des vedettes internationales à l’instar de Ben M’Barek, dont Pelé disait qu’il est le meilleur footballeur de l’époque. C’est dire qu’on a une fierté et nous devons la communiquer. Le football est aussi une expression artistique.

Quand vous avez des footballeurs exceptionnels qui prennent une balle et qui dansent avec… On est donc dans cette optique, de raconter une histoire, perpétuer une mémoire, pour les générations futures. Je tiens à souligner que ce musée est situé dans un espace exceptionnel, de rêve, dans la forêt de Maâmora, car c’est le centre de foot Mohammed VI qui est très beau. Cela va même permettre à des familles de se déplacer pour à la fois passer un moment ensemble, et en même temps écouter et regarder l’Histoire de notre football.


- Comment comptez-vous gérer ce musée et quel contenu culturel vous proposez ?

- La Fédération a compris que la Fondation nationale des musées créée en 2011 par SM le Roi, a appris, avec le temps et le savoir acquis, à gérer des musées. Aujourd’hui, nous disposons de magnifiques musées, qui seront implantés dans tout le Maroc de façon à ce que chaque ville ait son musée.

Nous avons aujourd’hui un savoir-faire au niveau muséal, pour la gestion, l’organisation d’expositions, l’animation de l’espace. Un musée qui n’est pas animé et qui n’a pas une programmation, il est mort. Et nous, nos musées sont vivants. La partie que la Fondation connaît va le mettre au service de ce musée et de tous les Marocains et visiteurs.


- Quels messages souhaitez-vous véhiculer auprès des jeunes à travers ce projet ?

- A travers tous les musées, véhiculer que nous avons la responsabilité de donner le chemin de la lumière, du savoir, et de la préservation de notre Histoire à des générations futures pour qu’elles puissent connaître la richesse et la variété de notre culture et de notre Histoire, et en même temps savoir que notre Histoire se nourrit de plusieurs confluents, qu’ils soient arabes, musulmans, juifs, africains, romains, avec qui nous avons une Histoire exceptionnelle. Donc, tout cela fait du Maroc un pays exceptionnel. Il tient toute cette exceptionnalité qu’il a du métissage.

Par ce musée du football, nous allons donner à rêver à des enfants, peut-être venus de milieux modestes. D’ailleurs, la plupart des footballeurs viennent des milieux humbles et modestes. Donc, l’objectif est de donner de l’espoir à la jeunesse.


- Qu’en est-il de l’affluence, est-ce que les gens ont repris le chemin des musées ?

- D’abord, commençons par rendre hommage à SM le Roi qui a modernisé ce pays et l’a doté d’une structure pour les musées. Les villes sont devenues belles, les infrastructures sont modernisées. Le Maroc est cité en exemple dans tous les domaines. Un pays moderne développe sa culture et ses musées. Je peux vous dire qu’aujourd’hui, les Marocains sont reconnaissants à SM le Roi.

Cette reconnaissance se traduit par le nombre de musées créés et par le nombre de visiteurs qui ont connu le chemin des musées. A titre illustratif, à Safi, le musée de la céramique attire quotidiennement entre 200 et 300 visiteurs et des touristes qui ne faisaient jamais un arrêt à cette ville, le font actuellement. Comme pour Safi, Meknès, grâce au musée de la musique, sera dans des circuits touristiques. La culture participe au développement touristique, social et économique.

Tout cela, on le doit à Sa Majesté. Je tiens à rendre hommage à l’équipe de la Fondation nationale des musées, qui fait un travail exceptionnel pour être digne de la confiance que SM a mise en nous.


- Après ce musée, est-ce qu’on va continuer à thématiser les musées ?

- Nos projets sont clairs. J’étais il y a quelques jours à Fès où j’ai visité le futur musée de l’art de l’islam “Palais El Betha”, dont le coup d’envoi de sa rénovation a été donné par SM le Roi il y a 3 ans. J’étais ému de voir ce que les Marocains sont capables de faire en si peu de temps. Ils ont donné une nouvelle impulsion à ce musée.

D’abord, uniquement sans les objets, c’est très beau et merveilleusement bien rénové. D’ici fin de l’automne 2022, il sera ouvert. Il sera le plus beau musée de l’art de l’islam. Il y aura des objets que personne ne possède dans le monde, comme le plus vieux Minbar au monde. Nous aurons le musée de la parure aux Oudayas, le musée de Jamaâ El Fna à Marrakech. Nous sommes en train de préparer la préfiguration du musée d’Agadir. Nous avons un chantier énorme et nous sommes fiers de le faire.


- Sur le plan culturel, comment qualifiez-vous les relations entre la France et le Maroc et à quel point la culture peut-elle avoir une influence sur les relations entre les deux pays ?

- Nous sommes en train de préparer une très grande exposition de ce que j’appellerai “un patrimoine commun avec les Espagnols» qui ouvrira le 24 mai à Madrid dans l’un des plus grands musées d’archéologie au monde, en l’occurrence le musée archéologique national de Madrid. Un bâtiment magnifique qui présentera 300 oeuvres qui proviennent du Maroc et de l’Espagne.

Nous nous sommes mis d’accord pour mettre à la portée du public ce patrimoine commun à l’Europe et au Maroc. Une exposition dont le monde entier parlera. Par ailleurs, une relation politique a des hauts et des bas. La culture est et demeurera ce pont indestructible entre les peuples, les civilisations et les religions.



Recueillis par Safaa KSAANI

Portrait


Qotbi, de l’Histoire de l’art à l’art de diriger les musées
 
Fédération Nationale des Musées, Mehdi Qotbi, quelques dossiers ornent les couloirs qui mènent à sa porte. “Beaucoup de travail”, c’est en ces termes que l’artiste-peintre de renommée internationale décrit son quotidien.

Né en 1951 dans une modeste famille à Rabat, dont il est toujours fier, Mehdi Qotbi, toujours mis sur son 31, est d’une élégance fascinante.

On dirait qu’avant sa naissance, il a inspiré Honoré de Balzac, qui pense que “l’artiste est une exception. Son oisiveté est un travail, et son travail un repos ; il est élégant et négligé tour à tour ; il revêt, à son gré, la blouse du laboureur, et décide du frac porté par l’homme à la mode ; il ne subit pas de lois : il les impose. Qu’il s’occupe à ne rien faire, ou médite un chef-d’oeuvre, sans paraître occupé ; il est toujours l’expression d’une grande pensée et domine la société”.

La générosité marocaine, où il a grandi, ne l’a jamais quitté, bien qu’il ait quitté le Maroc, très jeune, en 1968, pour s’inscrire à l’école des Beaux-Arts de Toulouse où il reste jusqu’en 1972 et obtient son diplôme, après avoir intégré l’école des Beaux-Arts de sa ville natale pour 2 années, de 1967 à 1968. Il devient ensuite professeur d’arts plastiques, matière qu’il enseigne de 1978 jusqu’en 2006, au lycée-collège La Rochefoucauld à Paris. Dès lors, il ne cesse de mener de front son métier d’enseignant et sa peinture. Il expose sur tous les continents, en Europe, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique, en Inde. Plus qu’un artiste, c’est un diplomate et un ambassadeur qui défend son pays et son art.