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Industrie automobile : Les enjeux stratégiques du doublement de capacité


Rédigé par Abdallah MOUTAWAKIL le Jeudi 24 Novembre 2022

La récente annonce du doublement de la capacité de production de Stellantis au Maroc n’est qu’un premier pas dans la stratégie du gouvernement de multiplier par deux la taille de l’industrie automobile au Maroc. Explications.



C’est une nouvelle que le ministre du Commerce et de l’Industrie avait « teasé » à Tanger, le 26 octobre dernier, lors de la 7ème édition du Salon Automotive Meetings Tangier-Med (AMT). Ryad Mezzour avait annoncé qu’une bonne nouvelle était attendue, sans en donner davantage de détails.

Quelques jours plus tard, le 9 novembre, le patron de Stellantis, Carlos Tavares, venait rencontrer le Chef du gouvernement marocain pour acter la décision du constructeur automobile de doubler sa capacité de production dans le Royaume, en la portant à 450.000 unités, pour un investissement total de plus de 3 milliards de dirhams, avec, à la clé, 2.000 nouveaux emplois dans l’usine de Kénitra, qui emploie déjà plus de 3.000 personnes, avec un taux d’intégration locale de 69%.

Agilité

« Au Maroc, nous avons tous les ingrédients pour réussir le pari de la démocratisation de l’accès à l’automobile. Nous menons actuellement un travail pour identifier les sous-traitants potentiels et les technologies qui manquent. Le Monde change, mais le Maroc est agile », déclarait un haut responsable de Stellantis, lors de l’AMT. Du côté marocain, on estime que ce doublement de la capacité de production au Maroc du groupe automobile multinational (franco- italo-américain, ndlr), n’est que l’accomplissement d’un premier pas vers la multiplication par deux de l’ensemble de la taille de l’industrie automobile marocaine. Car, c’est bien là l’objectif et le cap suivi : porter à 200 milliards de dirhams la valeur de la production automobile du Maroc à l’horizon 2025.

Implantations

Par conséquent, suggère-t-on du côté des officiels nationaux, la bataille continue d’être menée pour, non seulement renforcer et élargir les capacités de l’industrie automobile nationale, mais aussi et surtout profiter de la conjoncture actuelle pour attirer de nouveaux constructeurs. Là est le cheval de bataille pour le département de l’Industrie.

D’ores et déjà, la crise en Ukraine a fortement favorisé l’industrie automobile locale, avec des délocalisations importantes actuellement en cours, avec des implantations et hausse de production de constructeurs à l’image du japonais Yazaki et du tchèque Skoda. « L’investissement annoncé par Stellantis au Maroc s’inscrit dans le cadre du partenariat industriel stratégique qui a démarré en 2015 entre Stellantis et le gouvernement marocain, visant à contribuer au développement de la filière automobile dans le pays. Dans ce cadre, l’usine de Stellantis à Kénitra a contribué à créer un écosystème complet et bénéficie d’un fort partenariat historique », déclare-t-on auprès du constructeur.

Cap sur l’électrique

Par ailleurs, pour ce qui est de la production de l’automobile électrique au Maroc, l’ambition du département de Ryad Mezzour est de la multiplier par 4, pour la porter de 40.000 actuellement à 160.000 unités au terme des trois prochaines années. D’ailleurs, en parlant de l’électrique, Stellantis va considérablement accélérer le tempo sur ce créneau, puisque le constructeur a prévu « une production annuelle de 50.000 objets de mobilité électrique (Citroën Ami et Opel Rocks-e).

L’usine de Stellantis à Kénitra connaîtra aussi le lancement de la plateforme « Smart Car » qui viendra soutenir davantage l’offre de produits de Stellantis, elle représentera 40% de l’offre de mobilité de la région d’Afrique et du Moyen- Orient d’ici 2030 », fait-on savoir auprès du constructeur. Enfin, la surface de l’usine sera aussi augmentée pour atteindre 160.000 m², poursuit la même source.

Un million de véhicules

Enfin, il faut noter que plus de 3.000 ingénieurs marocains ont été intégrés dans le secteur de l’automobile, ce qui contribue à faire du Maroc un pays qui figure dans le top 10 mondial en termes d’investissements en R&D dans le domaine de l’automobile. Tout ce savoir-faire booste le secteur et lui permet d’accélérer la cadence. Il crée aujourd’hui plus de 220.000 emplois et met le cap sur la production d’un million de véhicules par an, contre 700.000 actuellement.




Abdellah MOUTAWAKIL
 

Repères

Voiture 100% made in Maroc bientôt sur le marché
Dans les mois à venir, le marché national connaitra l’introduction de la première voiture 100% made in Morocco, nommée NEO, selon le ministre de l’Industrie et du commerce, Ryad Mezzour, cité par nos confrères «L’Economiste». La voiture a passé avec succès les tests statiques et dynamiques, décrochant sa certification non seulement au Maroc mais également à l’étranger. Le véhicule sera commercialisé à environ 170.000 dirhams.
 
