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Tribune libre

Hier, l’avenir était meilleur !


Rédigé par Samir Belahsen le Mardi 27 Octobre 2020


Dr Samir Belahsen
Dr Samir Belahsen
« Notre démocratie ne pourra pas fonctionner si les personnes qui sont censées être nos dirigeants mentent quotidiennement et inventent des tas de choses »
Barack Hussein Obama

La démocratie libérale est sur la défensive, un partout où elle a vécu. Elle est violemment de plus en plus contestée en Europe orientale et méridionale, mais aussi en Europe occidentale.

En ce début de millénaire, on a vécu l’apparition de démocraties de façade, reposant sur des structures plutôt archaïques mais aussi dans certains pays le retour ultra rapide à la tradition autoritaire. D’autres démocraties en déclin tendent vers la recherche de nouveaux modèles politiques.

En Europe orientale la démocratie libérale (modèle des vainqueurs) a déçu d’où le retour aux régimes autoritaires. Les promoteurs même de la démocratie libérale qui la présentaient comme la seule alternative éthique et viable, sont aujourd’hui les défenseurs d’organisations sociales autoritaires.  Dans leur livre « The light that failed », IVAN KRASTEV ET STEPHEN HOLMES expliquent pourquoi l'Occident perd le combat pour la démocratie, comment l'avenir était meilleur hier surtout pour cette Europe orientale.

Après la défaite du fascisme pendant la Seconde Guerre mondiale et la défaite du communisme pendant la guerre froide, aucune idéologie autre que la démocratie libérale ne serait en mesure de capturer l'imagination du monde et en particulier du monde non occidental.

Depuis la grande crise économique mondiale, rien ne va plus pour la démocratie libérale, et on ne peut plus ni sur le plan théorique ni au niveau politique négliger les autres alternatives. La crise du COVID 19 a démontré encore une fois les limites des systèmes.

Dans le tiers monde, l’échec de la greffe de la démocratie libérale est saillant. Parfois imposée, parfois voulue et désirée la greffe ne marche pas dans la majorité des cas. Faisons un petit tour d’horizon :
  • Je voudrais commencer par la Tunisie, car personnellement j’y ai cru et je veux encore y croire ; peut-être parce que l’amour rend aveugle. Quelle déception de voir les sondages d’opinion révéler la montée en puissance de l’ancien parti de Ben Ali plus populiste encore…Quelle déception aussi de voir les copains de cellules du temps de la dictature se chamailler sur les plateaux de télévision et pendant les travaux parlementaires. Pire encore les alliances douteuses fleurissent et se perdent dans les couloirs des lobbys.
  • En Côte D’Ivoire, Le premier tour de l'élection présidentielle aura lieu le 31 octobre 2020. Ce scrutin suscite beaucoup d’inquiétudes dans le pays et à l'étranger. Après avoir promis qu'il ne se représenterait pas, Alassane Ouattara briguera finalement un troisième mandat, dont la légalité est contestée par ses opposants. Dans les rangs de l'opposition, Henri Konan Bédié, 86 ans, déjà au pouvoir il y a plus de vingt ans, apparaît comme son principal challenger. Ce sont les figures des années 90…Cette technique de modifier la constitution ou de la tordre pour un troisième mandat est l’œuvre de plusieurs régimes autoritaires…
  • Au Brésil Bolsonaro, continue de faire des siennes, ses déclarations et ses décisions qui font sourire de ce coté de l’Atlantique risquent de faire beaucoup de mal à son pays, peut-être, beaucoup de morts. Je ne parle ici que de ses dernières déclarations sue le vaccin anti covid, mais toutes les dérives droitières sur les femmes, les peuples indigènes et sa réhabilitation des valeurs de la dictature militaire.
 
On peut citer d’autres exemples de droitisation extrême, de nostalgie à des dictatures autoritaires, le populisme gagne du terrain…Du Venezuela de Chávez aux Philippines de Duterte, en passant par les USA de Trump, de la Hongrie d’Orbán à la droite Française il y a un seul fil conducteur : le populisme est en marche.

Bien entendu, dire que tous ces mouvements relèvent du populisme « moderne » est un peu simplificateur. Le populisme n’est pas UN. Même sans argument idéologique, sans théorie, ces différents populismes ont une grande capacité de mobilisation. Il faut reconnaitre que c’est la seule idéologie ascendante de ce début de siècle.

Dans son brillant livre « Le siècle du populisme : Histoire, théorie, critique », P. Rosavallon en énumère les 5 caractéristiques fondamentales :
-Une conception du peuple : LE PEUPLE-UN
-Une théorie de la démocratie : DIRECTE, POLARISÉE, IMMÉDIATE et un culte le référendum
-Une modalité de la représentation : L’HOMME-PEUPLE
-Une politique et philosophie de l’économie : LE NATIONAL-PROTECTIONNISME
-Un régime de passions et d’émotions…

Comment alors protéger la démocratie ?

Je voudrais répondre à cette question juste pour le Maroc pour essayer d’être précis. Sans prétendre à l’exhaustivité je crois pouvoir proposer 5 conditions sine qua non pour protéger cette « démocratie » :
  1. Pas de démocratie sans démocrates : avant de penser à son propre gain, il faut penser à la pérennité du système, il faut créer l’espoir, la démocratie est basée sur le désir.
  2. Arrêter de stigmatiser les corps intermédiaires.
  3. Une démocratie qui n’avance pas, recule. Les manœuvres électorales ça ne fait pas avancer la démocratie. Plus de démocratie, plus de régionalisation
  4. Le protectionnisme n’est pas la solution mais l’ouverture doit être gérée.
  5. Toute intervention interne ou externe dans le processus risque de le casser.

  



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