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Interview avec Hamza El Amel : Sans société civile, la lutte contre l’analphabétisme n’aboutira jamais


Rédigé par Kawtar CHAAT le Mardi 12 Avril 2022

Essentielle à l’éducation et à l’emploi, la capacité de lire et d’écrire est l’une des rares compétences ayant le pouvoir de changer complètement la vie d’une personne. Hamza El Amel, chef du projet «Techniques innovantes dans l’alphabétisation» à la Fondation Orient Occident, nous trace les avancées du Maroc en matière d’alphabétisation et d’inclusion socio-économique des femmes et jeunes ruraux.



- Vous avez récemment lancé un projet de développement communautaire visant à accélérer l’alphabétisation et l’insertion socio-économique des jeunes et des femmes ruraux dans notre pays. Comment ce projet apporte-t-il un appui à la stratégie nationale d’alphabétisation ?

- Le projet «Techniques innovantes dans l’alphabétisation», financé par l’Union Européenne et reflétant la vision stratégique de la Fondation Orient Occident, vise à accompagner et renforcer des capacités des associations qui opèrent dans le milieu rural et dont les bénéficiaires sont en priorité des femmes et des jeunes. Nous assistons, en effet, les efforts de l’Agence nationale de lutte contre l’analphabétisme (ANLCA) afin de mettre en oeuvre ses programmes. Et ce, grâce au diagnostic du contexte marocain pour élaborer des recommandations et des solutions adaptées.

Nous avons également pour mission d’inclure les technologies de l’information et de la communication (TIC) dans les programmes d’alphabétisation afin de faciliter l’accès des bénéficiaires aux leçons d’alphabétisation à travers divers outils de la technologie d’informations et permettre une inclusion plus générale des personnes concernées.


- Le Maroc cherche à ramener le taux d’analphabétisme à moins de 10% à l’horizon 2026 pour s’aligner sur les objectifs fixés par la communauté internationale, en particulier les objectifs du développement durable (ODD). Où en est notre pays aujourd’hui ?

- Cet objectif est assez ambitieux et nous rencontrons plusieurs défis pour l’atteindre, notamment au niveau de la mise en place des dispositifs d’alphabétisation dans le monde rural, et du déploiement des programmes de post-alphabétisation. En effet, l’alphabétisation ne peut être réellement efficace que si elle s’insère dans des processus plus larges d’information et de formation continue. Cela suppose la mise en place d’activités de post-alphabétisation, dont la réalisation est complexe et les charges difficiles à rentabiliser.

En fait, l’alphabétisation ne peut être véritablement efficace que si elle s’inscrit dans des dispositifs plus larges de formation continue. Cela suppose la création d’activités de post-alphabétisation dont la mise en oeuvre encourage la productivité des bénéficiaires, en particulier en milieu rural qui dispose d’un fort potentiel économique. Donc, il faut toujours se demander que va faire l’individu une fois alphabétisé.


- Quel rôle joue aujourd’hui le secteur associatif dans la politique d’alphabétisation au Maroc ? Et comment adapter les programmes aux réalités locales ?

- La société civile contribue de façon considérable à la réalisation des objectifs de la politique publique en matière d’alphabétisation. Les acteurs associatifs permettent de personnaliser et adapter les stratégies nationales aux spécificités régionales. Ces associations recrutent souvent des formateurs de ces mêmes régions pour mieux connaître les bénéficiaires et le contexte local. Et c’est la raison pour laquelle, sans société civile, la lutte contre l’alphabétisme n’aboutira jamais.


- Concrètement, comment ce secteur contribue à opérationnaliser le dispositif d’apprentissage tout au long de la vie au Maroc ?

- L’alphabétisation est un passeport incontournable pour l’éducation tout au long de la vie dans tous les domaines. Mais le souci avec les personnes non-alphabétisées c’est qu’elles manquent des outils de base pour recevoir ces formations. Pour cette raison, l’ANLCA, en collaboration avec les départements concernés, a lancé des programmes au profit des pêcheurs, des artisans et des agriculteurs pour renforcer leurs connaissances dans leurs domaines, mais en passant par l’alphabétisation d’abord.


- Comment rendre effective l’insertion socio-économique des alphabétisés ?

- L’alphabétisation peut certes initier les individus aux expériences professionnelles mais ce n’est pas suffisant. Il faut en parallèle renforcer le tissu des coopératives et élaborer des programmes conjoints pour rendre efficace la démarche post-alphabétisation et contrer les effets de l’analphabétisme en stimulant la productivité des citoyens.


Recueillis par Kawtar CHAAT


Les femmes rurales, premières victimes de l’illettrisme
 
Le Maroc a réalisé des progrès globalement positifs pour les droits des femmes ces 20 dernières années. Cependant, malgré ces progrès considérables, des taux d’analphabétisme élevés persistent chez la population féminine.

Hamza El Amel nous a déclaré que les femmes, et particulièrement du monde rural, demeurent les premières victimes de l’illettrisme, faisant valoir que l’éducation ouvre la porte de l’autonomie sociale et financière à ces femmes, et leur permet de sortir de la situation d’exclusion et de dépendance, qui a des effets lourds aussi bien pour eux et leurs familles que pour l’économie du pays.

La disparité est encore frappante en matière de demande de prestations. Représentant plus de 80% du total des bénéficiaires des programmes d’alphabétisation en 2021, les femmes semblent plus motivées que les hommes.

Dans ce sens, il a noté que l’Agence nationale de lutte contre l’analphabétisme et la Fondation Orient Occident prévoient la création d’outils pédagogiques innovants visant à motiver les personnes concernées et à faciliter le processus d’alphabétisation tout en renforçant des compétences de base afin de permettre une meilleure inclusion socio-économique.
 

K. CH 








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