Le Royaume diversifie ses partenaires
L’industrie automobile nationale tente au maximum de diversifier ses interlocuteurs et partenaires à l’étranger. Après les constructeurs français, japonais, allemand ou encore tchèque, c’est au tour des Italiens de faire leur entrée. L’AMICA a récemment signé des conventions avec son homologue italienne. « Il y a des métiers de pointe que nous avons besoin de développer au Maroc et qui sont présents en Italie. Nous avons besoin d’un savoir-faire pour réaliser des transferts de compétences et promouvoir des investissements dans nos plateformes marocaines », détaille le président de l’AMICA, Hakim Abdelmoumen.

L’info...Graphie

Industrie automobile : Les enjeux stratégiques du doublement de capacité

Automobile


Miser sur les batteries électriques
 
Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, promet que dans la construction de batteries pour la voiture électrique, « une bonne nouvelle est attendue pour bientôt ». Sans donner plus de précisions, Ryad Mezzour a indiqué que le Maroc n’entend pas rester les bras croisés dans la course mondiale pour la production de batteries nécessaires à l’émergence du marché de l’électrique. « La demande s’oriente vers la production de véhicules électriques. Le Maroc n’a pas d’autre choix que d’être un producteur de batteries. Nous y travaillons ».

Du côté de l’Association Marocaine pour l’Industrie et la Construction Automobile (AMICA), on affirme que « l’industrie locale est déjà dans les nouveaux métiers de l’électronique dans l’automobile ». C’est le cas par exemple dans les systèmes d’automatisation du câblage, processus de fabrication dans lequel le Maroc est bien positionné. « Nous avons de belles success-stories d’entreprises marocaines qui ont réussi dans les activités de pointe. Donc, tous les ingrédients sont là pour aller de l’avant », indique le président de l’AMICA, Hakim Abdelmoumen.

 

Stellantis


Faire du Maroc un moteur de croissance
 
Dans le cadre du plan stratégique Stellantis pour l’Afrique et le Moyen-Orient «Dare Forward», l’ambition du constructeur mondial est de devenir n°1 en parts de marché d’ici 2030, tout en menant la transition énergétique soutenue par une solide stratégie régionale industrielle et d’approvisionnement. « Avec l’ambition audacieuse d’être leader du marché et de produire plus d’1 million de voitures dans la région, Stellantis vise à créer un troisième moteur, aux côtés de l’Amérique du Nord et de l’Europe », fait-on savoir auprès du groupe.

En 2015, Stellantis a signé un accord industriel avec le gouvernement marocain pour contribuer au développement du secteur automobile dans le Royaume, suivi de trois avenants. L’usine de Stellantis à Kénitra a constamment dépassé les engagements de cet accord industriel stratégique. En 2021, le site avait doublé sa capacité de production et le nombre de ses salariés, s’est transformé en site industriel de Stellantis et avait lancé la production de deux objets de mobilité électrique en plus de la « Peugeot 208 », à savoir « Citroën AMI » et « Opel Rocks-e ».

L’usine de Kénitra est devenue un site industriel Stellantis leader avec un haut niveau d’efficacité opérationnelle et de qualité et le « Best in class » en termes de consommation d’énergie. « Le site est appelé à jouer un rôle-clé dans l’atteinte des objectifs Dare Forward 2030 », dit-on chez le constructeur.

 

3 questions à Youssef Hedda

Industrie automobile : Les enjeux stratégiques du doublement de capacité

« D’autres arrivées de grands constructeurs sont attendues »
 
Selon Youssef Hedda, 2ème vice-président de l’AMICA, le doublement de la capacité de production de Stellantis au Maroc va permettre à l’industrie locale d’atteindre une taille critique, et ainsi attirer de nouvelles technologies et, par conséquent, améliorer le taux d’intégration locale.


- Comment jugez-vous l’annonce de doublement des capacités de production de Stellantis au Maroc?


- C’est un investissement intéressant et très important pour le secteur automobile au Maroc. Cela, dans la mesure où il va nous permettre d’atteindre la barre fatidique du million de véhicules produits au Maroc par an. Cela veut dire que c’est un doublement de taille en termes de capacités pour l’industrie nationale. Cet investissement va permettre de faire venir au Maroc d’autres commodités, notamment dans l’industrie de la fonderie, du pneumatique, etc. Nous allons donc pouvoir consolider notre industrie automobile et atteindre une taille critique. Et ce qu’il faut aussi comprendre, c’est que cela ne va pas uniquement profiter à Stellantis, mais à l’ensemble du secteur.


- Comment cela va-t-il profiter au secteur dans son ensemble ?

- Au-delà de ce que je viens de citer, j’ajouterai l’amélioration attendue en termes de taux d’intégration. Aujourd’hui, nous avons dépassé largement les 60% de taux d’intégration locale. Et cela constitue un gage de confiance pour les autres constructeurs également.


- En dehors de Stellantis, est-ce que d’autres grands acteurs sont attendus ?

- D’autres arrivées sont attendues. De grands autres acteurs de l’automobile mondiale prospectent au Maroc. Avec ce genre d’annonces, comme celles de Stellantis, et tout ce que cela peut servir comme levier pour l’industrie automobile nationale, c’est, in ne, le coût de revient du véhicule qui sera en baisse. Une fois ce cap atteint, les bénéfices seront nombreux, notamment en termes d’accès et de facilitation pour l’approvisionnement local. C’est donc une très bonne nouvelle pour la compétitivité nationale.


Recueillis par A. M.


 








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