Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Monde

Industrie : Les voies d’une dynamique nouvelle pour l’Afrique

Relance industrielle post-Covid-19


Rédigé par Wolondouka SIDIBE le Lundi 22 Février 2021

L’industrialisation de l’Afrique a le potentiel de créer les emplois nécessaires à une réduction très significative de la pauvreté, de générer des revenus à l’exportation précieux pour les économies continentales et diversifier ses économies en ajoutant de la valeur à ses produits de base pour soutenir la croissance.



Industrie : Les voies d’une dynamique nouvelle pour l’Afrique
Faut-il faire de Covid-19 un nouveau départ dans l’industrialisation de l’Afrique ? La question est d’actualité criarde quand on prend les effets ravageurs que cette pandémie a causés au tissu industriel. Le continent est appelé plus que jamais à faire sa « révolution » industrielle pour que ce secteur ne soit plus que des extractions mais de la transformation sur place afin de livrer sur le marché interne et international des produits finis. Ce qui pourra permettre aux Etats du continent d’arriver à l’autosuffisance alimentaire, créer de l’emploi et dynamiser leur économie à travers l’agriculture et les minerais.

Faut-il rappeler, à ce sujet, que la transformation des ressources dont la nature a doté le continent pour répondre à ses besoins les plus essentiels, sur la longue durée, a toujours été au cœur des progrès économiques et sociaux sur la longue durée. Mais véritablement, dans le concret, l’Afrique n’a pas en place une politique industrielle pouvant lui permettre de s’imposer sur l’échiquier international des matières premières.  

Le think thank de l’Afrique de l’Ouest, Wathi, souligne, à ce sujet, que les puissances économiques, industrielles et technologiques du monde aujourd’hui restent aussi les premières puissances agricoles et qu’elles défendent farouchement les intérêts de leurs producteurs de biens alimentaires, y compris par des subventions massives leur permettant d’exporter partout dans le monde, et notamment en Afrique.

Transformation des produits

Or la dynamique démographique, pendant plusieurs décennies encore, sera, on le sait, du côté de l’Afrique. Un enjeu majeur évident est celui de la capacité de production par les populations africaines elles-mêmes de ce qu’elles vont manger. D’où l’utilité de la transformation des produits bruts en produits finis. Le bras de fer engagé récemment entre le duo Côte d’Ivoire-Ghana du cacao et les lobbys de cette fève en est la parfaite illustration.

Si leur union a payé contre les consortiums internationaux de cacao , il n’en demeure pas moins que ces deux pays, tant qu’ils ne livrent pas de tablettes de chocolat sur le marché, ils seront toujours perdants et les producteurs avec. Juste un chiffre : selon les statistiques de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), 15 milliards de dollars de TVA reviennent aux pays consommateurs tandis les producteurs ne glanent que 6 milliards de dollars, avec un chiffre d’affaires de 100 milliards de dollars dans l’industrie du cacao. Une donne qu’il convient d’inverser au niveau des pays producteurs.

Pourtant, il y a plus de trois décennies, des usines produisaient des pains de savon, de l’huile alimentaire, des jus de fruits locaux, des tissus, des vêtements et beaucoup d’autres produits de consommation courante. Aujourd’hui, une écrasante majorité des biens de consommation courante sont produits en Chine, en Inde, en Thaïlande, au Bangladesh, au Vietnam ou en Turquie… et d’autres catégories de produits de l’Union européenne, des États-Unis...Comme si en Afrique, on ne pouvait pas faire autant.

Croissance inclusive

Partant du même niveau en 1990, le taux de pauvreté en Asie du Sud et du Sud-Est est aujourd’hui descendu sous la barre des 20%. La poursuite de cette transition économique et sociale dépend de la capacité des pays africains à soutenir la croissance, à en distribuer les fruits équitablement et à créer des emplois pour une force de travail qui sera supérieure à celle de la Chine ou de l’Inde en 2035. Pour ce faire, il faudra renverser les incitations pour encourager l’activité industrielle. Idem pour l’agro-industrie.

Autrement dit, un secteur industriel dynamique est un moteur déterminant de croissance inclusive et de développement durable. Le développement industriel est l’une des composantes centrales de la croissance et de la transformation économique. Il a le potentiel de créer les emplois nécessaires à une réduction vraiment significative de la pauvreté et de générer des revenus à l’exportation précieux pour les économies africaines. Pour soutenir la croissance, l’Afrique doit diversifier ses économies en ajoutant de la valeur à ses produits de base.

A ce sujet, la BAD a lancé une Stratégie d’industrialisation pour l’Afrique 2016–2025 afin de l’aider à respecter le programme d’industrialisation défini dans le Plan d’action pour le développement industriel accéléré de l’Union africaine et réaffirmé dans l’Agenda 2063. Cette stratégie définit une feuille de route pour la transformation structurelle des économies africaines, transformation nécessaire pour réaliser une croissance inclusive et verte conformément aux objectifs de notre Stratégie décennale (2013–2022).

Et grâce à son dividende démographique dû à l’importance de sa jeunesse, l’Afrique possède un énorme réservoir de main-d’œuvre qui, dotée des compétences appropriées, pourrait générer un marché dynamique dans l’industrie et la transformation.

Wolondouka SIDIBE
Accélérer l’industrialisation
Des décennies après les indépendances, l’Afrique est encore à la traîne sur le plan industriel malgré les importantes matières premières dont elle dispose. Le débat sur la problématique de l’industrialisation de l’Afrique en général et de l’Afrique subsaharienne en particulier est très réservé des institutions régionales et internationales (UEMOA, BOAD, BAD, ONUDI, UE, etc…), à juste titre, sans doute au regard du rôle prééminent que jouent l’environnement des affaires et l’investissement initial dans les processus d’implantation des industries. Après deux décennies marquées par d’intenses initiatives dites « révolutions industrielles » (IDDA I 1980-1990 / IDDA II 1993-2002), l’Afrique a affiché dès les années 2000, d’impressionnants taux de croissance économique masquant malheureusement une faible transformation structurelle de son économie, qui reposent en grande partie sur l’essor des matières premières et l’aide au développement. Cette situation de faible industrialisation de l’Afrique rend le continent vulnérable face aux moindres chocs, rend volatiles les croissances économiques à travers le continent, maintient les populations dans la pauvreté et ne permet pas au continent de s’affirmer dans aucune instance de décision dans le monde.