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Interview avec Arsène K. Fado : Intensifier la formation technique pour un développement technologique du continent


Rédigé par Wolondouka SIDIBE le Lundi 3 Janvier 2022

Repenser l’industrialisation de l’Afrique en termes de « futur » mais aussi en termes de « présent » en se focalisant sur les petites et moyennes industries, à travers le développement de « Fonds d’investissement spécialisés », telle la solution idoine pour une économie industrielle du continent. Explications avec Arsène K. Fado, Ingénieur des Procédés Industriels, ancien Manager de Projets Industriels du groupe marocain, MENARA HOLDING, et Cofondateur d’Excellence Consulting Benin.



Interview avec Arsène K. Fado : Intensifier la formation technique pour un développement technologique du continent
- L’industrialisation de l’Afrique est devenue une préoccupation majeure à l’heure où le Covid-19 lamine les économies et le continent est appelé à tirer profit de ses immenses ressources par la transformation sur place. Quelle lecture en faites-vous ?

- Le développement industriel, dans les pays africains, est la condition indispensable pour une croissance soutenue et inclusive. L’industrie accroît la productivité, améliore l’efficacité de la main-d’oeuvre, assure la protection sociale et crée les emplois. L’articulation entre l’industrialisation et les économies nationales, aiderait les pays africains à atteindre des taux de croissance élevés, à diversifier leurs économies et à réduire leur vulnérabilité aux chocs extérieurs. Cela contribuerait substantiellement à l’éradication de la pauvreté par la création d’emplois et de richesse. Les Etats africains en ont conscience et commencent à s’y mettre pour livrer des produits finis sur le marché national et international.

La semaine industrielle de l’Afrique, organisée au mois de novembre dernier, s’inscrit dans cette stratégie. Une semaine qui a connu d’ailleurs quelques légers coups d’éclat et initiatives), même si elle a très peu ou pas fait bouger les lignes malgré toutes les volontés affichées par les uns et les autres à travers le continent.

Il est temps de repenser l’industrialisation de l’Afrique non plus seulement en termes de « futur » mais en termes de « présent » en se focalisant sur les petites et moyennes industries à travers le développement de « Fonds d’investissement spécialisés » plutôt que les établissements bancaires, la création de pôle de production basé sur les avantages compétitifs locaux, nationaux voire régionaux et la coopération industrielle sud-sud insuffisamment exploité. C’est dans cette période spéciale que l’appel « l’Afrique doit nourrir l’Afrique » de Sa Majesté le Roi Mohammed VI revêt tout son intérêt et doit être une réalité.


- L’industrialisation de l’Afrique passe par la formation et le transfert de technologie. Quel est l’état des lieux?

- La réussite des nouvelles puissances industrielles asiatiques (Corée du sud, Hongkong, Singapour, Taiwan, etc.) remotive les projets industriels qui étaient encore en friche dans nos pays. L’espoir, qui trouvait sa justification dans les révolutions industrielles en Occident, s’est ainsi concrétisé. En d’autres termes, les technologies ne se réduisent pas aux seuls aspects techniques des produits et des procédés. Elles sont fondamentalement une vision stratégique claire et une prise en compte de l’essence de la société et de l’espace dans lesquels elles s’insèrent. En cela, les technologies constituent un procès socio-économique total.


- Autrement dit, que faut-il faire ?

- L’état technologique des Etats africains subsahariens nous autorise, en la matière, à tirer quelques leçons constructives pour l’avenir. Il faut le dire clairement, les transferts de technologies en Afrique ont été de pseudo-transferts qui ne laissent pas aux récepteurs de faire le choix des paquets technologiques proposés. Car, la globalisation contraignante de ces paquets ne permet pas aux récepteurs d’identifier les éléments pouvant servir à une éventuelle stratégie technologique.

Le véritable développement technologique des pays africains passera par l’intensification de la formation technique et professionnelle et l’appui sur les savoir-faire locaux ou traditionnels afin que les technologies proposées s’ancrent bien dans nos réalités sociologiques et soient durables. Nous perdrons du temps à importer des technologies toutes faites qu’il faut encore travailler à contextualiser.


- Dans ces conditions, quel type de coopération industrielle peut-on établir sur le continent ?

- J’apprécie énormément cette dernière question car elle est en fait la réponse à tous les maux de l’Afrique. Malheureusement, aucune institution africaine ni partenaire de l’Afrique n’en a fait une priorité. Soulignons que les produits africains ne sont pas produits en grande quantité par manque d’industries, dans tous les secteurs, alors qu’elle a une population jeune et de nombreux techniciens et managers à travers le monde.

