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Hassane Sahbi, Président de l’UMI : «A événement exceptionnel, il faut des mesures exceptionnelles»

Entretien


Rédigé par Hassan BENMAHMOUD le Lundi 13 Avril 2020

Parmi les universités qui se sont le plus démarquées par leur approche proactive face à la pandémie du coronavirus, celle de Moulay Ismaïl à Meknès fait aujourd’hui l’office de fleuron en matière d’expérimentation de solutions viables et durables. Entretien.



Pr. Hassane Sahbi
Pr. Hassane Sahbi
Le Pr. Hassane Sahbi, président de l’université Moulay Ismail revient, dans cet entretien, sur les mesures prises pour lutter contre la pandémie, l’effort didactique pour assurer un enseignement à distance efficace et efficient, sans oublier les modalités et les rents scénarios étudiés pour garantir une bonne tenue des examens de fin d’année.

-Dès le début de la pandémie, l’Université que vous présidez s’est montrée très active en matière de lutte contre le coronavirus. Quelles sont les principales mesures prises ?

-Les premières mesures prises par l’UMI témoignent de son engagement pour protéger les étudiants et le personnel pédagogique et administratif dans des circonstances très particulières de la pandémie du Covid-19, tout en assurant la continuité pédagogique. En effet, un arsenal de mesures de prévention contre cette crise a été mis en place par la présidence et les différents établissements de l’UMI.

On peut notamment citer l’activation d’une cellule de pilotage Covid-19 en vue de coordonner le fonctionnement institutionnel de l’université avec la mise en oeuvre de cellules de veille à tous les niveaux. Sans oublier l’affichage des mensures de sensibilisation via divers supports : banderoles, rollup, site web, page Facebook, capsules vidéos, ainsi que l’organisation d’une journée de sensibilisation à la FSJES de Meknès avec la participation d’experts du ministère de la santé, d’acteurs de la société civile et d’enseignantschercheurs ; la suspension des cours en présentiel et la promotion de l’enseignement à distance ; la suspension des activités et manifestations scientifiques ; la promotion du télétravail partout où c’est possible.

-Quelles sont ces cellules de veilles et quel est leur rôle ?

-Pour ce qui est du rôle et comme je l’ai dit il consiste à assurer la continuité du travail et l’optimisation de la réactivité et de l’adaptation de notre établissement au contexte actuel. Ces cellules de veille sont très nombreuses et on peut en citer à titre indicatif et non exhaustif le comité de veille au sein de la présidence de l’UMI composé du président, du vice–président et des chefs d’établissements et celui au sein de chaque établissement universitaire composé par le chef dudit établissement, des vices doyens ou directeur-adjoint et du secrétaire général.

Votre Université s’est également montrée très active pour ce qui est de la communication et du soutien des étudiants, notamment psychologique…

-A événement exceptionnel, il faut des mesures exceptionnelles. Aussi, nous avons très tôt ressenti la nécessité de mettre en place d’un dispositif de communication adapté, ainsi qu’une plateforme numérique de soutien psychologique à distance au profit des étudiants. Cette plateforme est abimée par des experts en psychologie de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines. Nous avons également pensé à la protection du personnel pédagogique et administratif dont la présence est indispensable dans les établissements à travers notamment la mise en oeuvre des mesures barrières de prévention adaptées (solution hydro alcoolique).

Et en ce qui concerne l’enseignement, quels sont les différents dispositifs d’apprentissage à distance mobilisés par l’Université Moulay Ismail ?

-Au regard de ces circonstances exceptionnelles et afin de sécuriser le parcours universitaire de ses étudiants, l’UMI a mis en oeuvre les modalités permettant d’assurer la continuité des activités pédagogiques, de recherche et des services. Il s’agit en particulier d’assurer la continuité des enseignements en présentiel par l’accès à des cours en ligne via des plateformes d’enseignement à distance. Ce qui a nécessité de transcrire en un temps record, les différentes activités pédagogiques (cours, travaux dirigés, travaux pratiques) en supports numériques (documents sous format WORD, PDF, PPT, séquences audio, séquences vidéo, des séquences en temps réel via des plateformes dédiées : Facebook, MeetGoogle, Zoom, Teams, etc.), d’enregistrer les cours des enseignants au sein de l’UMI et des établissements et leur mise en ligne sur la plateforme e-learning de notre université. Nous avons également lancé des classes virtuelles, tout en enregistrant des séquences pédagogiques en vue de leur diffusion sur la chaîne de télévision nationale ARRIYADIA et les chaînes régionales de radio, la radio SNRT régionale et la radio MFM.

-Existe-t-il une stratégie spécifique à l’UMI pour assurer la continuité pédagogique ?

-Suite à la décision du ministère de tutelle de fermer l’ensemble des établissements scolaires et universitaires du territoire à partir du lundi 16 mars 2020, l’UMI a mis immédiatement en place une stratégie dédiée à la continuité pédagogique au sein de ses établissements. Il s’agit notamment de la désignation d’un comité de veille stratégique au niveau de l’UMI avec des comités relais au niveau des différents établissements et de la mobilisation d’un staff technique pour la production, l’accompagnement et le suivi, de la sensibilisation, formation et accompagnement des enseignants. Le tout accompagné d’une communication tous azimuts avec les parties prenantes dans l’administration et les services technique, les enseignants et les étudiants. Pour ces derniers, des rencontres hebdomadaires en ligne avec les responsables administratifs et pédagogiques ont été programmées mettant à contribution des canaux multiples : intranet pédagogique, réseaux sociaux, visio-conférence, chaînes de radio et de télévision.

