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Guerre en Ukraine : Les Marocains d’Ukraine nous racontent leur chemin de croix pour fuir la guerre


Rédigé par Anass MACHLOUKH le Mercredi 2 Mars 2022

Evadés de l’enfer de la guerre en Ukraine, les étudiants marocains nous racontent l’horreur qu’ils ont vécue et le sort de leurs camarades qui croupissent toujours dans ce pays sinistré. Détails.



Épouvantés par des scènes d’une violence inouïe, de nombreux Marocains établis en Ukraine, majoritairement des étudiants, ont vécu l’horreur en tâchant de quitter un pays en proie à une guerre sans merci.

Alors que quelques-uns ont pu regagner la mère patrie soit par voie aérienne, soit en s’infiltrant vers les pays voisins, d’autres sont toujours coincés dans plusieurs villes où les armes retentissent à longueur de journée.

À l’heure où nous écrivions ces lignes, plus de 1550 ressortissants marocains ont pu s’enfuir du théâtre de la guerre pour aller se réfugier dans les différents pays de l’Europe de l’Est. Ces derniers ont été accompagnés par les autorités consulaires en Roumanie, Hongrie, Pologne, Slovaquie, dont les gouvernements ont consenti à permettre l’entrée des ressortissants marocains sans visa.

À l’exception de quelques chanceux qui ont pu être accueillis et acheminés ensuite vers les villes frontalières les plus proches, comme l’explique l’Ambassadrice du Royaume en Hongrie, Karima Kabbaj, plusieurs personnes, en majorité des jeunes, continuent d’errer sur les routes en quête d’un poste frontalier.

Youssef, 21 ans, continue de parcourir les chemins vers la frontière de Roumanie en compagnie d’une dizaine de ses camarades. Cet étudiant en pharmacie, que nous avons pu joindre par appel vidéo en plein chemin, nous raconte des scènes invraisemblables auxquelles il a assisté pendant son périple. Depuis la ville de Kharkov où il habitait, l’une des villes les plus touchées par les affrontements entre Russes et Ukrainiens, son parcours a été jonché de barrages et de barricades militaires dont les agents ne manquaient pas d’interpeller les passants, parfois brutalement. “Dès que nous avons dépassé la ville de Poltava, la situation s’est calmée un peu”, raconte notre témoin, qui s’approche de la frontière.

Pologne : des discriminations aux frontières

En Pologne, pays situé au Nord de l’Ukraine, l’arrivée aux frontières a été péniblement vécue par beaucoup de Marocains qui ont été mal reçus par les gardes-frontières polonais qui les ont rabroués, nous racontent trois personnes sur place.

“On laissait entrer les Ukrainiens et les personnes à la chevelure blonde et dès qu’on voyait des Africains ou des Arabes, on les mettait à l’écart, en absence des autorités consulaires marocaines», raconte Karim, un étudiant en troisième année d’architecture qui a dû quitter Kharkov, sa ville de résidence, après l’entrée de l’armée russe.

Selon les chiffres parvenus au ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des MRE, 600 personnes ont pu passer par la Pologne. Pour quitter l’Ukraine, il fallait passer par des routes non sécurisées. Les Marocains ont encouru le risque d’être agressés aussi bien par des bandits ukrainiens que par les soldats russes qui ont fui les opérations et abandonné leurs blindés.

Nous avons reçu plusieurs vidéos, de la part de nos témoins, illustrant des soldats en uniforme en train d’attaquer des convois de voitures qu’ils retrouvent sur leur chemin. Le spectacle de guerre a poursuivi même les personnes en plein ciel. “De l’avion qui m’a ramené au Maroc, je voyais, horrifié, les chasseurs russes survoler le ciel, je me disais qu’on sera bombardé à n’importe quel moment, raconte, avec amertume, Yassine, qui vient de rentrer à Rabat après un voyage cauchemardesque.

Les laissés-pour-compte

Tandis que les uns ont eu la chance de sauver leur peau des flammes de la guerre, d’autres ont dû subir la cruauté du destin. A Kharkov, ils sont nombreux à rester encore enfermés dans leurs bercails, faute de pouvoir se procurer un moyen de transport pour regagner les frontières. “Les gens ne trouvent plus de taxi, d’autobus ou de cars pour quitter le pays”, nous explique Yassine, qui finit ses études de médecine.

