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HCP : Décryptage des inégalités accentuées par la pandémie


Rédigé par Yassine Elalami le Dimanche 16 Octobre 2022

Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a rendu publique, le 12 octobre 2022, une étude intitulée : «Evolution des inégalités sociales dans un contexte marqué par les effets de la Covid-19 et de la hausse des prix».



HCP : Décryptage des inégalités accentuées par la pandémie
Les répercussions de la Covid-19 ne cessent de frapper de plein fouet les ménages marocains. Dans un contexte inflationniste, les inégalités sociales ont aussi pris de l’ampleur dans ce drame qui enchaîne les épisodes depuis presque trois ans. L’étude du Haut-Commissariat au Plan a divulgué des données alarmantes, étant donné que quelques mois d’inflation ont eu un effet plus dévastateur que deux années de pandémie. 3,2 millions de Marocains basculent ainsi dans la pauvreté et la vulnérabilité, avec à la clé 7 années d’efforts de réduction des inégalités anéanties.

« Entre octobre 2019 et décembre 2021, le niveau de vie moyen des ménages, mesuré par la dépense de consommation par tête en valeur nominale, a baissé de 20.400 DH à 20.040 DH au niveau national, de 24.620 DH à 24.260 DH dans les villes et de 12.800 DH à 12.420 DH à la campagne. En termes réels, le niveau de vie a annuellement baissé de 2,2% sur cette période, de 2% en milieu urbain et de 2,6% en milieu rural», signale l’étude.

«Sur cette période, le niveau de vie des 20% des ménages les moins aisés a connu une baisse de 7.000 DH à 6.860 DH, soit une baisse annuelle moyenne de 2,3% en termes réels. Celui des 20% des ménages les plus aisés a chuté de 2,5%, passant de 47.780 DH à 46.620 DH. Pour les 60% des ménages intermédiaires, le niveau de vie a baissé de 15.730 DH à 15.570 DH, soit une baisse annuelle moyenne de 1,9% », poursuit-t-elle.

L’agriculture, le domaine le plus frappé

Selon la catégorie socioprofessionnelle des chefs de ménage, le niveau de vie moyen a annuellement baissé de 3,6% pour les «ouvriers non qualifiés», passant de 14.130 DH en 2019 à 13.440 DH en 2021, de 3,6% pour les «artisans et ouvriers qualifiés», passant de 17.850 à 16.970 DH sur la même période, de 2,8% pour les «commerçants et les intermédiaires commerciaux», passant de 19.920 DH à 19.270 DH, de 2,4% pour les «exploitants et ouvriers agricoles », passant de 12.950 DH à 12.650 et de 1,8% pour les «responsables hiérarchiques et cadres supérieurs».

Diminution des dépenses

Le HCP a révélé que «sous les effets de la crise sanitaire, les ménages ont fortement réduit les dépenses allouées aux « Equipements et meubles de maison », marquées par une baisse, aux prix constants, à raison de 19,1% par an. Les dépenses attribuées aux activités de loisirs ont également enregistré une baisse annuelle à deux chiffres, soit 14,3%. Cette tendance à la baisse s’établit à 5,9% pour les dépenses d’habillement, à 2,4% pour les dépenses alimentaires et à 2% pour les dépenses de transport».

A contrario, les dépenses allouées aux «soins médicaux» et aux «biens et services de communication» ont enregistré une hausse annuelle respectivement de 10,9% et 4,6%. Ce rebond est lié, selon la note, «au surcoût de dépense des mesures de précaution pour lutter contre la propagation de la Covid-19 et à l’intensification des usages des technologies de communication depuis le début de la crise sanitaire».

Accentuation des inégalités sociales

« Les contrecoups majeurs de la pandémie Covid-19 sur le bien-être socioéconomique des ménages ont entraîné une accentuation des inégalités sociales. La part des dépenses afférente aux 20% des ménages les plus aisés est passée de 46,1% au cours de la période d’avant pandémie à 47,7% en 2021, contre une baisse de 7% à 6,5% pour les 20% des ménages les moins aisés», explique le HCP.

Dans le même contexte, l’étude dévoile que «les inégalités sociales, mesurées par l’indice de Gini, ont connu, sur cette période, une hausse de près de deux points de pourcentage, passant de 38,5% à 40,3% au niveau national, de 37,2% à 39,1% en milieu urbain et de 30,2% à 31,9% en milieu rural. L’incidence de la pauvreté absolue a augmenté de 1,7% en 2019 à 3% en 2021 au niveau national, de 3,9% à 6,8% en milieu rural et de 0,5% à 1% en milieu urbain.

Parallèlement, la vulnérabilité économique a connu une importante hausse : le taux de vulnérabilité est passé de 7,3% en 2019 à 10% en 2021 au niveau national, de 11,9% à 17,4% en milieu rural et de 4,6% à 5,9% en milieu urbain.




Yassine ELALAMI

3 questions à Omar Kettani


« La concentration de nos efforts dans les régions urbaines a provoqué des inégalités claquantes »
 
Omar Kettani, professeur d’économie à l’université Mohammed V de Rabat, a répondu à nos questions sur les inégalités socio-économiques provoquées par la pandémie de Covid-19 et le contexte inflationniste.

- Garantir l’équité entre les citoyens passe tout d’abord par la garantie de l’équité entre le monde urbain et le monde rural. Comment le Maroc pourrait-il relever ce défi ?

- J’estime que la réponse est très simple : investir plus en matière d’éducation, les milieux ruraux subissent les conséquences d’une forte négligence à cet égard. Si on compare le nombre des établissements mis en place dans les deux mondes, on trouverait que la campagne est de loin perdante. En matière de ressources humaines, le Royaume est très mal classé, cela rend la situation dans le milieu rural encore plus compliqué. Je dirais même qu’on a, presque volontairement, négligé ce socle. La concentration de nos efforts dans les régions urbaines a provoqué des inégalités claquantes.


- Le rapport du HCP fait état d’une baisse du niveau moyen de vie selon la catégorie socioprofessionnelle : ouvriers, artisans, comment expliquez- vous cet écart ?

- Ce sont des catégories qui font partie de la classe peu formée, par conséquent elles sont les premières à subir les répercussions de la crise économique. Les ralentissements de l’activité de construction, de commerce, de production et d’investissement ont eu le plus d’impact dans ce sens. Par cette considération, cette catégorie est la première à être sacrifiée sur l’autel de la crise. Souvent, les activités qui dépendent de l’extérieur se trouvent dans des situations critiques dues à l’incapacité du marché national d’entretenir au moins 80% de la demande intérieure.


- Les différents chantiers lancés par l’Exécutif seront-ils suffisants pour réduire l’écart de ces inégalités ?

- On est loin de dire que ces mesures diminueront les inégalités, toutefois, ça ne veut pas dire que ces mesures ne sont pas bonnes. Elles sont à prendre, mais il faut opter pour des politiques tranchantes en ce qui concerne les questions fondamentales. Actuellement, le plus grave, c’est qu’avec ces inégalités on est en train de perdre des cerveaux. Nos jeunes médecins cherchent tous les moyens pour quitter les pays et fuir la situation économique et sociale.


Recueillis par Y. E.
 



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