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Hôtellerie : Vers une transformation «durable» du secteur ? [INTÉGRAL]


Rédigé par Omar ASSIF Jeudi 3 Août 2023

Un nombre croissant d’entreprises hôtelières installées au Maroc investissent et mettent en place des initiatives de protection de l’environnement et de développement durable.



Pour les acteurs du secteur touristique, la crise pandémique et toute la disruption qu’elle avait causée ne sont manifestement plus qu’un mauvais souvenir. En témoignent les chiffres communiqués par le ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire qui annonce que les recettes de voyage en devises ont atteint 47,8 milliards de dirhams à fin juin 2023, en augmentation de 43% par rapport à la même période en 2019.

Un rétablissement certes rassurant, mais qui pousse toutefois à s’interroger sur l’impact environnemental et écologique de cette filière considérée comme stratégique, et générant entre 6% à 10% du PIB. « Avant 2010, les hôtels au Maroc n’affichaient pas, ou alors très peu, les mesures écologiques qui s’inscrivent dans le cadre du tourisme durable. Je constate que cela a évolué depuis, puisque beaucoup d’établissements, que ce soit dans les villes ou dans le milieu rural, ont désormais fait des efforts pour s’inscrire dans cette démarche », nous confie un touriste espagnol qui « fréquente régulièrement le Maroc dans un cadre privé et professionnel ».
 
Une tendance qui se confirme

Grâce à la digitalisation de l’offre touristique marocaine, il suffit de faire quelques recherches sur le Web pour constater qu’un bon nombre d’hébergements touristiques au Maroc affichent désormais leurs démarches éco-responsables et les mesures prises pour s’inscrire dans un tourisme durable. « L’intégration du développement durable et du souci de protection de l’environnement dans la filière de l’hébergement touristique a commencé il y a très longtemps au niveau international, notamment dans la chaîne Meliá dont notre établissement fait partie », explique M. Mohamed Amine Benkhalil, directeur général de l’hôtel Sol Oasis à Marrakech, précisant que la vision du groupe pour les années à venir est d’atteindre l’objectif zéro déchet. « C’est une ambition que nous espérons concrétiser progressivement. Mais notre engagement environnemental s’illustre également dans plusieurs autres axes, notamment l’utilisation de l’énergie solaire qui nous assure actuellement une indépendance électrique à hauteur de 80% environ », poursuit la même source.
Recyclage des eaux
 
Dans un contexte national marqué par la raréfaction des ressources hydriques, une des initiatives environnementales déployées par l’hôtel Sol Oasis s’avère même comme un exemple à suivre pour le reste de la filière : « Nos politiques en termes de durabilité nous ont imposé d’investir dans la mise en place d’une station d'épuration des eaux usées (STEP) qui a nécessité un investissement d’environ 3.200.000 dirhams », souligne M. Belkhalil. Grâce à cette infrastructure, l’hôtel parvient actuellement à réutiliser 70% de l’eau consommée. « La STEP est opérationnelle et en cours de certification ISO 22000, Travelife, EarthCheck et ISO 50001. Elle est accompagnée d’un réseau de distribution de l’eau qui englobe la totalité de la superficie de l’hôtel, c’est-à-dire 6 hectares. Les eaux usées subissent un traitement physique et un traitement chimique qui assurent qu’elles puissent être saines et de qualité pour une utilisation dans l’arrosage des espaces verts, mais également dans le nettoyage de certaines surfaces », détaille notre interlocuteur.
 
Norme ISO 22000

Sur un autre registre, l’établissement hôtelier a également trouvé des solutions pour la gestion de ses déchets. « La mise en œuvre des critères relatifs aux normes et certifications que nous adoptons dans notre établissement englobe beaucoup d’aspects, notamment la valorisation des déchets et tri sélectif.

Aujourd’hu,i nous disposons par exemple d’un partenariat avec une entité spécialisée qui trie les déchets et nous rachète les matériaux en verre et en carton. Ces standards impliquent également d’autres volets, notamment l’obligation pour l’établissement hôtelier de participer au développement local à travers l’appui aux associations de la région ou encore l’atteinte d’un taux de recrutement qui dépasse les 35% de profils locaux », ajoute M. Belkhalil. Avec sa démarche, l’établissement hôtelier démontre que la filière est actuellement en cours d’intégrer le développement durable dans ses standards de fonctionnement. Une dynamique qui gagnerait à se généraliser, pour peu que les leviers nécessaires soient actionnés (voir interview).

 

3 questions à Mehdi Ksikess « L’environnement et la démarche RSE, c’est l’affaire de tous ! »

Investisseur dans le secteur hôtelier au Maroc, M. Mehdi Ksikess répond à nos questions sur les moyens d’encourager l’engagement environnemental des entreprises hôtelières au Maroc.
Investisseur dans le secteur hôtelier au Maroc, M. Mehdi Ksikess répond à nos questions sur les moyens d’encourager l’engagement environnemental des entreprises hôtelières au Maroc.
L’intégration des enjeux de développement durable dans l’hôtellerie au Maroc est-elle plus un enjeu de marketing ou plutôt une responsabilité sociétale et environnementale de l’entreprise hôtelière ?

