Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Actu Maroc

Inégalités sociales : le grand défi des politiques pour le prochain quinquennat


Rédigé par Chaimae BARKI le Lundi 6 Septembre 2021

Les inégalités sociales se sont aggravées au Maroc durant la dernière décennie, réduisant en peau de chagrin la confiance des Marocains. Un état des lieux décrié par l’Istiqlal qui s’engage à combattre ce fléau.



Inégalités sociales : le grand défi des politiques pour le prochain quinquennat
Nul n’ignore que les inégalités sociales sapent les efforts pour éradiquer la pauvreté, rongent la cohésion sociale et s’avèrent une menace pour la santé des démocraties. La lutte contre ce fléau constitue alors l’un des principaux défis de notre temps, surtout en ces temps de crise. Loin d’être une fatalité, les inégalités peuvent être réduites par des mesures de politiques concrètes, chose que l’actuel gouvernement n’a pas su assurer durant son mandat législatif.

Au Maroc, des millions de personnes vivent dans l’extrême pauvreté alors que d’immenses richesses sont concentrées dans les mains de quelques minorités. Un constat appuyé par le dernier rapport Oxfam sur les inégalités dans le monde et qui affirme que le Maroc est le pays le plus inégalitaire du Nord de l’Afrique et parmi la moitié des pays les plus inégalitaires de la planète.

En 2018, trois milliardaires marocains détenaient à eux seuls 4,5 milliards de dollars, soit 44 milliards de dirhams. L’augmentation de leur fortune en un an représente autant que la consommation de 375.000 Marocains parmi les plus pauvres sur la même période. Il est possible que ces chiffres aient connu un changement avec la crise Covid, mais une chose est sûre, c’est qu’ils n’en ont pas changé en faveur des démunis.

Un constat soulevé également par le SG du parti de l’Istiqlal, qui déclare, depuis des mois, que les catégories sociales ayant le plus bénéficié des années de croissance « sont les plus aisées », pendant que les classes moyennes et les plus démunies ont vu leur situation se dégrader, « avec un ralentissement du rythme de progression de leurs revenus et une baisse très nette de leur pouvoir d’achat, dont la conséquence directe est la baisse de la consommation des ménages ».

La Direction des études et des prévisions financières (DEPF) a, dans ce sens, tiré la sonnette d’alarme sur l’amplification du phénomène, soulignant que trois causes majeures entretiennent les inégalités : « L’éducation, la santé et l’emploi sont les secteurs névralgiques sur lesquels une action vigoureuse devrait être déployée en vue d’infléchir la situation actuelle».

Les sources du mal !

Selon la DEPF, en dépit des efforts déployés par les pouvoirs publics au cours des dernières années, le système éducatif demeure marqué par de fortes inégalités. « L’indice de Gini pour le secteur de l’éducation, quoiqu’en baisse tendancielle depuis la décennie 1980 en lien avec la progression régulière du nombre d’années de scolarisation, demeure élevé, s’établissant à 0,55 en 2014 ».

Pour illustrer ces inégalités, le rapport de la Direction évoque les dépenses publiques destinées au cycle de l’enseignement secondaire et supérieur qui profitent davantage aux couches sociales aisées. En effet, 29% des personnes scolarisées dans ce cycle appartiennent aux 20% des ménages les plus aisés contre 10% pour les 20% les moins aisés.

Autre facteur handicap : l’accès aux soins de santé. En témoignent les chiffres avancés par l’Enquête Nationale sur la Population et la santé familiale. Le taux de mortalité infantile s’établit à 33,9 pour 1000 naissances vivantes pour les enfants issus des ménages pauvres contre seulement 18,7 pour 1000 naissances vivantes issues de ménages aisés.

Troisième facteur qui intervient en aval des deux premiers est l’accès à l’emploi. Les premières cibles de ces inégalités sont les femmes. Selon les chiffres du Haut-Commissariat au Plan, les femmes restent plus touchées par le chômage que les hommes, avec des taux de chômage respectifs de 15,6%, contre 11,1% au T2-2019 et de 11,3% (contre 7,2%). A noter que plus de 7 femmes en chômage sur 10 (76,9%) sont âgées de moins de 35 ans et plus de 8 sur 10 (82,6%) sont diplômées.

Par ailleurs, 2/3 des femmes au chômage (64,5% contre 45,2% pour les hommes) vivent cette situation depuis au moins une année et 54% sont des primo-demandeuses d’emploi (contre 33,6% pour les hommes). Hormis le genre, les inégalités sont fortement perceptibles par niveau d’instruction.

