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Interview avec Brice Bexter El Glaoui : « Les acteurs n’ont jamais été autant ambassadeurs de leur culture que maintenant »


Rédigé par Safaa KSAANI le Dimanche 19 Juin 2022

Dans cet entretien, le nouveau visage du cinéma marocain à l’international explique comment on peut davantage internationaliser le cinema national, rend hommage au réalisateur Hicham Hajji qui a décelé en lui une graine de star, et révèle son avis sur le 7ème art marocain, qui est « en pleine expansion ».



- «Redemption Day» a été entièrement financé et produit au Maroc. Le réalisateur, Hicham Hajji, entend ainsi «mettre le Maroc sur un piédestal» et encourager les jeunes qui souhaitent percer dans le cinéma. Comment peut-on internationaliser notre cinéma ? La langue est-elle le seul rempart ?

- Pour s’internationaliser davantage, il est impératif de s’adapter aux normes internationales. Les plateformes internationales qui ont émergé depuis les 10 dernières années, à l’instar de Netflix, Amazone, Apple TV, ont progressivement permis une visibilité sans limites et sans frontières réellement à notre industrie cinématographique. Ces mêmes plateformes ont des standards qu’il faut respecter pour pouvoir se trouver dessus. Les réalisateurs producteurs internationaux essaient de faire approuver leurs films par ces interfaces.

Si on veut que son film s’exporte et se fasse voir, il y a certaines techniques à respecter, en termes d’images, de cadrage… Une certaine qualité est exigée par ces plateformes parce que c’est quand même leur image de marque qui sera associée au film choisi. Il est évident que Hicham Hajji répond à ces standards en mettant toutes les chances de son côté. Il a privilégié la langue anglaise qui permet de toucher un public plus large.

Il a également engagé des têtes d’affiches hollywoodiennes, ce qui permet d’attirer davantage de monde. Après, cela ne veut pas dire que le cinéma d’auteur ne traverse pas les frontières. Je pense qu’il les traverse mais avec beaucoup plus de difficultés.


- Des productions de film d’auteur trônent en quelque sorte sur celles commerciales. Cela explique-t-il en partie cette situation ?

- On peut faire un très beau film, sous-titré, mais il faut que l’histoire soit très unique, avec beaucoup de profondeur. C’est le cas dans de nombreux pays qui essaient de faire ça tous les ans. Et c’est un exercice très difficile. Je pense qu’il faut explorer ces deux différentes catégories et raconter nos récits.

C’est vrai que Hicham Hajji a voulu privilégier le côté commercial. On a de très grands cinéastes qui arrivent à exporter du très beau cinéma d’auteur à travers les frontières marocaines. Hicham Hajji a misé sur des acteurs marocains qui sont connus et affirmés, je pense notamment à Karim Saïdi, Sonia Okacha, Younes Benzakour,… Je trouve que c’est une belle façon de mélanger le côté business et producteur. Il devait faire en sorte que le film soit plus vendu et vu, s’internationaliser, tout en gardant le Maroc et les acteurs marocains au centre du récit.

Je pense qu’au Maroc il est plus facile pour nous de prendre une caméra et de se contenter de filmer la réalité. C’est bien mais je pense que nous avons tendance à trop nous concentrer sur le “cinéma miséreux”. On a tendance à trop se concentrer sur des problèmes sociétaux intenses. C’est vrai que le cinéma sert à ça, mais je pense qu’il faut aussi raconter des récits différents.


- Quelle est la part de responsabilité des acteurs dans le rayonnement du cinéma de leur pays ?

- Les acteurs n’ont jamais été autant ambassadeurs de leur culture et de leur pays que maintenant, surtout avec l’essor des réseaux sociaux. Grâce à ces derniers, nous sommes tous contactables et visibles en un clic et nos carrières sont beaucoup plus accessibles par l’international. Le monde est en train de changer. Nous sommes tous des citoyens du monde à multiples cultures. Je me fais particulièrement appeler pour représenter ce Marocain moderne de nouvelle génération. Il y a 20 ans, on pouvait plus facilement demander à un Américain de jouer le rôle d’un Arabe ou un Français rapidement avec son accent au lieu de prendre un Marocain qui parle darija, le français ou l’espagnol.

Ces diversités, qui étaient plus une faiblesse dans la fin des années 80-90 à Hollywood et mondialement, sont de nos jours devenues une force. On fait désormais appel à nous maintenant pour participer à ces projets internationaux. Je suis fier de porter cette image et j’adore tout le folklore de mon pays qui fascine des millions de touristes à l’année.