-Et qu’en est-il des TP et des TD ?

-Les enseignants, en plus des documents statiques (word, pdf, ppt, etc.), enregistrent des vidéos pédagogiques ou procèdent à des rencontres en visio-conférence avec les étudiants. On fait appel aussi aux solutions en ligne pour dérouler certains travaux pratiques (manipulation de logiciels en ligne par exemple). De plus, pour les classes à effectifs réduits, tels que les masters, les Licences Professionnelles et les Bachelors, les enseignants chercheurs organisent des classes en lignes.

 

-Était-ce facile d’assurer cette interactivité enseignant/étudiant ?

-Aujourd’hui et grâce aux outils des grands acteurs de l’Internet (Microsoft, Google, Facebook, WhatsApp, etc.), cette interaction n’a jamais été aussi accessible et à la portée de l’utilisateur lambda. Tous les enseignants gardent le contact direct avec leurs étudiants via internet. Par exemple, beaucoup d’enseignants de la FSJES ont continué leurs cours en visio-conférence avec leurs étudiants, en particulier pour les cycles à accès régulé (LP, Master). D’autres ont programmé des rencontres régulières en live avec les leurs sur Facebook par exemple. Certains ont créé des groupes WhatsApp avec leurs étudiants, en particulier pour l’encadrement des projets de fin d’études (rapport de stage, mémoire). Cela pour dire qu’en plus de la démarche collective, beaucoup d’initiatives individuelles sont venues se joindre à ce mouvement qui dénote d’un excellent état d’esprit.

-Comment se traduit ce mouvement en chiffres ?

-Les indicateurs statistiques des plateformes numériques d’enseignement à distance utilisées montrent une grande affluence des étudiants quant au contenu pédagogique mis en ligne. En effet et au niveau du seul établissement FSJES, plus de 150 000 vues ont été comptabilisées depuis la suspension des cours en présentiel, soit presque 8 000 heures de visionnage des supports vidéo. Ce qui montre le grand intérêt des étudiants pour ces dispositifs. Sur le plan qualitatif, nous avons mis les dispositifs nécessaires pour recevoir les différentes doléances des étudiants quant à la qualité du contenu afin d’adapter ledit contenu aux attentes des apprenants.

-Qu’est-ce qui empêche d’utiliser ces dispositifs pour évaluer les étudiants à distance ?

-Concernant l’évaluation de fin de session de printemps 2019/2020, il faut noter que plusieurs réunions ont été effectuées dans ce sens. Le sujet a été abordé lors des réunions de coordination au sein de la présidence de l’UMI avec l’ensemble des dirigeants des établissements et il a été recommandé de réfléchir sur d’éventuels scénarios en fonction de la suite des événements en perspective. Cette réflexion a été aussi menée au sein des établissements avec les responsables des différents départements qui ont proposé à leur tour des scénarios quant aux modalités d’examen de fin d’année. Il a été conclu que dans l’état actuel des événements, il est prématuré de fixer quelque dispositif que ce soit concernant le mode de passation des évaluations des étudiants pour cette fin d’année universitaire 2019/2020.

-Et d’un point de vue logistique, ainsi qu’au vu des contraintes inhérentes au confinement, est-ce que ces nombreuses ressources pédagogiques mises en place par votre université sont accessibles aux étudiants ?

-Afin d’assurer la continuité des enseignements à distance, l’Université Moulay Ismail s’est assuré de maintenir un accès ans faille des étudiants aux divers enseignements. Ainsi, plusieurs mesures ont été prises afin de s’assurer que les étudiants puissent y accéder efficacement. Dans ce sens, nous avons procédé à la mise en place de deux plateformes d’enseignement à distance au niveau de la présidence (La plateforme Moodle (https://fad.umi.ac.ma) où sont mis à la disposition des étudiants les cours dis-pensés dans les établissements relevant de l’UMI et la plateforme Open edX mise en place dans le cadre du projet Erasmus+ MarMOOC). En parallèle, nous avons veillé à la mise en place des adresses mail de groupes (par filière, par section et par groupe de TD et de TP) pour que les enseignants puissent communiquer avec leurs étudiants par mail ou en visioconférence, ainsi qu’à travers l’enregistrement des cours en format vidéo et/ou audio dans les divers studios mobilisés au niveau de plusieurs facultés.

-Si l’accès est donc facile pour les étudiants, qu’en est-il du corps enseignements qui n’était pas nécessairement préparé dans sa globalité à un changement aussi catégorique et aussi rapide ?

-Nous avons aussi pensé à mettre en place une série de séances de formation en visioconférence au profit des enseignants pour une maitrise des pla-teformes de l’enseignement à distance et des outils de travail collaboratif, ainsi que pour la réalisation de capsules vidéo relatives à l’utilisation des ressources en ligne mises à disposition des étudiants et la réalisation des cours diffusés sur la chaine Arryadia et des cours en format audio diffusés sur la Radio Régionale de Meknès et sur la Radio Medina FM. Ils ont également été formés à la mise à la disposition des étudiants de l’accès à distance aux travaux pratiques de physique réalisés dans le cadre du projet Erasmus+ TPEXPERES.

Aujourd’hui, on peut être satisfait, cette crise est intervenue comme un accélérateur rendant ainsi accessibles pratiquement tous les cours au profit de nos étudiants dont le nombre en ligne augmente de jour en jour. Sur les 73 000 étudiants que compte l’Université, plus de 97% sont inscrits aux cours qui sont assurés à 100%.
 
Propos recueillis par Hassan
Hassan BENMAHMOU