Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Actu Maroc

Interview avec Badr Ikken : «Les énergies renouvelables donneront plus de compétitivité aux entreprises marocaines»


Rédigé par Saâd JAFRI le Mercredi 29 Décembre 2021

Les avancées réalisées par le Royaume en matière d’énergies renouvelables sont indéniables, ouvrant plusieurs pistes d’investissements. Badr Ikken, DG de l'Institut de Recherche en Energie Solaire et Énergies Nouvelles (IRESEN), nous parle des potentialités de ce secteur fondamental pour le développement du pays.



Interview avec Badr Ikken : «Les énergies renouvelables donneront plus de compétitivité aux entreprises marocaines»
- Au cours de la dernière décennie, le Maroc s’est érigé en leader dans le domaine des énergies renouvelables. Quelle est la particularité du modèle marocain ?

- Grâce à la vision de Sa Majesté le Roi, que Dieu l’assiste, le Royaume du Maroc s’est engagé activement depuis plusieurs décennies dans la protection du climat et s’est doté de plusieurs instruments afin d’atteindre ses objectifs, à savoir des stratégies de transition énergétique, d’efficacité énergétique et de protection de la biodiversité. Le Maroc a d’ailleurs revu ses ambitions à la hausse et a présenté à la COP26 sa Contribution Déterminée Nationalement (CDN).

L’objectif inconditionnel est d’atténuer les Gaz à effet de serre (GES) de 18,3 % en 2030 et l’objectif conditionnel vise une atténuation de 45,5 % en 2030. Le Maroc jouit également de ressources énergétiques renouvelables considérables notamment, un potentiel technique solaire de plus de 49 000 TWH/an, un potentiel technique éolien de plus de 11 500 TWh/an et un potentiel d’énergie marocaine conséquent avec 3700 km de côte marine. Cela signifie qu’en exploitant seulement 5 % de ce potentiel, nous pourrons, sur le moyen terme, répondre à notre besoin énergétique, décarboner notre économie et valoriser une partie de ces ressources sous forme d’électricité ou hydrogène verts pour l’export.

La transition énergétique est aujourd’hui portée par les hautes instances des secteurs publics et privés. Elle est déclinée en feuilles de route avec des objectifs précis et des programmes d’action opérationnels à court, moyen et long terme intégrant des réformes législatives, réglementaires et institutionnelles ainsi que des mesures pour améliorer de façon continue le modèle énergétique marocain. Je souhaite saluer la vision de nos décideurs qui ont également intégré des financements conséquents pour accompagner la recherche appliquée et qui ont permis la mise en place d’infrastructures de recherche de pointe.

Aujourd’hui nous bénéficions d’un cadre institutionnel et législatif, des infrastructures de RDI et un tissu industriel qui n’attendent que la fédération et la coordination pour porter leurs fruits et accompagner l’émergence d’un Maroc Champion de l’utilisation des énergies propres mais également, un développeur technologique et un hub industriel régional. Nous devons encourager la préférence nationale et accompagner nos entreprises pour qu’elles puissent profiter pleinement des programmes nationaux, notamment le Plan Solaire, le programme éolien intégré, le programme d’exemplarité de l’Etat, afin d’encourager l’intégration industrielle locale et avoir accès à des références qui permettront à nos entreprises de se positionner aussi à l’étranger, notamment en Afrique.

Le Maroc est donc reconnu pour son leadership dans le domaine. Il est classé au 26ème rang de l’indice « Green Future » élaboré par le « MIT Technology Review », premier dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) et deuxième sur le continent Africain selon les progrès et l’engagement déployés sur la voie d’un avenir vert. Avec un taux d’émission de 1,9 tonne de CO2 par habitant, le Maroc est en avance sur la plupart des pays de la région MENA.

Le Maroc poursuit son élan et ambitionne également de développer un fort écosystème industriel autour des énergies renouvelables, notamment pour la fabrication des composants et des équipements des énergies renouvelables ainsi que de nouvelles filières telles que, l’hydrogène vert et ses applications (le Powerto- X) et la mobilité durable.


- Où se positionne le Maroc dans le domaine de la recherche et innovation dans les énergies renouvelables au niveau de la région MENA et l’Afrique ?

- Selon le « MIT Technology Review 2021», le Maroc se positionne, en terme d’innovation verte dans le 5ème rang mondial et il est à la tête du podium dans la région MENA et en Afrique. Ce classement prend en compte les efforts du pays pour promouvoir la recherche et le développement des technologies propres.

Concernant la recherche, le magazine scientifique “Nature” dans son classement au titre de l’année 2021, positionne le Maroc au quatrième rang des pays africains, en termes de publications scientifiques avec une part importante dans le domaine des énergies renouvelables. Nous avons d’excellents chercheurs au niveau de nos universités et centres de recherche, reconnus à l’international et nous pouvons également mobiliser les Marocains du Monde.

Des modèles intéressants ont vu le jour au Maroc et je citerais l’exemple de l’écosystème de recherche et d’innovation de Benguerir. L’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) avec l’implication d’autres structures dont l’Institut de Recherche en Energies Solaires et Energies Nouvelles (IRESEN) ont créé un site abritant tous les maillons de la chaîne de valeur de l’innovation.