- Quelles leçons tirez-vous de votre expérience avec de célèbres acteurs américains, dont Andy Garcia et Gary Dourdan ?

- Les plus grandes leçons qu’ils m’ont transmises sont l’humilité extraordinaire qu’ils avaient. Ils m’ont aussi beaucoup appris sur le plan technique. Ils sont généreux de leurs temps et conseils. Andy Garcia est un papa de trois enfants, il avait une accessibilité et une gentillesse exceptionnelle. ces gens savent le rayonnement qu’ils ont.

Pour ma part, ils ont essayé de me faire sentir à l’aise que de me faire sentir petit. Chacun de ces acteurs a un passif / passé. Ils ont beaucoup travaillé avant d’arriver là où ils sont.


- Vous travaillez pour la troisième fois avec le réalisateur Hicham Hajji. Quel a été votre cachet cette fois-ci ?

- Effectivement, c’est le troisième film avec Hicham Hajji. Je ne peux pas vous dévoiler les cachets (rires) car ce sont des contrats privés entre nos agences et les productions. Avec Hicham, ce n’est pas une question de cachet. On a cette même envie de travailler ensemble, on s’entend, on a les mêmes valeurs et cette même vision pour le cinéma marocain et où on aimerait le voir s’élever.

A chaque fois qu’il a un film au Maroc, on se consulte et on voit s’il y a une façon d’intervenir dedans. Je lui dois beaucoup, dont l’essor de ma carrière. C’est toujours agréable de tourner avec lui.

De plus, on connaît l’équipe avec laquelle on travaille, plus on se connaît en un regard. Une équipe qui marche bien ne peut qu’encore mieux s’accorder. C’est ce que nous sommes en train de faire ensemble à chaque fois. D’ailleurs, nous avons “The moderator” qui sort le 29 juillet en salle et en plateformes internationales. Je pense que l’année prochaine, ou en 2024, “The lostprincess” devrait sortir aussi.


- Quel regard portez-vous sur le cinéma marocain ?

- Le cinéma marocain est en pleine expansion. Je suis très fier de voir que la tendance ou le projet que Hicham a tenté de créer ait un impact. Il y a actuellement une vague de jeunes réalisateurs qui essaient de faire la même chose pour pouvoir internationaliser leurs récits et prétendre aux plateformes qui permettent un franc succès. 90% des réalisateurs qui me contactent essayent de faire des films avec une ambition plus internationale, en voulant montrer qu’on vient d’un pays moderne, en pleine expansion et qui a plein d’opportunités.



Recueillis par Safaa KSAANI

Portrait


Etoile montante du cinéma marocain
 

Le descendant du célèbre pacha de Marrakech, Thami El Glaoui, prend l’ascendant sur son domaine de prédilection : le cinéma. Né à Lausanne, en Suisse, il y a 30 ans, Brice Bexter El Glaoui a commencé à faire du théâtre et de la chorale dès l’âge de 8-9 ans.

« Le théâtre et le chant m’ont permis de me centrer et d’extérioriser toutes ces émotions qu’un jeune adolescent vit au quotidien. J’ai toujours aimé la lecture. J’ai tout de suite été fasciné par le pouvoir des films du storytelling. L’acting me permet de vivre toutes ces vies, de les créer ou de les explorer. Je pense que l’accumulation de ces passions a développé mon amour pour le cinéma », raconte-t-il. Un rêve de petit garçon, oui ! Mais aussi une réussite.

« En première, à 17 ans, j’ai eu l’opportunité d’être la doublure Lumière de Mark Strong et de Leonardo Di Caprio, dans le film Body of Lies de Ridley Scott tourné en partie à Rabat. Ce fut ma première expérience de tournage et l’envie de devenir acteur ne m’a plus quitté depuis », se rappelle-t-il.

La transition se fait ensuite en douceur. L’acteur a d’ailleurs été nommé «Arab Star of Tomorrow 2020» par le magazine «Screen International».

Fier de ses origines et de ses racines, Brice Bexter El Glaoui ne ménage pas ses efforts pour l’illustrer. D’ailleurs, le hasard a voulu qu’il joue dans le film Atoman (l’homme du vent en amazigh) de Anouar Moatassim, qui est le premier concept de super-héros marocain avec un casting international.

Dans ce projet inspiré de la mythologie amazighe, l’acteur y joue le rôle d’un jeune berbère. « Tout le film tourne autour de notre Histoire berbère. Je suis assez fier de participer à ce projet étant donné que je suis d’origine berbère à travers mon grand-père qui est de Télouet. Ce projet va mettre en avant un peu plus notre culture amazighe », se félicite-t-il.

 








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