Cet étudiant de 27 ans nous raconte le calvaire de ses camarades qui ont été condamnés à rester dans une ville sinistrée par la guerre et menacée par une pénurie sans précédent. “Le prix du pain a atteint 3 dollars l’unité”, affirme notre interlocuteur, ajoutant que plusieurs de ses amis, n’ayant plus les moyens pour subvenir à leurs besoins, n’ont pas pu prendre contact avec l’Ambassade du Maroc à Kiev, tellement submergée par un flot d’appels.

A cela s’ajoute le manque de l’argent, qui se fait de plus en plus rare. “Les gens n’ont pas le droit de retirer des banques plus de 1000 grivnas par jour, soit l’équivalent de 400 dirhams, c’est insuffisant pour faire quoi que ce soit tandis que l’inflation atteint son paroxysme.

Par ailleurs, la situation est encore plus dramatique pour les étudiants, dont les passeports sont confisqués ou laissés entassés dans les tiroirs de leurs universités. Quelques témoins, dont certains ont requis l’anonymat, nous ont indiqué qu’ils sont dans l’incapacité de récupérer leurs documents après qu’ils aient perdu contact avec l’administration. Raison pour laquelle plusieurs n’ont pas pu réserver un vol ni quitter le territoire ukrainien de crainte d’être empêchés d’entrer dans les pays voisins par voie terrestre.

Étudiants : perte de visibilité sur leur avenir

“Maintenant que nous sommes arrivés à la mère patrie, on ne sait plus ce qui va se passer”, s’inquiète Anas Benabdellah, étudiant en quatrième année de pharmacie, qui a pu revenir au Maroc à bord d’un avion de la RAM, à trois heures de la fermeture de l’espace aérien.

Selon notre témoin, l’Université nationale de pharmacie de Kharkov a autorisé les étudiants étrangers à quitter le pays, en leur promettant la poursuite des cours à distance. “J’en doute fort vu que la vie s’est arrêtée à Kharkov qui s’est transformée en un véritable bourbier. J’imagine mal comment les cours vont reprendre même à distance, regrette Anas, qui nous a confié que l’électricité est coupée dans plusieurs zones touchées par les bombardements. Mais ce cas n’est pas la règle, plusieurs universités ont défendu aux étudiants de quitter le pays sous peine d’expulsion, nous assure Ismaïl, qui fait le même parcours d’études qu’Anas mais dans une université différente, dont il a refusé de citer le nom.

“Nous avons reçu une injonction de la part de l’administration qui nous a fait clairement savoir que nous serons expulsés du moment qu’on se décide à déserter les cours”, atteste-t-il.

Toutefois, l’Ambassade du Maroc à Kiev a pris le soin de rassurer tous les étudiants en leur promettant de régler leur situation dès que le conflit cesse. Nous avons tenté de prendre contact avec l’Ambassade à Kiev pour obtenir un éclairage sur l’avenir des étudiants marocains qui se comptent par milliers, le silence reste de mise pour le moment. L’Ambassade nous a donné rendez-vous pour une date ultérieure pour répondre à nos questions.  



Anass MACHLOUKH


Témoins de la guerre “slave”

Les étudiants que nous avons interrogés ont vu de leurs propres yeux la réalité de la guerre, loin des écrans et des reportages médiatiques. Kharkov, dont est issue la majorité de nos témoins, a été le théâtre d’une guérilla sanglante entre les contingents ukrainiens, transformés en “guérilleros”, et les soldats russes, dont certains sont entrés sur le territoire ukrainien avant même le début de l’opération, nous précisent nos témoins.

“Des agents en civil ont été perçus bien avant le début des bombardements, dans les rues, en train de marquer des signes sur les zones ciblées”, nous confient nos interlocuteurs, qui font état d’une barbarisation des combats. “Les Ukrainiens se montrent de plus en plus cruels à l’égard des Russes dans les accrochages dans les rues”.
 








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