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Indice de Développement Humain (IDH) : Le Maroc n’arrive toujours pas à sortir de sa 121ème place


Rédigé par A. CHANNAJE le Mardi 22 Décembre 2020

Une fois de plus, le Maroc est mal classé à l’échelle internationale sur son indice de développement
humain, malgré plus de vingt ans de réformes, d’investissements et de plans de développement. Encore faut-il faire preuve de prudence pour interpréter les chiffres.



Indice de Développement Humain (IDH) : Le Maroc n’arrive toujours pas à sortir de sa 121ème place
Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a dévoilé récemment son Indice de Développement Humain 2020 (IDH). Encore une fois, le Maroc n’a pas bougé du 121ème rang sur 189 pays. Avec un score de 0,686, le Royaume est considéré, selon les critères de l’ONU, comme un pays ayant un niveau « développement humain moyen ».

Dans son évaluation, le rapport se base sur des indicateurs plus centrés sur le progrès humain, contrairement à d’autres classements à vocation purement économique. Il prend également en compte un certain nombre de sous-indicateurs, tels que le revenu moyen, l’éducation et les mesures de santé, ainsi que le revenu national brut par habitant pour les hommes et les femmes, ainsi que le taux de participation à la vie active.

Le Maroc coincé dans la posture de sous-développement  
Comme d’habitude, le classement de cette année a maintenu le Maroc à la 121ème place, comme ce fut le cas dans les années précédentes. En détail, le rapport de 412 pages indique que le revenu national brut par habitant s’élève à 7.368 dollars par an (65.428 DH, selon le taux de change actuel). Il est de 2.975 dollars par an pour les femmes contre 11.831 dollars pour les hommes.

S’agissant des indicateurs sociaux, le Royaume se classe 111ème au niveau de l’indice d’inégalité entre les sexes, avec un score de 0,454, qui montre, en outre, que le taux moyen de mortalité néonatale au Maroc est de 60 décès pour 100.000 naissances.

Il en ressort aussi que le taux d’activité des hommes est de 70,1%, largement supérieur à celui des femmes (21,5%). Les données du PNUD montrent, à ce sujet, que ce sont les femmes qui sont les plus touchées par le chômage que les hommes. Parmi les jeunes, le ratio des femmes au chômage est de 1,04 par rapport aux hommes. De plus, les femmes consacrent 20,8% de leur journée au travail domestique non rémunéré. De même, le PNUD indique que les femmes exerçant des tâches domestiques non rémunérées sont 7 fois plus nombreuses que les hommes.

Le rapport révèle que l’espérance de vie au Maroc se situe à 76,7 ans, sachant que les femmes vivent plus longtemps que les hommes (77,9 contre 75,4 ans les hommes). Quant au nombre d’années de scolarisation, il est estimé à 13,3 années pour les jeunes filles et à 14,1 pour les garçons. Par ailleurs, seulement 29,1% des hommes âgés de plus de 25 ans ont au moins complété leurs études secondaires, contre 36% pour les femmes. 

Le rapport note également que la proportion des accouchements médicalement assistés s’est établie à 86,6% durant la période allant de 2014 à 2019.

Un classement pas totalement représentatif de la réalité
Comme chaque année, le PNUD sort avec un classement pour le moins accablant pour le Maroc, qui demeure classé cette année derrière des pays comme l’Algérie (91ème), la Tunisie (95ème), la Libye (105ème) et l’Egypte (116ème). Par contre, il fait mieux que la Mauritanie (157ème). Des pays, si avancés dans le classement, ne le sont pas autant dans la réalité. 

Quoique le Maroc ait entrepris des plans de développement tout au long de ces vingt dernières années, cela ne se reflète pas dans son classement en matière de développement humain. Ceci est exploité parfois dans la propagande de certains pays hostiles au Royaume comme le voisin algérien, qui se servent de l’argument des défections de développement pour s’en prendre à sa réputation internationale. Ainsi, il faut mettre sous la loupe la façon par laquelle ce genre de rapports est confectionné, et savoir s’ils reflètent la réalité de tous les pays étudiés. Qu’est-ce qui justifie, par exemple, que le Royaume soit devancé par des pays en situation de guerre comme la Libye, de faillite financière comme le Liban (92ème rang), ou de crise sociale acerbe comme la Tunisie ? La réponse à cette question se trouve dans la crédibilité des chiffres avancés par certains pays. « Le Maroc est transparent vis-à-vis des institutions internationales, à l’opposé de plusieurs pays qui livrent des statistiques erronées sur leur situation socioéconomique », estime Mohammed Chiguer, économiste, professeur et ancien directeur des études et du contrôle de gestion à la Caisse de Dépôt et de Gestion. « La Tunisie d’avant la révolution a été considérée par les institutions internationales comme un exemple de gouvernance dans le monde arabe, peu de temps après, on s’est rendu compte à quel point c’était faux ». Selon lui, les indicateurs avancés par le PNUD ne sont pas si importants, ce qui compte est le ressenti du citoyen marocain, c’est lui qui juge si la qualité de sa vie s’est améliorée. 