De même, en matière de commerce, un des freins majeurs est le non-respect des normes étrangères par les produits africains. Plus 1,3 milliard de consommateurs en Afrique, et un produit intérieur brut (PIB) combiné de 3,4 billions de dollars, à travers la ZLECAF, l’Afrique est appelée à livrer des produits finis, donc la transformation sur place. Ce qui nécessitera une synergie d’ensemble pour soutenir le nouveau marché pour créer un tissu industriel performant et compétitif avec la ZLECAF, l’Afrique doit se recentrer sur elle pour travailler à l’intérieur de l’Afrique, produire en Afrique, vendre en Afrique et mutualiser les chaines de valeur industrielles entre pays africains.

L’objectif d’une telle politique est de se passer des barrières étrangères et développer, à la longue, des labels propres à l’Afrique à l’image des pays d’Asie et d’Amérique du Sud. La pandémie a montré que les africains ont un potentiel incommensurable. Il n’était pas rare d’entendre les prouesses industrielles de certains Etats soit pour la fabrication de masques, gel, appareils respiratoires, drones, etc. Je pense que les pays tels le Maroc, le Nigéria ou encore l’Afrique du Sud, etc., devront servir de locomotives pour tracter le reste de l’Afrique sur les rails du développement industriel du continent.

Après la coopération en matière de formation, dont je suis moi-même issu, il est temps que la coopération en matière de compétence, de support technique, d’externalisation des productions, de régionalisation industrielle en fonction des matières premières et atouts soient une réalité.

 

Propos recueillis
par Wolondouka SIDIBE


Parlons-en
 
Transition en Guinée Les initiatives telles : « HIGH 5 » de la BAD, les « Journées de l’Industrialisation de l’Afrique », ou encore les « retraites stratégiques » de la division de l’industrie de la Commission de l’Union Africaine tenue en février 2020 et 2021 sont porteuses aujourd’hui d’espoir. En outre, Covid-19 a aussi fourni une opportunité de prendre les mesures appropriées pour accélérer le programme d’industrialisation du continent en appuyant à la fois sur les échanges technologiques, scientifiques intra africains et sur le nouveau marché continental entré en vigueur le 1er janvier dernier.

Enfin rappelons que ARSENE FADO, béninois de nationalité, Ingénieur des Procédés Industriels de formation et aujourd’hui Spécialiste en Gestion industrielle et des processus d’industrialisation. Il a travaillé en qualité de Manager de Projets Industriels avec le groupe marocain, MENARA HOLDING, spécialisé dans les carrières, les matériaux de construction, etc… et qui ambitionne d’étendre ses activités en Afrique subsaharienne. Il est Cofondateur du Cabinent EXCELLENCE CONSULTING BENIN.
 

Billet


2022, pourvu que ça tourne
 
Chaque nouvelle année est l’occasion de nouveaux voeux, de nouvelles résolutions. Et pourtant, dans les faits, les années se suivent et se ressemblent comme l’ont été 2020 et 2021 avec leurs lots de mesures sanitaires, d’atonie économique. En Afrique, outre la pandémie, l’insécurité et les crises politiques ont émaillé les 365 jours qui viennent de se terminer.

Le Mali, toujours en proie à la lutte sans merci contre les attaques terroristes, dans un contexte de changement politique, reste sous la menace des sanctions de la CEDEAO. Il en est de même pour la Guinée voisine, un pays où le gouvernement s’attèle à la refondation de l‘Etat. Au Tchad, nous sommes dans la même logique.

Au Burkina, l’insécurité est grandissante, toujours avec les terroristes Idem pour les autres parties du continent, comme en Ethiopie. Et rien n’indique que 2022 connaitra un changement de la donne notamment en Libye, au Sahel, dans la Corne, en Afrique centrale ou encore dans la région des Grands lacs sans oublier le Mozambique.

C’est dans ce cadre, que dans les différents discours de la nation, en cette fin d’année 2021, les chefs d’Etat africains se sont essayés, comme à l’accoutumée, de prôner la paix, la défense du pouvoir d’achat de leurs concitoyens sans oublier les grandes annonces pour le bien-être de la population. Comme c’est le cas du président du Nigeria, Muhammadu Buhari, qui parle de création d’emplois.

Quant au président ivoirien, Alassane Ouattara, il annonce le lancement dès janvier 2022, du deuxième Programme social du gouvernement (PS Gouv 2) d’un montant 3182,4 milliards de francs CFA, sur la période 2022-2024. Pour Macky Sall du Sénégal, il compte moderniser davantage le secteur agricole et booster ses chaines de valeurs.

Seulement, avec Covid-19 et ses différents variants, l’Afrique aura peu de marges de manoeuvre pour réaliser ses objectifs en matière de développement. Car comme dirait l’autre, sans une synergie continentale dans la lutte contre la pauvreté, terreau de tous les vices, il est impossible d’envisager la paix, sans laquelle point de sécurité, donc de développement.

W. S.
 



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