En effet, sans surprise, ce sont les lauréats de l’enseignement supérieur qui sont le plus au chômage, enregistrant la hausse la plus importante de 3 points avec un taux passant de 22,3% à 25,3%. Le taux de chômage des diplômés de niveau moyen a, de son côté, augmenté de 1,8 point pour atteindre 17,6%, selon les dernières révélations du rapport du HCP.

Comment réduire le Gap ?

Selon le leader de l’Istiqlal, les catégories sociales qui ont le plus bénéficié des années de croissance sont les plus aisées, alors que les classes moyennes et les plus démunies ont vu leur situation se dégrader, avec un ralentissement du rythme de progression de leurs revenus et une baisse très nette de leur pouvoir d’achat, dont la conséquence directe est la baisse de la consommation des ménages.

Dans le monde rural, les inégalités de revenus ont crû de 40% entre 2013 et 2019, donc avant la pandémie. Pour rendre justice aux classes moyennes et aux victimes du libéralisme effréné, les istiqlaliens veulent centrer leur politique économique sur cette catégorie et son pouvoir d’achat, qui devrait augmenter de 20% selon les promesses du Parti.

Si ce dernier dirige le prochain gouvernement, les ménages pourront bénéficier d’une baisse de l’IR sur les revenus, avec une exonération totale pour les salaires inférieurs à 4000 dirhams par mois. Ceci passe par une redéfinition de l’assiette fiscale, qui selon le programme de la Balance devrait aboutir à une baisse de 360 à 1080 dirhams en fonction du revenu des familles précaires.

Le parti s’engage également à plafonner les prix des hydrocarbures et des frais de scolarité dans les écoles privées, qui devront payer un prélèvement fiscal à hauteur de 500 Dhs mensuels. Le Parti de l’Istiqlal compte taxer davantage les bénéfices des crédits immobiliers en augmentant le taux d’imposition de 10% à 20%.

Somme toute, pour créer un Maroc égalitaire, l’Istiqlal s’engage à rompre avec l’économie de rente et l’économie de privilèges pour passer à une société de droits, où chacun, en fonction de son mérite, accède au niveau de richesse qui lui revient.

Chaimae BARKI

 

Repères

Jeunes : incitations financières pour chercher un emploi

Le parti s’engage à réduire à 20% le taux de chômage de la jeunesse, à la fois en milieu urbain et rural. En plus de la promotion des crédits garantis et de l’auto-entrepreneuriat, le parti de la Balance propose de soutenir l’employabilité des jeunes diplômés en prolongeant le versement des bourses universitaires pendant six mois après la fin des études. Le but est de les aider à rechercher un emploi correspondant à leur qualification.

Concernant les non-qualifiés, c’est-à-dire ceux dépourvus de formation, le programme compte les intégrer par le biais des contrats ANAPEC. Outre cela, les jeunes devraient bénéficier d’une réduction de 50% dans les transports publics, internet et les droits de timbres de la CIN et du passeport.
 
Protection sociale : redresser l’hôpital public

Doté d’une vision claire, l’Istiqlal ambitionne de traduire en réalité le plan de généralisation de la couverture sociale qui a été initié pendant cette législature, et ce, afin qu’il soit exécuté dans les cinq prochaines années. L’une des priorités du court terme pour le parti est la sortie du registre social unifié et la fusion de tous les programmes de soutien social tels que Tayssir et Ramed. Par ailleurs, un investissement supplémentaire est prévu dans les services d’urgence dans les zones rurales.

Parti de l’Istiqlal


Plaidoyer pour l’égalité des chances entre les citoyens
 
La pierre angulaire du programme Istiqlalien est « l’équité économique et sociale ».

En effet, l’enjeu principal du parti est de mettre le citoyen au centre de toutes les politiques publiques et décisions économiques. Avec 157 mesures concrètes et 8 chartes pour les catégories vulnérables, le parti vise 13 objectifs principaux pour booster la croissance et réduire les écarts sociaux et spatiaux à moins de 39% au lieu de 46,4%, selon l’indice de Gini.

« Nous avons un programme spécial pour les politiques sectorielles et la nouveauté apportée par le Parti de l’Istiqlal est qu’il a mis en place des chartes avec les différentes catégories de la société : la famille, les jeunes, les femmes, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, la classe moyenne, les habitants du monde rural et aussi les entreprises et les professionnels. On explique donc en détail ce que le parti compte apporter à ces catégories de la population », a précisé le leader de l’Istiqlal Nizar Baraka dans son allocution mercredi dernier au siège du parti à Rabat.