Même son de cloche pour Khaoula Lachgar, experte en développement territorial qui considère que plusieurs pays ne sont pas aussi transparents que le Maroc dans la communication de leurs statistiques à l’Agence onusienne chargée de calculer l’indice de développement humain. C’est ce qui explique le classement du Maroc qui ne reflète pas véritablement son potentiel de développement. « Il ne faut pas donner une importance excessive à ce genre de classement, qui ne relate pas une réalité socio-économique dans son ensemble mais une multitude d’indicateurs disparates ». a-t-elle précisé.

Et à l’international ?
A l’échelle mondiale, la Norvège arrive en tête du classement de l’IDH 2020, suivie de l’Irlande, puis de la Suisse, de Hong Kong et de l’Islande. Le bas du classement est occupé par le Burundi (185ème), le Soudan du Sud (185ème), le Tchad (187ème), et le Niger (189ème).

Au niveau arabe, le Maroc est en 14ème position derrière les Emirats Arabes Unis au 31ème rang mondial, l’Arabie saoudite 40ème, Bahreïn 42ème, puis le Qatar 45ème, Oman 60ème, le Koweït 64ème, l’Algérie, le Liban 92ème, la Tunisie, la Jordanie 102ème, la Libye 105ème, la Palestine 115ème et l’Egypte. Plus de 50 pays ne figurent plus parmi la catégorie des « pays les plus développés ». C’est le cas, entre autres, de l’Australie, qui perd 72 places par rapport à l’an dernier, du Luxembourg, qui perd 131 places, de l’Estonie, 40, de Singapour, 92, du Qatar, 84, des Emirats Arabes Unis, 87, et de l’Arabie saoudite, qui perd, elle, 33 places.

A l’inverse, ce nouveau critère fait remonter le classement dans d’autres pays. C’est le cas de la France qui gagne 16 places, de l’Italie 12, du Portugal 15, de la Croatie 19 et du Royaume-Uni 10.

INDH : la bataille marocaine pour le développement humain
L’élimination de la pauvreté, de la précarité et de l’exclusion est l’un des principaux objectifs de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) lancée par Sa Majesté le Roi en mai 2005. Au niveau local, le projet se base sur des comités de composition tripartite associant les élus, les représentants des services déconcentrés de l’État et les représentants du secteur associatif. Au niveau central, il est géré par un comité stratégique et un comité de pilotage présidés tous les deux par le chef du gouvernement. Son exécution est confiée à une coordination nationale domiciliée au ministère de l’Intérieur et dirigée par un Gouverneur. L’Initiative Royale est inscrite dans le paradigme de développement humain durable en tant que stratégie globale de développement qui embrasse tous les droits fondamentaux : économiques, sociaux, culturels, civils et politiques. Elle s’annonce par une plateforme qui place l’Homme au centre de ses préoccupations autour de quatre dimensions : des valeurs basées sur la dignité, la participation, la bonne gouvernance et la pérennité.

Repères

Le Maroc dans la tranche inférieure des pays à revenu intermédiaire
La Banque Mondiale a actualisé, en juillet 2020, sa répartition des pays en fonction de leur revenu. Dans cette nouvelle classification 2020-2021, le Maroc se maintient dans la catégorie du “revenu intermédiaire tranche inférieure”, comme en 2019. La Banque Mondiale répartit les économies du monde en quatre groupes : faible revenu, revenu intermédiaire de la tranche inférieure, revenu intermédiaire de la tranche supérieure et revenu élevé. Cette classification repose sur le RNB (Revenu National Brut) par habitant de l’année précédente (2019 dans le cas présent) en dollars courants.
Plus de 430.000 femmes chômeuses
Le volume des femmes en situation de chômage s’est établi à 439.000 personnes, soit 29,7% du volume global du chômage au deuxième trimestre 2020, selon le HCP. Les femmes restent plus touchées par le chômage que les hommes, avec des taux de chômage respectifs de 15,6%, contre 11,1% au T2-2019 et de 11,3% (contre 7,2%), indique le HCP dans une note sur la situation des femmes au marché du travail au deuxième trimestre 2020, ajoutant que dans les villes, leur taux de chômage est presque le double de celui des hommes avec respectivement 23,3% et 13,2%.
L’environnement, nouveau critère de l’IDH
Compte tenu de l’urgence climatique, l’Indice de Développement Humain a été renforcé par un nouveau critère, l’agence onusienne a décidé d’intégrer l’empreinte carbone des activités humaines ainsi que les émissions de gaz à effet de serre. Cela dit, plus on pollue, moins on progresse, étant donné l’effet dévastateur du réchauffement climatique et les activités humaines polluantes sur l’écosystème où vivent les citoyens. L’IDH montre comment la situation globale du développement mondial pourrait changer si le bien-être des êtres humains et l’allègement des pressions exercées sur la planète étaient tous deux au cœur de la définition du progrès de l’humanité.

  


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