Aujourd’hui, une centaine de projets dans le domaine des technologies propres sont en cours de développement et de valorisation. Ce modèle réussi devrait être dupliqué dans d’autres régions de notre pays. Nous disposons aujourd’hui du plus important réseau de recherche appliquée et d’innovation dans le domaine des technologies propres sur le continent, développé par l’IRESEN et l’UM6P, avec trois plateformes finalisées : le Green Energy Park (GEP) dédié aux technologies solaires, Le Green and Smart Building Park (GSBP), traitant des sujets de l’éco-construction, l’efficacité énergétique dans les bâtiments, les réseaux intelligents et la mobilité électrique ainsi que le Green Energy Park Maroc-Côte d’Ivoire (GEP-MCI) dédié aux applications énergétiques propres dans l’environnement climatique semi-tropical.

Deux autres plateformes sont en cours de lancement, le green H2A à Jorf Laasfar, dédié à l’hydrogène vert et ses applications ainsi qu’Agro-EnergeTIC à Fès, traitant des applications énergétiques propres dans le domaine agricole. L’environnement dans les domaines précités est clairement propice mais nous constatons que le transfert technologique et la valorisation industrielle restent limités. Il est primordial de capitaliser sur nos atouts, de soutenir l’incubation et de consolider l’écosystème des startups avec accès à des financements plus importants à travers une stratégie nationale de la valorisation de la recherche.
 
Le Maroc est classé au 26ème rang de l’indice « Green Future », premier dans la région MENA (Moyen- Orient et Afrique du Nord) et deuxième sur le continent africain.
Selon MIT Technology Review
 

- Quelles sont les opportunités qui s’offrent aux investisseurs en matière d’énergies propres au Maroc ?

- La baisse des coûts des énergies renouvelables notamment le solaire et l’éolien offrent aujourd’hui au Maroc une véritable opportunité pour la compétitivité énergétique de nos entreprises et pour la décarbonation de nos économies.

Pour rappel, le prix du kilowatt/heure est passé en 10 ans de 3,50 MAD à moins de 50 centimes. Le secteur de l’énergie est devenu, donc, un marché porteur et ouvre la voie vers un développement d’entreprises autour des projets renouvelables, les services, notamment le conseil, l’ingénierie, l’installation, l’exploitation et maintenance mais aussi la production et la fabrication des équipements.

Les investisseurs peuvent se positionner sur le développement de projets d’énergies propres, qui vont augmenter avec l’ouverture effective de la moyenne tension et ultérieurement de la basse tension mais aussi dans le cadre des installations « off-grids » (pompage solaire, production de l’énergie grâce à la biomasse dans le secteur agricole...). Ils devraient aussi investir dans des unités de production industrielle pour la fabrication de capteurs plans thermiques, de séchoirs et chaudières solaires, les climatiseurs solaires, les modules photovoltaïques, même si la compétitivité de ces derniers dépend de grands volumes de production (plus de 500MW/an), les structures et fixations métalliques, les trackers (suiveur de la course du soleil), et tout l’aspect relatif à l’électronique et au stockage, notamment les onduleurs, composants pour les réseaux intelligents, compteurs intelligents, l’assemblage des cellules de batteries et ultérieurement la production des cellules.


- Outre l’aspect climatique, quels sont les enjeux des énergies renouvelables pour l’économie nationale ?

- Le développement économique de ce secteur représente un enjeu considérable pour le pays. Les énergies renouvelables constituent une source de création d’emplois à travers de nouvelles filières à forte valeur ajoutée.

L'utilisation des énergies renouvelables permettra plus de compétitivité énergétique mais aussi d’attractivité à nos entreprises dans le cadre du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières sur les produits importés en Europe (CBAM). Cette taxe carbone qui vise à pénaliser les produits à forte empreinte carbone rentrera en vigueur le 1er janvier 2023.

Elle représentera aussi un atout supplémentaire pour attirer les bailleurs de fonds et les industriels à investir au Maroc pour profiter de notre gisement énergétique renouvelable. Le développement massif des énergies renouvelables nous permettra également de diminuer progressivement notre dépendance énergétique et il nous sera aussi possible, dans 10 à 15 ans de de devenir un grand exportateur d’énergies propres, à travers notamment l’hydrogène vert et ses dérivés (Power-to-X).


- On entend souvent que le Maroc est une porte d'entrée privilégiée de l'Afrique. Quelle est la valeur ajoutée du Royaume pour le Continent mère en matière de développement des énergies propres ?

- Plus de 500 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité alors qu’elle constitue un élément majeur de développement économique. Le Maroc a une expérience avérée dans l’élaboration de stratégies, de politiques publiques, de cadres règlementaires, de structuration de programmes et projets d’énergies propres et leur mise en oeuvre.

Le Maroc peut effectivement accompagner ses partenaires Africains à travers le renforcement des capacités, l›assistance technique, le transfert technologique et contribuer au développement et déploiement des projets d›énergies renouvelables centralisés et décentralisés, adaptés au contexte Africain.

Le Maroc est aujourd’hui le 2ème plus important investisseur Africain en Afrique et les acteurs Marocains du secteur pourront contribuer à l’émergence de programmes et projets d’énergies renouvelable en s’appuyant sur un réseau de transport et de logistique ainsi que plusieurs entreprises Marocaines présentes en Afrique, notamment banques, assurances, sociétés de télécoms et de BTP,..

Grâce à la vision royale éclairée d’un continent Africain fort de ses atouts, d’une expertise et expérience marocaines avérées et une coopération Sud-Sud, le Maroc pourra contribuer à l’émergence d’une Afrique durable, prospère et résiliente.



Recueillis par Saâd JAFRI