Soucieux de redonner de l’espoir à une grande frange de la population qui a sombré dans la pauvreté et la perte de toute perspective d’avenir après la crise du Covid-19, l’Istiqlal ambitionne de traduire en réalité et d’une manière optimale le Nouveau Modèle de Développement.

Comme l’a indiqué le Secrétaire Général du parti : « L’Istiqlal s’engage à concrétiser de manière optimale le Nouveau Modèle de Développement à travers la généralisation de la couverture sociale, la réduction des écarts sociaux et spatiaux, la consolidation de l’économie du savoir et bien évidemment une nouvelle réflexion sur les principes de la gouvernance dans notre pays ».

 

Répartition des richesses


Creusement des inégalités, l’autre panacée
 
Dans son rapport publié en janvier 2021, Oxfam met l’accent sur l’inégalité sociale flagrante dans le monde qui s’est encore aggravée après la crise aussi bien sanitaire qu’économique liée au Covid-19.

En fait, si le cercle vicieux de la pauvreté, surtout à l’ère du Covid, s’élargit jour après jour chez une partie assez importante de la population mondiale à laquelle il faut une dizaine d’années pour s’en sortir, les quelque 1000 personnes les plus fortunées du monde ont retrouvé leur niveau de richesse d’avant la pandémie en seulement 9 mois.

Pis encore : la période de la crise a paradoxalement constitué une opportunité pour s’enrichir davantage pour certains. Le même rapport indique que les dix hommes les plus riches du monde ont vu leur fortune totale augmenter de plus de 500 milliards de dollars depuis le début de la pandémie. Une somme qui serait amplement suffisante pour financer le vaccin contre la Covid-19 pour toute l’humanité et éviter pour chacun de sombrer dans la pauvreté à cause de la pandémie.
 

L'info...Graphie

Inégalités sociales : le grand défi des politiques pour le prochain quinquennat

3 questions à Amine Nejjar, Vice-président de l’AEI


« Nous comptons sortir 200.000 familles de la pauvreté et de la précarité»
 
Ex-directeur général adjoint du CIH, vice-président de l’AEI et président de sa commission dédiée au secteur de l’immobilier, Amine Nejjar répond à nos questions.


- L’appui à la classe moyenne et la réduction de la pauvreté font partie des priorités de l’Istiqlal pour ces prochaines élections. Comment cet appui va-t-il se concrétiser ?


- L’objectif du Parti de l’Istiqlal est clair : augmenter le pouvoir d’achat de la classe moyenne de plus de 20%. Pour ce faire, la priorité sera donnée à l’amélioration des revenus des ménages ruraux en augmentant la réduction annuelle de l’impôt sur le revenu pour les familles de 360 dirhams à 1080 dirhams par assujetti, en augmentant aussi le taux de déduction fiscale des intérêts perçus sur les prêts pour l’acquisition de l’habitation principale de 10 à 20%.

Notre programme tient également à sortir un million de familles de la pauvreté et de la précarité à travers un accompagnement annuel de 200.000 familles.


- Le Secrétaire Général a évoqué à maintes reprises le plafonnement des marges pour certains secteurs comme les hydrocarbures afin justement de ménager la classe moyenne, et aussi le secteur de l’éducation. A votre avis, comment ce voeu se traduira-t-il sur le terrain ?


- Cet objectif sera atteint en contenant les effets de la hausse des prix internationaux du carburant sur le pouvoir d’achat des citoyens, et ce, en plafonnant la marge (en dirhams) appliquée par les distributeurs.

Dans le secteur de l’éducation et notamment dans l’enseignement privé, il est prévu de réguler les hausses des frais de scolarité constatées annuellement afin de réduire la charge de ces frais dans le budget familial.


- Garantir l’équité entre les citoyens passe tout d’abord par la garantie de l’équité entre le monde urbain et le monde rural. Comment le Maroc pourra-t-il relever ce défi ?


-  En effet, le parti vise à réduire les inégalités sociales et spatiales en ramenant l’indice de Gini de 46.4% à 39%. Le parti vise aussi la mise en place d’une répartition équitable des marchés publics entre régions et la réhabilitation et le développement de 200 centres ruraux.
 
Recueillis par C. B.