- Le développement durable dans l’hôtellerie est une responsabilité sociétale et environnementale. Dans les pays développés dans ce domaine et avec la prise de conscience collective, la démarche de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) devient aussi un levier de performance économique et de satisfaction du client. Donc un outil de compétitivité ! La norme ISO 26000 est la norme qui aide les entreprises à adopter une démarche RSE. Correctement appliquée, elle permet de maintenir ou augmenter la performance économique tout en adoptant une démarche de responsabilité sociétale et environnementale. Nous sommes fiers de nos réalisations dans ce domaine avec nos partenaires et chaînes internationales Iberostar et Melia qui sont pionniers dans ce domaine et qui ont adopté la démarche de manière continue et systématique.

Les établissements hôteliers qui investissent dans des initiatives de protection de l’environnement sont souvent appuyés par des incitations étatiques. Est-ce le cas au niveau national ?

- À ce jour, les mesures incitatives sont à leur début et demeurent insuffisantes pour inciter un changement dynamique pour tout le secteur. Récemment, dans le cadre des subventions octroyées pour la relance du secteur post-Covid, la SMIT avait exigé des établissements hôteliers de réserver une partie de l’investissement à l’efficacité énergétique (16%) et la digitalisation (8%). Hors subvention SMIT, les établissements hôteliers qui investissent dans ces initiatives le font de manière volontaire ou dans le cadre d’une démarche de labélisation ou de respect d’un cahier des charges d’un partenaire étranger qui exporte ou impose ses normes et exigences et celles de ses clients. D’autres le font parfois dans une démarche de réduction de coûts et découvrent les avantages de la démarche dans sa globalité. L’investissement reste un frein considérable et la démarche est généralement considérée dans le cadre d’un projet de rénovation ou de renouvellement d’équipement.

Quels sont, selon vous, les leviers qui peuvent favoriser la généralisation de l’engagement des entreprises hôtelières au Maroc dans une dynamique de développement durable, y compris dans les unités de moyenne et petite taille ?

- Les leviers dans ce domaine dans les pays développés incluent des aides, des dons, des subventions, des prêts, et des mesures fiscales incitatives à l’investissement dans des projets de durabilité. Il est également question d’une participation nationale, régionale ou locale à la démarche. Ajoutez à cela l’adoption de lois avec une période de transition et des objectifs graduels. Les conditions d’octroi de prêt ont par ailleurs souvent une composante environnementale et les projets non-conformes sont soit rejetés, soit corrigés pour redresser l’aspect environnemental. Généralement, les lois s’appliquent à l’ensemble des secteurs avec une déclinaison pour l’hôtellerie. L’environnement et la démarche RSE sont l’affaire de tous ! Certains pays, après adoption de ces mesures et après la période de transition, mettent aussi des mesures punitives : amendes ou fiscalité décourageante.

Définition: Les trois grands principes du tourisme durable, selon l’OMT

Les principes du tourisme durable ont été définis en 1995 puis actualisés en 2004 par l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT). D'après ces principes, le tourisme durable doit « exploiter de façon optimum les ressources de l'environnement qui constituent un élément clé de la mise en valeur touristique, en préservant les processus écologiques essentiels et en aidant à sauvegarder les ressources naturelles et la biodiversité ». Le deuxième principe implique de « respecter l'authenticité socioculturelle des communautés d'accueil, conserver leurs atouts culturels bâtis et vivants et leurs valeurs traditionnelles et contribuer à l'entente et à la tolérance interculturelles ».

Enfin, le tourisme durable se doit également d’assurer « une activité économique viable sur le long terme offrant à toutes les parties prenantes des avantages socioéconomiques équitablement répartis, notamment des emplois stables, des possibilités de bénéfices et des services sociaux pour les communautés d'accueil, et contribuant ainsi à la réduction de la pauvreté ».

 

L’info...Graphie


Eau : Les parcours de golf optent pour l’utilisation d’eaux usées épurées

En plus des plages, des sites historiques et de ses paysages naturels, le Maroc est également un pays où l’on se rend pour faire du sport. Dans ce cadre, le Royaume est dans le top 10 des destinations pour les adeptes de golf. Ce segment touristique particulier permet de générer des revenus importants, comme il permet à notre pays de rayonner au niveau international auprès d’une clientèle considérée comme haut de gamme.

Dans un contexte marqué par le stress hydrique, et face au besoin d’arrosage que représentent les parcours de golf, le Maroc a trouvé une solution idéale qui allie économie et valorisation des eaux usées. C’est ainsi que 21 projets d’arrosage de golf grâce à l’utilisation exclusive d’eaux usées épurées sont actuellement en cours de finalisation au niveau de 45 provinces et couvrant les 12 régions du pays.

Cette démarche a été mise en œuvre dans le cadre du Programme National pour l’Approvisionnement en Eau Potable et l’Irrigation (PNAEPI) 2020-2027 préparé et présenté à SM le Roi Mohammed VI le 13 Janvier 2020. A ce jour, un nombre considérable de golfs ont déjà effectué leur transition en utilisant des eaux usées épurées dans l’entretien du gazon. A noter que le PNAEPI 2020-2027 vise l’accélération des investissements dans le secteur de l’eau pour renforcer l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation, et renforcer la résilience de notre pays face aux aléas et dérèglements climatiques.



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